Les volumes de vin de Bordeaux commercialisés ont fléchi en 2018, tant sur le marché intérieur qu’à l’export, a indiqué le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB), délivrant le 12 mars ses résultats annuels. Ce repli est principalement conjoncturel : il est l’effet direct du manque de vin laissé par la vendange très faible de 2017. Le retour à des vendanges normales devrait gommer peu à peu cet effet.
« Les chiffres sont en baisse », a indiqué Allan Sichel, le président du CIVB, annonçant les résultats de 2018 du vin de Bordeaux : les ventes ont fléchi en volumes de 12 % sur le marché intérieur et de 14 % à l’exportation. Soit en valeur une perte de 7 % sur le marché français, mais une hausse de 3 % sur les marchés extérieurs. Au total, le chiffre d’affaires du vin de Bordeaux s’est amélioré de 4 %, à 4,01 Mrd €.
Puiser dans les stocks pour conserver les marchés prioritaires
Bordeaux subit les effets de la récolte historiquement faible de 2017 (-39 % par rapport à 2016, à 3,5 millions d’hectolitres), suite au gel massif d’avril. « Le niveau de nos stocks a fortement régressé, car nous avons continué à vendre », a ajouté Allan Sichel. Il restait toutefois 11 millions d’hectolitres (Mhl) de stocks dans les caves des vignerons et des négociants au 1er juillet dernier, soit nettement plus du double de la vendange. Mais un tel volant de manœuvre est nécessaire pour rester présent sur le marché. Puiser dans les stocks pour conserver les marchés prioritaires a nécessité de faire des choix : éviter de vendre la bouteille au-dessous de 2 € au consommateur. Ce choix est déjà l’axe stratégique que s’est fixé le CIVB il y a deux ans. La faible récolte de 2017 a été l’occasion d’accélérer sa mise en œuvre. « Nous considérons que vendre du Bordeaux au-dessous de 2 € la bouteille est aberrant », a commenté le président du CIVB. En France, où Bordeaux réalise 56 % de ses ventes, le courant d’affaires a été ralenti par la crise sociale. Par ailleurs, en Europe, le Brexit complique les formalités d’entrée sur le marché britannique.
Bordeaux mise sur le marché chinois haut de gamme
Le vignoble bordelais a dû faire face aussi à un « marché chinois en berne », qui se tourne maintenant plus volontiers vers les achats de vin en vrac, en provenance de l’Australie et du Chili, du fait du ralentissement économique de la Chine. L’achat en vrac en Chine se développe parce que la consommation de vin y entre peu à peu dans les mœurs. La consommation est de 2 litres par Chinois et par an en moyenne, contre 25 litres par habitant sur les marchés matures des pays occidentaux… et 45 litres en France. L’Australie et le Chili percent plus facilement sur le marché chinois, avec des prix plus attractifs, notamment grâce à des accords de libre-échange conclus avec Pékin.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Pourtant, le président du CIVB estime que les vins en vrac à prix bas australiens et chiliens ne concurrencent pas vraiment le vin de Bordeaux, pas plus que « la forte volonté de la Chine de développer la consommation de vins chinois ». Le vignoble de Bordeaux mise sur l’entrée progressive du vin dans les habitudes de consommation, puis proposer des vins de grande qualité. De toute façon le vin de Bordeaux ne représentant que 2 % de la production mondiale de vin, il ne peut s’adresser qu’à un segment limité, « au-dessus de 5 € la bouteille ».
Les résultats pour les mois qui viennent devraient marquer une progression des ventes, parce que dès les prochaines semaines le millésime 2018, produit à hauteur de 5 (Mhl), en phase avec la moyenne décennale, commencera à sortir des chais, a évoqué Allan Sichel. Même si les importations globales de vins tranquilles par le Royaume-Uni et les États-Unis sont en repli, la filière bordelaise est encouragée par la stabilité de ses parts de marché dans ces deux pays, notamment parce que le millésime 2018 est de qualité et en quantité suffisante.
Avec 2 % de la production mondiale de vin, Bordeaux ne peut s’adresser qu’à un segment limité
Pac : « Nous regardons ce que donnent les dérégulations dans les autres secteurs »
Interrogé sur l’avenir du secteur viticole dans la future Pac, Bernard Farges, vice-président du CIVB, a insisté sur la nécessité de maintenir des mécanismes de gestion du potentiel viticole et un système d’aides spécifiques. « Nous regardons ce que donnent les dérégulations dans les autres secteurs, dans le sucre par exemple, où nous voyons une crise des prix et des fermetures d’usines », a-t-il mentionné. La filière viticole plaide pour que le mécanisme d’autorisations de plantations, reconduit jusqu’en 2030, soit prolongé jusqu’en 2050. Et que le dispositif d’aides structurantes, allouées aux projets d’investissement, de restructuration du vignoble et de promotion des vins sur les pays tiers, soit pérennisé.