Alors que le ministère de la Transition écologique espérait dévoiler la future stratégie nationale Biodiversité 2030 début mars, les ONG regrettent un travail trop empressé, risquant de retomber dans les écueils du plan Biodiversité annoncé par Nicolas Hulot en juillet 2018.
« Cette stratégie biodiversité a été initiée en urgence pour les présidentielles, et elle n’est pas au niveau », tranche Allain Bourgrain-Dubourg, président de la LPO. Son organisation s’est donc jointe à de nombreuses autres ONG, dont FNE ou le WWF, pour envoyer une lettre ouverte au président de la République le 18 février. Autant d’associations pour lesquelles le travail autour de la future Stratégie nationale sur la biodiversité (SNB) n’est « pas abouti ».
Alors que le secrétariat d’État à la Biodiversité envisage de publier cette stratégie début mars après dix-huit mois de concertation partout en France, les associations considèrent que la vision politique « peine à se dessiner », et que les mesures « visant à réduire les principales pressions font encore défaut ». « La stratégie évoque à l’heure actuelle de grands principes, mais elle ne met pas de moyens en face de ces ambitions », regrette Allain Bougrain-Dubourg.
Les ONG comprennent d’autant moins l’empressement du gouvernement, que le sommet sur la biodiversité de Kunming a été reporté d’octobre 2021 à fin avril 2022 en raison du Covid. Or, prévoient-elles, « la finalisation de la troisième stratégie nationale pour la biodiversité nécessitera encore plusieurs mois d’effort collectif ». Du côté du ministère de la Transition écologique, on indique que Bérangère Abba s’exprimera « dans les prochains jours ».
Empêcher de nouvelles déceptions
Dans leur lettre, les ONG rappellent qu’« aucun plan ou stratégie pour la biodiversité n’a jusqu’ici produit les résultats attendus ». C’est là, au fond, leur principale crainte : que cette stratégie bouclée hâtivement n’entraîne qu’une déception de plus. Allain Bougrain-Dubourg se rappelle encore les efforts déployés en 2018 pour aider Nicolas Hulot à préparer son plan biodiversité. « Nous avons fait un travail énorme, mais si l’on dresse le bilan, les résultats ne sont pas au niveau », déplore-t-il.
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Plus généralement, les résultats de ce gouvernement sur la biodiversité laissent d’ailleurs la LPO sur sa faim. La stratégie sur les aires protégées annoncées en janvier 2021 ? « Nous ne savons toujours pas à quoi correspondent les 10 % de territoire national sous protection forte », souffle Allain Bougrain-Dubourg.
Dans un communiqué du 22 février, publié après la mort par balle d’une randonneuse, son association considère aussi qu’avec le décret de janvier 2020 étendant la période de chasse, l’État a manqué une occasion de « repenser sa stratégie de régulation ». Une réforme plus profonde aurait pu être mise en œuvre, estime la LPO, « par exemple en professionnalisant une partie des abattages afin de ne plus s’en remettre exclusivement aux fédérations de chasse ».
À la veille du Salon de l’agriculture, la liste des griefs et demandes d’Allain Bougrain-Dubourg est donc longue. « Le remembrement, l’élevage en batterie et les pesticides étaient des espoirs au sortir de la guerre, mais ils font maintenant plus de tort que de bien », résume-t-il. Alors que son organisation s’apprête à publier un sondage sur l’agriculture biologique, il souhaiterait plus d’efforts vers « la fin de l’élevage industriel », et notamment des élevages en cage. Un point sur lequel, regrette-t-il, « le gouvernement reste timide ».
« Pas de moyens en face des ambitions »
Bio : la Fnab présente les critères biodiversité de son label
Après avoir présenté la semaine passée des nouveaux critères sociaux, la Fnab (producteurs bio) a dévoilé ce 22 février onze nouveaux indicateurs sur la biodiversité qui rejoindront son label en cours de construction. Parmi ces critères figurent non seulement le pourcentage d’infrastructures agroécologiques – qui devra atteindre 15 % chez les céréaliers au bout de dix ans –, mais également la gestion de ces infrastructures, avec une interdiction d’entretien des ligneux durant le printemps et l’été. En plus des encouragements à diversifier l’assolement et à réduire le labour, les producteurs devront également bannir les fertilisants solides à plus de 10 %, les vinasses de betteraves non bio, ou encore les effluents d’élevages conventionnels recourant aux OGM et aux antibiotiques. Enfin, les fermes devront réduire la taille de leurs parcelles, en atteignant 75 % de la surface en parcelles de moins de 6 ha au bout de cinq ans pour les grandes cultures. « En introduisant de la progressivité, nous pourrons y arriver », assure Olivier Devrevre, référent de cette brique biodiversité pour la Fnab.