La vendange 2008 est de bon augure pour le marché. C'est ce qu'explique Denis Verdier, président de la Confédération des coopératives vinicoles de France (CCVF), et viticulteur dans le Gard. Agra presse l'a interrogé également sur la nouvelle OCM, en vigueur depuis le 1 août, et le plan de modernisation de la viticulture française. Les coopérateurs demanderont au ministre de l'Agriculture d'organiser une table ronde sur l'application du plan d'ici un an.
Comment se présentent les vendanges 2008 ?
Cette récolte sera historique. La production ne dépassera pas cette année les 44 millions d'hl. Il faut remonter à 1991 pour retrouver des volumes de récolte aussi faibles. La coulure et la pluie qui ont sévi au printemps ont pu provoquer localement des problèmes de mildiou. Et notamment dans le Sud, ce qui est inhabituel. Dans certains départements, les pertes de récoltes par rapport à 2007 s'élèvent à 25% en moyenne ! Pour l'instant, le beau temps permet de conserver la qualité de ce millésime. Mais nous sommes vigilants, car le raisin peut être fragile d'un point de vue sanitaire. Cela dit, les blancs précoces qui ont déjà été vendangés sont de très bonne qualité, même si, quantitativement, ils seront rares.
Ce millésime sera plus tourné vers le fruit que vers le terroir. C'est-à-dire que ces vins seront jeunes, frais, agréables en bouche, mais qu'ils ne gagneront pas toujours à être gardés. C'est de bon augure pour le marché, et nous pouvons raisonnablement être optimistes. En effet, nous allons sur des vins « festifs », qui répondent assez bien aux goûts des nouveaux consommateurs. Ce millésime devrait donc bien s'exporter. Les stocks restent comparables à ceux de l'année dernière, et les cours devraient se raffermir. Nous allons rencontrer le négoce pour gérer au mieux le marché, et des prix raisonnablement augmentés. Effectivement, la remontée des cours doit être intelligente, pour éviter la perte de parts de marchés par rapport à nos concurrents européens. Déjà en 2007, l'exportation des vins espagnols vers la France a progressé de 43% ! Mais il reste cependant important d'assurer un revenu aux viticulteurs, pour amortir l'augmentation sensible du fioul, du poste phytosanitaire et, de manière générale, du prix de revient de la production.
Comment se mettent en place la réforme de l'OCM vin et le plan de modernisation de la viticulture française ?
Nous vivons les premiers jours d'application de cette nouvelle organisation du marché européen. Elle traduit la volonté de Bruxelles de libéraliser la commercialisation de notre production : moins d'interventionnisme au niveau communautaire. Nous allons vers la quasi-disparition des mesures de régulation que sont les distillations et les contrats de stockage à long terme. Pour la campagne 2007/2008, nous ne devrions pas observer d'effets trop négatifs de cette réforme. Après les arrachages de vignobles en 2007 et une météo peu propice durant la saison, le marché devrait absorber facilement cette petite récolte. Mais à l'avenir, c'est dans le cadre interprofessionnel que devront être gérées les fluctuations du marché.
Aujourd'hui, les nombreuses structures de production – propriétaires, coopératives ou négociants sans distinction – connaissent de réelles difficultés pour s'adapter. Elles doivent se regrouper pour atteindre la taille critique et peser sur le marché, en satisfaisant la demande, par une offre adaptée. Le plan de modernisation de la viticulture française veut accélérer la restructuration de ces entreprises, afin de conquérir de nouveaux marchés à l'export d'ici 5 ans (2013). Cela nous va bien !
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Ce qui nous satisfait également, à travers la mise en œuvre de cette nouvelle OCM et du plan de modernisation de notre viticulture, c'est le soutien prévu pour financer les projets de promotion de nos vins à l'export.
En revanche, nous discutons avec le gouvernement au sujet de l'interdiction de communication, en particulier sur les actions via Internet. L'organisation Vin et Société, qui regroupe des représentants de toute la filière, porte notre combat auprès du gouvernement.
Où en est la réorganisation de la gouvernance du marché du vin, prévue dans le plan de modernisation ?
Nous sommes en attente de la parution du décret d'application, en ce qui concerne la composition des conseils de bassins de production. Nous souhaitons que les coopératives et les vignerons indépendants y soient représentés. Il y va de la bonne gestion des différents dossiers ouverts par la restructuration en cours de la filière viticole française. L'importance de la gestion de bassin est telle que toutes les familles professionnelles doivent être représentées.
Par ailleurs, d'une manière plus générale, nous demanderons au ministre de l'Agriculture d'organiser une table ronde d'ici un an : il s'agira de faire un bilan de cette première année d'application de l'OCM et du plan à 5 ans, et de prendre, si nécessaires des mesures correctives.