Si le manque de pluie et des pics de chaleur ont entamé le potentiel des récoltes, les cultures d'été s'en sortent plutôt bien. Volume et qualité semblent au rendez-vous en blé, en orge, à l'hétérogénéité parfois soutenue. Le colza, après une année 2014 remarquable en rendement, parait en demi-teinte. C'est du côté des récoltes d'automne que la météo s'avère plus pénalisante.
« La sécheresse a beau avoir entamé le rendement du blé tendre, son potentiel était tellement élevé… du jamais vu en quarante ans de moissons », affirme l'expérimenté Patrice Salomé, directeur des mises en marché à la coopérative marnaise Acolyance. « D'un point de vue qualité sanitaire, c'est impeccable : zéro mycotoxines », poursuit-il.
Après de fortes chaleurs accompagnées d'un temps sec, l'heure de vérité a sonné pour les récoltes d'été. Le blé tendre des régions les plus septentrionales, dont la fin de cycle a subi de plein fouet la canicule, commence à livrer son verdict. Avec un volume et une qualité qui semblent au rendez-vous. Une certaine avance sur le calendrier ressort également.
Au tiers de sa récolte de blé, Acolyance note des rendements stables en Seine-et-Marne, de 88 à 90 q/ha, en légère progression dans la Marne, de 85 à 110 q/ha (moyenne supérieure à 90), et dans l'Aisne (5 % réalisés), où l'hétérogénéité s'accentue, de 80 à 120 q/ha. « Rien n'indique à l'œil nu que le reste a davantage souffert de la sécheresse », avance Patrice Salomé, « persuadé » d'aboutir à une belle moisson. Si le poids spécifique (PS) donne satisfaction, entre 79 et 80 kg/hl, le taux de protéines suscite une « légère déception », à 11 % (en baisse de 0,3 à 0,4 point sur un an).
Des chantiers à un bon rythme
« La moisson était quasiment pliée au bout d'un mois, soit le 20 juillet, un record », souligne Christophe Vinet, directeur céréales de la coopérative vendéenne Cavac. « Il n'y a pas eu de coupure » grâce au beau temps. Des rendements supérieurs à la moyenne sont constatés, avec plus de 70 q/ha en blé tendre, 65 à 70 q/ha en blé dur. La qualité est jugée satisfaisante côté blé tendre, avec 11,2 % à 11,3 % de protéines, 78 à 79 kg/hl en PS. Très bonne pour le blé dur, qui affiche 13,5 % en taux de protéines (parfois au-delà de 14 %), plus de 82 kg/hl en PS.
« Les agriculteurs n'ont pas été pressés par la météo, souligne Matthieu Berlin, responsable Céréales de SeineYonne. Consigne a été donnée de bien patienter pour récolter à maturité. » Le blé tendre donne de meilleurs résultats qu'en 2014, passant de 65 q/ha l'an dernier à 68 q/ha cette année. Surtout en termes de qualité, après une moisson de sinistre mémoire. Le grain est rentré sec, avec un « gros » PS de 80 kg/hl, mais en revanche « rien de trop » en protéines, entre 11 % et 11,2 %. Agrial, au quart de sa récolte de blé tendre, enregistre de « bons à très bons » rendements, notamment 75 q/ha en Sarthe et Indre-et-Loire au sud de sa zone de collecte, quasiment fauchée. Le PS à plus de 80 kg/hl est qualifié d'« exceptionnel ». En protéines, c'est « tout-à-fait correct », à 11,2 %, selon le directeur Céréales Philippe Vincent.
