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Parlement européen Vif débat des députés agricoles européens sur la réforme de la Pac

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Le projet de rapport de l’Allemand Albert Dess (PPE) (1) sur la réforme de la politique agricole commune (PAC) après 2013 a fait l’objet, le 18 février, de vives critiques de la part des membres de la commission de l’agriculture du Parlement européen. Son projet de transfert de crédits du premier au deuxième pilier pour financer les mesures de verdissement est loin de faire l’unanimité. Les députés agricoles, qui ont jusqu’au 14 mars pour déposer leurs amendements, adopteront leur position sur la réforme le 2 mai, en vue de la session plénière prévue début juin.

Le rapporteur Albert Dess a plaidé pour une « Pac plus juste et plus simple ». Il a ajouté qu’après 2013, l’UE aura besoin d’une Pac responsable avec un financement solide. Il a évoqué le besoin : – d’atténuer les différences qui existent entre États membres en ce qui concerne les aides directes ; – de simplifier la politique de développement rural (second pilier de la Pac) ; – de consacrer des paiements spécifiques en faveur des jeunes agriculteurs et de définir ce que sont les petites exploitations (avant de déterminer leurs besoins) ; – de maintenir les instruments de marché actuels pour les utiliser en situation de crise. « Je suis prêt au compromis », a conclu M. Dess. Le Portugais Luis Capoulas Santos, au nom du groupe socialiste, a reproché au rapporteur de se montrer « assez vague » en ce qui concerne les domaines où le Parlement doit vraiment se faire entendre. Le rapport Dess suggère une répartition plus équitable de l'enveloppe affectée aux paiements directs à l'échelle de l'Union. Mais la formule proposée est critiquée par les socialistes. M. Dess propose que chaque État membre puisse conserver une enveloppe minimale correspondant aux deux tiers de la moyenne versée au titre des paiements directs au niveau de l'Union. M. Capoulas Santos a critiqué surtout les parties du rapport qui parlent : – d’une hausse facultative de 25 % du financement national dans le 2e pilier pour les mesures revêtant une importance particulière pour les États membres ; – d’un transfert de fonds entre le premier et le deuxième pilier pour les besoins du verdissement des aides de la Pac.

Rendre la position du Parlement européen plus forte

Les socialistes reprochent aussi au rapporteur d’avoir omis de proposer une définition de ce qu’est un agriculteur actif (alors que l’UE tente de cibler davantage les paiements sur cette catégorie) et aussi d’être contradictoire sur les outils de prévention des risques (environnementaux, climatiques et épidémiques). En effet, le projet de rapport évoque l’utilité de « mesures supplémentaires de prévention des risques », tout en se prononçant contre la mise en place de systèmes d'assurance au niveau de l'Union. Enfin, les socialistes demandent d’inclure le travail comme critère de distribution des paiements aux agriculteurs. « Nous sommes ouverts à des amendements de compromis pour rendre la position du Parlement plus forte », a conclu M. Capoulas Santos.
« Il y a plusieurs domaines » dans lesquels le rapport satisfait le groupe libéral, a dit le Britannique George Lyon, citant notamment le besoin de simplification, le maintien d’un budget fort pour la Pac après 2013 et l’appel en faveur d’une distribution plus équitable des paiements entre pays. M. Lyon a félicité le rapporteur sur sa position contre le plafonnement des aides. Le projet de rapport rejette en effet « toute mesure qui opère une discrimination entre les différentes formes d'exploitation ». Parmi les critiques émises par M. Lyon à l’encontre du projet de rapport figure une position confuse sur les paiements directs. Le rapport suggère de généraliser le découplage (fin du lien entre la prime et les volumes produits) aux primes à la vache allaitante et aux ovins, mais reconnaît que certains secteurs et certaines régions (telles que les régions montagneuses) qui ne possèdent aucune alternative à l'élevage, « risquent de subir un préjudice considérable sur le plan économique et environnemental ». Le rapporteur convient dès lors que des primes à la production, « étroitement encadrées », pourraient être envisageables, y compris pour une période limitée après 2013. M. Lyon a aussi critiqué le modèle proposé par le rapporteur sur le verdissement de certaines aides (transfert du premier vers le second pilier de la Pac) qui est jugé trop compliqué.

« Quelques nouveautés »

Le conservateur britannique James Nicholson a tenu à remercier le rapporteur pour avoir trouvé « quelques nouveautés » comparé aux anciens rapports sur la Pac. Il a demandé l’introduction d’une certaine flexibilité dans le système des paiements directs, à condition que le régime reste juste. Il s’est montré inquiet des références dans le rapport au cofinancement, qui comporte un risque de « renationalisation des dépenses agricoles ». Il a jugé risqué de se lancer dans une définition de ce qu’est un agriculteur actif. Il faut être prudent s’agissant des systèmes du type assurances multirisques, a souligné aussi M. Nicholson, qui a aussi soutenu le maintien d’un filet de sécurité lorsque le marché ne fonctionne pas bien.
Au nom du groupe des Verts, l’Allemand Martin Häusling a surtout reproché à M. Dess de remettre en question l’efficacité du premier pilier de la Pac en préconisant un transfert de crédits du 1er vers le 2e pilier de la Pac. Il a regretté aussi le fait que l’idée du plafonnement des aides aux grandes exploitations ait été écartée dans le projet de rapport. Il a estimé qu’il devrait être possible de trouver un compromis sur un système de verdissement de certaines aides sans accroître la bureaucratie. M. Häusling aurait souhaité enfin davantage de mesures en faveur des jeunes agriculteurs.

(1) Voir n° 3289 du 21/01/2011

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