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Vin de Bordeaux : B. Farges évoque « une sortie de l’usage des pesticides »

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La filière viticole bordelaise, à travers le Comité interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB), a évoqué pour la première fois « une sortie de l’usage des pesticides » du vignoble bordelais. Lors de l’assemblée générale du CIVB, le 25 avril, son président, Bernard Farges, a indiqué que le chemin pour y arriver peut être différent de celui réclamé par les associations de sensibilisation aux pesticides, mais que « toutefois l’objectif est commun ».

« Oui, la filière des vins de Bordeaux a pour objectif la diminution forte, voire la sortie de l’usage de pesticides ». Dans son discours à l’assemblée générale de printemps du CIVB, Bernard Farges a évoqué cette possibilité de sortie des pesticides, tout en s’attachant à montrer que cet objectif ne se décrète pas, et que le travail au quotidien pour y parvenir n’est pas particulièrement médiatique. « Cet objectif, la diminution forte, voire la sortie des pesticides, ne sera pas atteint en quelques semaines, ni avec des mesures simplistes », a-t-il déclaré. Il suppose « des choix, des engagements, des investissements » de l’ensemble de la filière.

Plusieurs solutions, et non pas une seule

Les solutions sont « diverses et complémentaires » entre les différents modèles, qu’ils soient conventionnels, certifiés, bio, ou en biodynamie.
Évoquant les associations qui militent contre l’usage des pesticides, il a poursuivi : « Notre chemin pour y arriver peut être différent de celui réclamé par ces associations, toutefois l’objectif est commun ».
Concernant les moyens d’y parvenir, Bernard Farges a précisé les pistes : « Raisonner plus encore » l’utilisation du matériel de pulvérisation, optimiser le choix de molécules « au moins près des lieux de vie » (c’est-à-dire les habitations situées près des vignobles). Et obtenir l’inscription au Catalogue français des cépages résistants aux maladies, déjà inscrits en Allemagne ou en Italie. Une des solutions est aussi d’éviter de construire des habitations à proximité immédiate des vignes, a-t-il ajouté.

L’interpellation du CIVB par Noël Mamère sur les pesticides

La déclaration du président du CIVB sur une sortie de l’usage de ces produits était une réponse attendue par la société sur une question de fond, celle des pesticides. Elle de plus est tombée à pic, le député Noël Mamère venant d’interpeller le CIVB sur la question des pesticides. Le député écologiste de la Gironde avait déclaré dans l’émission « Point de Vue » sur TV7, chaîne de télévision bordelaise, le 22 avril au soir : « La France est le pays d’Europe qui utilise le plus de pesticides, la Gironde est le deuxième département en termes d’utilisation de pesticides et dans l’utilisation de ces pesticides, la viticulture représente 95 %. Il faut que le CIVB arrête de jouer les pucelles effarouchées en nous expliquant que les pesticides ça n’a pas de conséquences et qu’on ne les utilise pas. Il faut arrêter de ne pas reconnaître la vérité ».

Bernard Farges : « Notre chemin pour y arriver peut être différent de celui réclamé par les associations écologistes, toutefois l’objectif est commun »


Pesticides : "les cépages résistants permettront de nous affranchir de beaucoup de ces produits"

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De Shanghaï où était en visite, Bernard Farges a répondu le 27 avril à Agra Presse sur les moyens de parvenir à une sortie des pesticides : les cépages résistants entre autres, et des techniques radicalement nouvelles de pulvérisation.

Agra Presse : Qu’est-ce qui vous fait dire que la sortie de l’usage des pesticides est envisageable ? Les progrès accomplis ? Ou ceux qui vont arriver ?

Bernard Farges : Avant toute chose, je tiens à souligner que mon discours à l’assemblée générale a été écrit avant l’interpellation du CIVB par Noël Mamère, habitué à des déclarations indigentes comme celle-ci. Une filière ne se positionne pas par rapport à ce genre de propos inutiles. Il était invité à l’assemblée générale. Nous aurions été ravis qu’il soit là. Fort heureusement, nous réfléchissons depuis longtemps sur la problématique des pesticides.
Sur la question que vous me posez, un premier élément de réponse est que les viticulteurs de Bordeaux travaillent au quotidien à la réduction des phytosanitaires sur leurs vignes, et que ça a un coût. Si la viticulture peut sortir des pesticides, elle le fera. Les viticulteurs connaissent bien la nocivité de ces produits, pour eux-mêmes, leurs salariés, leur famille.
Nous avons des pistes : les cépages résistants permettront de nous affranchir probablement beaucoup de ces produits.
Nombre de filières agricoles sont sans perspectives. Nous avons la chance d’en avoir. Elles ne seront pas faciles à obtenir, mais elles existent, tout en respectant la typicité des vins. C’est possible, mais beaucoup de travail reste à accomplir par les chercheurs et la profession.

Agra Presse : Sommes-nous à la veille d’innovations de rupture ?

Bernard Farges : Oui, nous en sommes persuadés. Par exemple en termes de pulvérisation, d’outils de désherbage, de travail du sol. La robotique peut y contribuer fortement. Les outils de pulvérisation actuels sont ceux que nous connaissons depuis un siècle. La recherche peut nous aider à aboutir.

Agra Presse : Quels atouts commerciaux attendre de vins produits avec moins de produits de traitements, donc plus chers à produire ? Produire un vin sans pesticides est-il un argument porteur de valeur ajoutée à l’export ?

Bernard Farges : Non, ce n’est pas vraiment un atout commercial à l’export, et ni même en France. Ce peut être un outil de différenciation utilisé par le marketing, mais le jour où toute la filière saura se passer des produits de traitement, ce ne sera plus un moyen de se différencier.
Supposons qu’un jour les producteurs conventionnels n’utilisent plus de pesticides, il faudra aussi que la filière bio suive, et réduise les traitements au cuivre et au soufre, voire les supprime complètement. La sortie des pesticides est avant tout une démarche environnementale.