Thierry Coste, représentant du secteur viticole au Copa-Cogeca, a dressé un constat alarmant de la situation engendrée par la concurrence espagnole, au congrès de la Confédération des caves coopératives (CCVF), qui s’est tenu les 28 et 29 juin à Marseille. Les professionnels de la filière viticole redoutent que leur secteur, jusque-là préservé des dérapages des productions dérégulées comme le lait, et semble-t-il bientôt le sucre, soit soumis à la pression d’une concurrence destructrice de valeur.
L’Espagne, avec notamment une région, La Mancha, a profité des fonds européens pour investir dans une viticulture très productive, et de bonne qualité, et inonder le marché européen avec des prix très bas (30 à 50 euros l’hectolitre de vin), écrasant les prix. On se souvient des explosions de colère de producteurs du Languedoc qui ont intercepté des camions-citernes de vin espagnol à leur entrée en France.
L’incendie est loin de s’éteindre
« L’incendie est loin de s’éteindre, on ne peut pas dire qu’il s’arrêtera tout seul. Nous devons tout faire pour lutter contre, car il affecte aussi les productions d’Italie et d’Allemagne », a alerté Thierry Coste. Cette production hyperconcurrentielle est réalisée à partir de coûts de production peu rémunérateurs, l’objectif étant avant tout de dominer le marché. Des rencontres sont prévues en juillet et septembre entre les acteurs italiens, allemands, français et espagnols pour tenter de trouver une solution, a annoncé Boris Calmette, président de la CCVF. La solution « n’est pas de faire la guerre aux Espagnols ni de considérer les fonctionnaires de Bruxelles comme des ennemis », a précisé Thierry Coste, voulant éviter la contagion d’un sentiment antieuropéen.
Luc Vernet, fondateur du think tank « Wine institute », basé à Bruxelles, a cité un article d’un journal irlandais, dans lequel l’opérateur laitier Glanbia disait à ses compatriotes de « tenir le coup encore six mois », le temps que les concurrents européens disparaissent. « Nous ne pouvons pas laisser une région ou un opérateur viser la domination du marché et détruire de la valeur », a poursuivi Thierry Coste, appelant à la réflexion « face à ce gros, gros, gros problème ».
Pac : le commissaire peut prendre des mesures en urgence en cas de crise aigüe
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« Les Espagnols nous ont fait le même coup avec le porc. Quels outils face à ce genre d’ambitions d’une région ou d’un opérateur du marché intérieur ? Faut-il réglementer ? », a questionné Jean-Christophe Roubin, directeur de l’agriculture à Crédit Agricole SA. L’UE est là pour protéger les productions européennes, mais même avec les productions des pays tiers, comme l’acier chinois, « elle laisse tout tomber, car l’Europe, c’est open bar ». « La Commission ne fait rien face à cela, c’est un vrai problème », s’est exclamée Gabrielle Castelli, responsable du secteur du vin à la confédération italienne des coopératives. Pourtant, le commissaire européen « a en poche le pouvoir de prendre les mesures qu’il veut, en dérogeant à toutes les règles, pour régler une crise aigüe, a indiqué Luc Vernet. Le discours courant de la Commission est 'on ne peut rien', or, si elle le veut, son commissaire peut déroger aux règles habituelles, pendant une période de six mois ».
Congrès viticole commun à quatre organisations professionnelles en 2017
Un congrès viticole commun à quatre organisations professionnelles aura lieu en 2017, a annoncé Stéphane Héraud, président de l’Association générale des producteurs de vins (AGPV) en fin de congrès de la CCVF. « Pour parler d’une même voix », la CCVF, la Confédération des vignerons indépendants de France, la Cnaoc (Confédération des AOC viticoles) et la Confédération VinIGP tiendront congrès commun, début juillet 2017, à Bordeaux, a indiqué Stéphane Héraud. L’AGPV est une signature commune à ces quatre associations.
Accord entre les caves coopératives et les gîtes de France pour développer l’œnotourisme
Les caves coopératives ont signé une convention avec la Fédération des gîtes de France pour développer l’œnotourisme, lors de leur congrès de Marseille. « Par cet accord, nous nous engageons mutuellement à échanger nos données pour mieux informer nos clients », a indiqué Yannick Fassaert, président de la fédération des gîtes et agriculteur. Ces données peuvent être le lieu d’une cave proche, l’imminence d’une foire aux vins, d’un ban des vendanges, etc. La convention prévoit que, quand l’hébergeur n’est pas vigneron, il peut s’accorder avec un vigneron pour que le service d’hébergement soit complété par de l’œnotourisme. Par ailleurs, la Fédération des gîtes de France a annoncé la constitution prochaine d’un syndicat qui sera commun avec le réseau « Bienvenue à la ferme » des chambres d’agriculture, entre autres pour que les taxes (taxe de séjour) et les normes (piscines) ne soient pas aussi pesantes que celles des chaînes d’hôtels, a ajouté son président.