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Céréales et colza Une récolte 2010 marquée par la froideur de l’hiver et la sécheresse du printemps

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A priori en baisse par rapport à l’an dernier, la récolte 2010 de céréales a subi les conséquences d’une campagne climatique difficile, marquée par un froid long et intense cet hiver puis un printemps sec. En colza, les rendements s’annoncent hétérogènes dans la plupart des zones.

Ça y est : les premières orges 2010 ont fait leur entrée dans les silos. Rhône-Alpes, Charentes et Centre viennent de lancer les moissonneuses-batteuses à l’assaut des champs. A priori, la récolte semblerait plutôt correcte sur le plan de la qualité en blé comme en orge. Mais les rendements s’afficheraient en retrait par rapport à 2009 du fait des conditions climatiques. Chez Charente alliance, l’optimisme n’est pas vraiment de mise. La moisson a commencé le 23 juin et « comme nous nous y attendions, l’aspect visuel des orges n’est pas très flatteur », indique Philippe Ballanger, responsable des céréales et des oléagineux pour la coop. Ce qui ne préjuge pas de la qualité, mais confirme les effets d’une campagne de production chahutée sur le plan climatique. « Nous craignons énormément les conséquences de la sécheresse, survenue à un stade végétatif plus avancé qu’en blé et dont l’incidence devrait être plus importante », précise le spécialiste. Le nombre de grains initiés était assez élevé mais le temps sec a réduit la fertilité des épis. La récolte pourrait ne pas dépasser 55 q/ha, soit 10 q/ha de moins qu’en 2009. En blé tendre, la densité par mètre carré serait de 100 à 150 épis inférieure aux valeurs moyennes, le froid ayant pénalisé le tallage. Malgré le beau temps de juin propice au bon remplissage des grains, Philippe Ballanger n’envisage pas des rendements supérieurs à 60 q/ha.

Des pluies qui ont redonné le moral dans le Centre fin avril
Dans le Centre, Denis Courzadet, responsable de la collecte pour la zone Epis-centre d’Axéréal, anticipe une récolte proche de celle de 2009, non exceptionnelle pour la région. Les pluies arrivées dans les derniers jours d’avril « nous ont redonné le moral », explique-t-il. Les rendements de blé tendre se rapprocheraient des 70 q/ha, contre une moyenne historique proche des 65 q/ha. En orge d’hiver, dont la récolte a commencé avec un peu de retard le 24 juin, les rendements rejoindraient ceux de 2009. En orge de printemps, en revanche, les semis effectués tardivement ont pénalisé les plantes, qui ont souffert du froid, de la neige, et n’ont pas tallé suffisamment. Les rendements chuteraient de 60 q/ha en 2009 à 45 ou 50 q/ha. Plus au Nord et à l’Est, les conditions climatiques ont induit des retards de développement. Chez Dijon céréales, la récolte démarrerait début juillet et non fin juin. Responsable technique adjoint de la coop, Mickaël Mimeau s’attend à des résultats dans la moyenne, donc plus bas que ceux de 2009. Le blé ayant finalement bien supporté le stress hydrique d’avril et le froid, le rendement serait de 65 q/ha contre 71 q/ha en 2009.

Risque mycotoxines dans certaines zones
Petite inquiétude tout de même : alors que les champs étaient sains, « nous faisons face depuis peu à une explosion de septoriose et de fusariose », indique le responsable. En orge d’hiver, les rendements tourneraient autour de 62 à 63 q/ha au lieu des 65 q/ha de 2009, en raison notamment de la faible densité des parcelles. Comme ailleurs, l’orge de printemps sortirait davantage pénalisée de la campagne, avec des rendements proches de 45 à 50 q/ha et très inférieurs à ceux de l’an passé. A l’image de Dijon céréales, Cohésis, située en Champagne-Ardenne, attend le début de récolte avec une bonne semaine de retard, le 5 ou le 10 juillet. Victimes du temps froid puis sec, les orges d’hiver fourniraient des rendements de l’ordre de 62 à 67 q/ha, au lieu des 77 q/ha de 2009. Quant aux variétés de printemps, « nous avons en moyenne 20 % d’épis en moins », calcule Patrice Salomé, responsable des céréales et des oléagineux. En blé, les rendements ne perdraient que 5 % en comparaison de 2009. Sauf que la qualité sanitaire ne serait peut-être pas non plus au rendez-vous, les pluies à floraison ayant pu induire le développement de mycotoxines.

« Potentiel minimum » pour l’orge de printemps en Champagne-Ardenne
Chez Champagne céréales, « les blés apparaissent corrects », d’après Jean-Luc Jonet, directeur terrain. Mais en orge d’hiver, les champs ne sont que « dans la moyenne ». « En sortie hiver, nous avons noté plus de disparition de pieds qu’en blé, les variétés ont davantage souffert », indique le spécialiste. Et en orge de printemps, « nous sommes plutôt sur un potentiel minimum », signale-t-il. Responsable technique pour le négoce Hubau, dans le nord de la France, Christophe Possien s’attend de son côté à des résultats hétérogènes. En blé, la résistance des variétés au froid s’est révélée inégale, et l’hiver trop long a handicapé le tallage. Heureusement, peu de dégâts de ravageurs sont à déplorer. Si «le rendement est pour l’instant encore difficile à prévoir », Christophe Possien se risque néanmoins à une première estimation, autour de 80 à 85 q/ha en blé, contre les 94 q/ha de 2009. Culture désormais marginale pour le négoce, l’orge d’hiver enregistrerait une baisse de rendements de 10 à 15 q/ha, tandis que pour les variétés de printemps, les rendements tomberaient à 65 q/ha, soit 15 q/ha de moins qu’en 2009. La récolte 2010 s’annoncerait donc comme un crû un peu mitigé, même s’il est encore très tôt pour faire des pronostics. De quoi faire remonter les cours ?

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