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Emmanuel Simon (Swen Terra) : « En investissant dans les exploitations aux côtés des agriculteurs, nous prenons le même risque qu’eux »

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Emmanuel Simon est Directeur de gestion et Responsable de la stratégie Swen Terra chez Swen Capital Partners. Crédits : © Swen Capital Partners

Swen Capital Partners, référence de l’Investissement Responsable en non coté, a annoncé le 30 juin 2025 le lancement de son troisième fonds à impact, Swen Terra dédié à l’agriculture régénératrice. Un premier closing de ce nouveau fonds à hauteur de 40 M€ est prévu mi-juillet, sur un objectif de levée de 200 M€. Swen Terra bénéficie du soutien de la Macif et d’Abeille Assurances, marques d’Aéma groupe, ainsi que de Suravenir. L’ambition du fonds vise à permettre l’accès aux capitaux des acteurs du monde agricole engagés dans des pratiques durables et ainsi favoriser la restauration des sols, afin de lutter contre le changement climatique et la perte de biodiversité. Emmanuel Simon, Directeur de gestion et Responsable de la stratégie Swen Terra chez Swen Capital Partners détaille pour Agra Innovation la stratégie et les objectifs d’investissement de ce nouveau fonds et dévoile un premier investissement à venir dans la société GreenPods.  

Comment est née l’idée de lancer ce nouveau fonds Swen Terra, dédié au développement de l’agriculture régénératrice et à la restauration du capital naturel des sols agricoles ?

La création de ce fonds, sur lequel nous travaillons depuis plus de deux ans, part d’un double constat. Le premier est que les sols agricoles en Europe sont considérés comme dégradés, à hauteur des deux tiers selon la Commission européenne et plusieurs études. Et le second constat, c’est qu’il manque sans doute d’outils de la part des financiers pour résoudre ce sujet clé qu’est l’état de santé de nos sols agricoles. 

Restaurer la santé des sol est un sujet majeur aujourd’hui, parce qu’un sol dégradé ne remplit plus ses fonctions systémiques, que ça soit dans le cycle de l’eau, dans sa capacité à séquestrer du carbone, ou comme réservoir de la biodiversité, qu’il est moins résilient face aux aléas et aux changements climatiques et qu’à terme, il est moins fertile. 

Swen Terra porte une double logique, non seulement d’impact, mais aussi de permettre aux exploitations agricoles de gagner en résilience et de remettre de la valeur ajoutée avec des produits de qualité dans une logique de maîtrise des coûts d’exploitation.

Notre souhait chez Swen est de financer des entrepreneurs du monde agricole afin qu’ils puissent faire transiter leurs pratiques agricoles vers l’agriculture de régénération ou plus généralement vers l’agroécologie. À notre connaissance, il n’existe pas en France de fonds dédié qui finance directement les exploitations agricoles.

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Comment Swen Terra compte-t-il financer cette transition vers des pratiques plus durables ?

L’originalité de notre approche, par rapport à ce qu’on peut voir aujourd’hui sur le marché français, c’est que nous allons investir en capital et non dilutif dans les exploitations aux côtés des agriculteurs. Comparé à d’autres acteurs financiers qui investissent dans les solutions qu’utilisent les agriculteurs, ou dans du foncier pour le louer aux agriculteurs, nous pensons chez Swen Terra que le cœur du réacteur repose sur la production agricole, donc nous nous alignons avec les agriculteurs, en prenant quelque part le même risque qu’eux. 

Nous suivrons deux schémas d’investissements, soit en permettant à des personnes qui ont démontré un savoir-faire en agroécologie et en agriculture régénérative d’étendre leur exploitation, ce qui correspond à un financement assez classique d’une TPE ou PME du monde agricole, dans un environnement agricole où l’enjeu du renouvellement des générations est important. Soit en association avec une société qui conseille des agriculteurs sur la partie transition, et qui investira avec nous dans les fermes aux côtés des agriculteurs engagés dans cette voie.

En tant que financier, notre rôle est de flécher des fonds sur des thématiques qui nous semblent importantes en termes d’agriculture, d’impact, mais aussi plus globalement de souveraineté, sans oublier le côté social également avec le sujet de la valeur ajoutée dans l’agriculture. Et nous ne pouvons le faire qu’en nous adossant à des experts de la transition agricole, d’où notre stratégie de n’investir que de façon uniquement minoritaire aux côtés de ces spécialistes et des agriculteurs. 

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Quelles sont les caractéristiques de ce fonds ? 

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Nous visons un premier closing à mi-juillet à hauteur de 40 millions d’euros, avec un objectif cible de 200 millions d’ici 2 ans. Le fonds aura une durée de vie de 10 à 12 ans. Swen se projette comme un investisseur de long terme aux côtés de ses partenaires. 

Nous comptons réaliser une dizaine d’opérations en partenariat avec des agriculteurs et des experts de la transition agricole, ce qui permettra de financer entre 100 et 150 exploitations agricoles.

L’équipe de Swen Terra est composée d’une équipe dédiée de six personnes, avec des compétences en finance, dans le secteur agricole et en agronomie. 

 

En même temps que le premier closing du fonds, Swen Terra annonce un premier investissement dans la société GreenPods. Expliquez-nous ce choix.

La société GreenPods est une spécialiste de l’agroforesterie en agriculture régénératrice pour la production de fruits à coque. Il faut savoir que 80 à 90% des fruits à coque dans le monde sont consommés en Europe et produits en Turquie et en Californie. En plus de notre souhait d’avoir un impact sur nos sols agricoles, Swen Terra a aussi la volonté de reterritorialiser certaines productions, ce qui est aussi l’objectif de GreenPods.

Nous allons aider la société pour lui permettre d’investir jusqu’à 30 millions d’euros, entre 2025 et 2028, dans l’acquisition de cinq nouveaux vergers en France et en Espagne, en amande et pistache principalement, en noisette également, et un peu d’olive aussi. Il est important d’avoir différentes productions pour permettre de diversifier les risques. 

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Vous avez d’autres projets d’investissement en cours ?

Nous regardons d’autres dossiers, principalement en France, même si nous souhaitons également investir dans le reste de l’Europe, sur divers types de cultures, aussi bien des vergers que des cultures annuelles. Nous souhaitons également investir, toujours de manière minoritaire, dans tout ce qui touche à la première transformation de ces produits agricoles durables. Ceci entre dans une double logique, d’une part en accompagnant les agriculteurs que nous finançons dans l’intégration d’une partie de la marge aval en faisant des premières transformations. Et d’autre part, en reconstituant des filières territoriales durables en investissant cette fois-ci dans les outils de transformation ou de première transformation qui permettront de créer une demande locale pour des produits de l’agriculture régénérative et durable, avec la mise en place de cahiers des charges auprès de fermes dans lesquelles nous ne serons pas au capital. 

Il est important aujourd’hui de reconstituer ces filières territoriales durables, parce qu’aujourd’hui l’allongement des chaines de valeurs dans l’alimentation n‘améliore pas la transparence sur l’origine des produits. Nous visons un enjeu clé qui vise à remettre de la valeur ajoutée dans nos territoires.