La jeune société poursuit son développement, afin d'être prête pour se lancer dans la production de protéines d'insectes dès lors que la réglementation le permettra. Elle vise dans un premier temps le remplacement des farines de poissons utilisées dans l'aquaculture actuellement.
Créée fin 2011, Ynsect poursuit son développement de manière à être prêt lorsque la législation permettra l'utilisation de protéines d'insectes dans l'alimentation animale. L'aquaculture dans un premier temps, avant d'envisager à terme une extension à toute l'alimentation animale (volaille, porc). La start-up qui a inauguré cet été son nouveau siège social et centre R&D sur le site de Génopole à Evry doit ouvrir son nouveau site de production à Dôle dans le Jura (élevage et transformation), pour remplacer ceux de Besançon et d'Amiens, dans le courant du printemps prochain. À cette occasion, les effectifs de la société passeront de trente salariés à une quarantaine environ. Ce nouveau site pilote produira quelques tonnes de poudres et d'huile issus d'insectes par mois, à destination des fabricants d'aliments pour le pet food, jusqu'à présent seul débouché autorisé.
À terme, l'un des objectifs visés par Ynsect est de substituer ses produits, à la teneur en protéines tout aussi intéressante, aux farines de poissons, actuellement utilisées en aquaculture. Compte tenu du développement de l'aquaculture dans le monde (croissance à deux chiffres en Asie) et donc d'une demande croissance, face à une progressive raréfaction de la matière première, les prix ne cessent d'augmenter. À l'inverse, les insectes n'étant pas une ressource épuisable, les farines issues de ce type d'élevage sont donc promises à un bien meilleur rendement que celui des farines de poissons. Cinq millions de tonnes de farines de poissons sont consommées dans le monde actuellement et le prix à la tonne évolue actuellement autour de 1 500 dollars « après être monté jusqu'à 2 500 dollars fin 2014, début 2015 », souligne Antoine Hubert, président d'Ynsect. Des prix qui devraient encore remonter, après le passage d'El Niño cet hier, qui comme chaque épisode climatique entraîne une raréfaction de la matière première utilisé pour la fabrication de farine de poisson.
Les ambitions d'Ynsect sont pour le moment modestes. « Si nous atteignons 2 à 3 millions de tonnes de protéines d'insectes à un horizon 2025, ça serait déjà très bien », estime Antoine Hubert, non sans rappeler à juste titre que la filière part de zéro.
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La consommation de farines animales est interdite depuis la crise de la vache folle. Si l'emploi des protéines animales transformées (PAT) reste proscrit pour l'alimentation des ruminants, elles ont été réintroduites en juin 2013 dans l'aquaculture. « Nous pensions que les insectes entraient également dans ce cadre » reconnait Antoine Hubert, mais c'était sans compter sur « un petit nœud juridique » comme il le nomme. Petit certes, mais ô combien incontournable. En effet, la loi autorise la consommation de PAT, mais uniquement celles sortant d'abattoirs dûment agréés. Or, il n'existe pas aujourd'hui d'abattoirs pour insectes. Un vide juridique, auquel personne n'avait pensé avant d'être concrètement confronté à la question et qui doit absolument être comblé avant la mise sur le marché desdits produits. La question de l'agrément pour l'abattage des insectes est un des sujets sur lesquels travaille l'Ipiff actuellement pour faire avancer la législation européenne. Nul ne sait donc encore ce qui sera décidé, à savoir si l'agrément relèvera de l'exception pour les insectes, ou d'une spécificité, les fermes d'élevage pouvant être certifiées en tant qu'abattoir. Et de là, découle d'autres questions, et notamment celles de savoir comment tuer les insectes. Convient-il plutôt en effet de les tuer par le froid ? ou par le chaud ? D'ici à ce qu'un député évoque le bien-être de l'insecte… les débats risquent d'être longs.
Actuellement en Europe, la consommation humaine d'insectes est encadrée par le règlement numéro 258/97, dit « Novel Food », datant de 1997. La révision de ce dernier pourrait intervenir début novembre au plus tôt, si le Parlement européen vote, le 28 octobre prochain (première lecture), le compromis obtenu avec le Conseil le 10 juin dernier. Sinon, en cas de deuxième lecture, la révision interviendrait en mai 2016 au plus tard. Cette révision a pour objet de modifier la procédure d'autorisation de mise sur le marché des nouveaux aliments et nouveaux ingrédients alimentaires. La Commission propose une procédure d'autorisation centralisée au niveau européen qui aurait selon elle l'avantage de réduire la charge administrative, ainsi que la procédure d'autorisation d'un nouvel aliment. La Commission estime que la procédure actuelle, « longue et coûteuse, dissuade les entreprises de demander une autorisation préalable de mise sur le marché ».
Selon l'Ipiff, le passage sous la bannière Novel Food de tous les produits actuels (insectes entiers ou transformés), « représente un réel risque pour l'ensemble des acteurs de la filière ». En effet, si tout passe en Novel Food, les produits pour l'alimentation humaine ne pourront plus être commercialisés, même si c'est actuellement le cas en Belgique, aux Pays-Bas et en Angleterre, des pays qui avaient donné une autorisation temporaire. « L'Ipiff demande à la Commission une période de grâce de deux ans minimum pour laisser le temps aux opérateurs de remplir un dossier Novel Food pour leurs produits », indique Antoine Hubert, le président. Un délai supplémentaire au cours duquel les produits continueront à être commercialisés, alors même que les producteurs déposeront les dossiers Novel Food nécessaires.