Abonné

Une réserve de crise convoitée

- - 5 min

La Commission européenne a finalement cédé aux demandes des pays d’Europe orientale touchés par les importations massives de céréales ukrainiennes en proposant de leur octroyer des fonds de la réserve agricole. Mais Bruxelles agit avec prudence face aux nombreuses demandes qui lui sont adressées par les États membres pour obtenir une part de cet argent. L’Italie devrait prochainement obtenir gain de cause et recevoir 27 millions d’euros pour aider son secteur de la volaille. Au total, 100 millions d’euros sur les 450 millions de départ ont déjà été consommés.

Beaucoup sont les États membres à lorgner les 450 millions d’euros de fonds de la réserve agricole (anciennement appelée réserve de crise) mais pour l’instant les heureux élus se comptent sur les doigts d’une main. Après des mois de pression, quelques pays (Pologne, Bulgarie et Roumanie mais pas la Hongrie et la Slovaquie) devraient pouvoir bénéficier d’une aide totale de 56,3 millions d’euros provenant de cette réserve afin d’aider leur secteur agricole à faire face à l’afflux de céréales en provenance d’Ukraine qui déstabilise certaines filières locales. Ce soutien a été annoncé le 20 mars par le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski lors de la réunion des ministres des Vingt-sept à Bruxelles et sera soumis à un vote des experts des États membres le 30 mars. Des fonds déjà jugés insuffisants par les trois bénéficiaires et surtout par les deux pays (Slovaquie et Hongrie) qui auraient eux aussi souhaité en profiter.

Et aussi pour la grippe aviaire

Ce que Janusz Wojciechowski n’a pas dit, c’est que la Commission européenne va aussi proposer, lors de la même réunion d’experts, d’octroyer à l’Italie 27,2 M€ issus de cette même réserve pour indemniser le secteur avicole en raison des conséquences des foyers de grippe aviaire. Un projet d’acte d’exécution en ce sens rappelle que l’Italie a enregistré près de 300 foyers d’influenza aviaire fin 2021. Et Rome demande depuis mai 2022 des mesures d’urgence cofinancées par l’UE. Dans ce projet de texte, la Commission consent donc à cofinancer à hauteur de 50 % les dépenses supportées par l’Italie pour soutenir les marchés des œufs et de la viande de volaille. Et 17 M€ avaient déjà été octroyés, en catimini fin 2022 à la Pologne pour l’aider, elle aussi, à faire face à l’épidémie de grippe aviaire. Au total, ce sont donc déjà quelque 100 millions d’euros de la réserve qui ont été mobilisés.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre

Mais la Commission européenne joue la prudence et rechigne à distribuer ces fonds – dont les modalités d’utilisation ont été largement simplifiées avec l’entrée en vigueur de la nouvelle Pac (les fonds qui servent à l’abonder n’étant plus ponctionnés sur les aides directes des agriculteurs) – à tout va car l’année ne fait que commencer. Beaucoup d’États membres demandent pourtant déjà leur part du gâteau. Ou du moins ce qu’il en reste. La France (qui estime qu’environ 70 M€ lui reviennent compte tenu des règles de répartition des fonds de la Pac) et l’Espagne souhaiteraient de l’argent pour soutenir leur secteur viticole notamment.

La Commission sur la réserve

La Lituanie et la Lettonie, soutenues par la Bulgarie, ont pour leur part demandé, lors de la réunion du 20 mars, la libération d’une partie de la réserve pour soutenir leur secteur laitier qui fait face à l’envolée des coûts de l’énergie et des aliments pour animaux alors que le prix d’achat du lait cru dans leur pays n’a cessé de diminuer ces derniers mois. Ils souhaitent également que la Commission européenne réfléchisse à réviser les prix d’achat du lait écrémé en poudre et du beurre dans le cadre de l’intervention publique. Une demande que le commissaire européen a pour l’instant repoussée : « Après deux ans d’augmentation des prix du lait payés aux agriculteurs, nous constatons aujourd’hui le début d’une correction sur le marché du lait » qui ne peut toutefois « être interprétée comme un déséquilibre grave qui justifierait l’activation d’instruments de marché à ce stade ». « Les prix du lait dans l’ensemble de l’UE, y compris en Lettonie, ont atteint des niveaux records. De juin 2020 à août 2022, en Lettonie celui-ci a augmenté de près de 95 % et en ce qui concerne les produits laitiers, tels que le beurre et le lait en poudre, la correction des prix sur le marché est en cours depuis plusieurs mois, mais les cours semblent s’être stabilisés au cours des 4 à 5 dernières semaines », a détaillé Janusz Wojciechowski. Il va devoir faire face très régulièrement à ce type de demandes dans les mois à venir.