Bridé par la directive Nitrates
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Chez Vivescia, au vaste territoire dans le nord-est, « les pluies de juin ont déterminé le rendement pour tous les produits et en toutes zones », note Jean-Olivier Lhuissier, directeur des activités agricoles. Hétérogène, le blé tombe à 60 q/ha sur les terres les plus superficielles mais dépasse 100 q/ha en zones mieux arrosées (90 à 95 q/ha de moyenne en Champagne crayeuse). La qualité est « très correcte » : 79 kg/hl en PS, 12 % d'humidité, 11 % en protéines. « Le taux de protéines est parfois faible, dans les zones à haut rendement, avec une fertilisation azotée insuffisante, admet-il. Ça pourrait poser problème à l'export. »
« Avec les rendements en blé plus haut que prévu, chaque quintal supplémentaire donne moins de protéines : la qualité est bridée par un plan fumure restreint à cause la directive Nitrates », explique Baptiste Breton, codirecteur de La Tricherie. Située dans la Vienne, la coop relève un taux de protéines « assez aléatoire », à 11,5 %, avec des rendements plutôt bons, de 66 à 67 q/ha. Le PS, à 83 de moyenne dans des cellules va jusqu'à 86 kg/hl, un niveau « rarement vu ».
Les orges affichent de bons rendements
En orge d'hiver, Vivescia fait part de bons rendements, entre 65 et 100 q/ha, barre symbolique « rarement connue ». Une « très belle qualité » est observée, avec un calibrage autour de 90 %, un taux de protéines « correct ». L'orge de printemps est parfois décevante, le rendement moyen avoisinant tout de même 70 q/ha : cela va de 45 q/ha en zone séchante, touchée par le manque d'eau et les fortes températures, à 85 q/ha. Zéro faute en revanche sur le plan de la qualité. Agrial connaît de très bons rendements, à plus de 70 q/ha en Indre-et-Loire, plus de 80 dans le Calvados, mais souligne une grande hétérogénéité. Idem à la Cavac, dont les orges se situent entre 50 et 80 q/ha, avec une moyenne de 70. Plus au sud, Charentes Alliance bénéficie de rendements plus réguliers en orge d'hiver, à 66 q/ha. L'hétérogénéité se retrouve en orge de printemps : « Les premières collectes ont grimpé à 70 q/ha, avant de tomber à 50 voire moins en zones plus tardives, davantage affectées par la météo », indique Jean-Michel Delavergne, responsable des flux de céréales.
Après de forts rendements de 2014, le colza se montre décevant. « C'est la déception, vu le très bel aspect » de la plaine, déclare Philippe Vincent, d'Agrial. « Le nombre de pieds au m2 était bon, pas la taille des graines. » 30 q/ha sont relevés à mi-parcours, de grandes quantités restant à couper dans l'Orne et le Calvados. « Le colza a le plus souffert des conditions météo, considère Patrice Salomé, d'Acolyance. Le poids mille grains en a pris un coup. » Conséquence, les rendements s'échelonnent de 25 à 45 q/ha, les meilleurs secteurs de la Marne tirant leur épingle du jeu. « Il y a eu beaucoup de maladies sur les silices, ne permettant pas au grain de se remplir normalement », avance Christophe Vinet. La Cavac chute à 25 q/ha, soit une douzaine de quintaux perdus d'une récolte à l'autre.
« L a récolte de maïs sera pire que celle de 2003 (record de canicule, ndlr) aux yeux de certains », lance Philippe Lefebvre, responsable des métiers du grain à La Dauphinoise. Au 20 juillet, la plante paraît « déjà sèche » en zone non irriguée et « se maintenir » avec l'irrigation ou en sol profond. « 3 à 5 % des surfaces sont perdus », estime à la même date Denis Fend, DG de la coopérative alsacienne Comptoir agricole, avant de signaler des similitudes avec 2006, quand les pluies avaient compensé un épisode de sec. « En irrigué, les producteurs tournent comme des fous : 7 ou 8 tours d'eau sont déjà faits contre 10 pour toute une année normale, ajoute-t-il. Les limites du matériel sont atteintes et quelques-uns réfléchissent à des impasses. » Dans la Vienne, La Tricherie annonce « déjà 10 q/ha de moins en rendement » avec des « dégâts irréversibles ». L'inquiétude existe aussi pour les autres récoltes d'automne, comme le tournesol, le soja.