Abonné

Guillaume Labarrière (DG d’Agripower) : « Nous devrions annoncer la concrétisation de plusieurs projets de méthanisation d’ici la fin de l’année. »

- - 7 min
Guillaume Labarrière est le directeur général d'Agripower depuis 2023. Crédits : © Agripower

Agripower, axé depuis sa création en 2012 sur la construction, le design et la maintenance d’unités de méthanisation pour le compte de tiers, a pris un virage stratégique à l’automne 2024. La société vient également de boucler une augmentation de capital pour accompagner sa croissance. Guillaume Labarrière, directeur général d'Agripower, fait le point pour Agra Innovation sur les projets déjà réalisés et les ambitions du groupe à moyen terme.

Agripower a adopté un vrai virage stratégique en 2024. Pouvez-vous nous en dire plus ? 

À l’issue d’un audit réalisé à mon arrivée en novembre 2023, dans un groupe en très grande difficulté, nous avons en effet décidé de faire évoluer la stratégie. Au vu de l’évolution législative française concernant le tarif de rachat du biométhane, mais aussi de la réglementation européenne, il était plus intéressant de détenir un parc d’actifs d’unités de méthanisation, aussi bien d’unités existantes à transformer, appelées brownfield, que d’unités en création, du nom de greenfield. 

Pour rappel, la France a d’importantes ambitions en matière d’énergies renouvelables, à l’horizon 2030 et 2050, cette dernière date à laquelle la consommation de gaz ne devrait plus utiliser de molécules fossiles, mais uniquement de la molécule verte. Cet objectif représente un véritable eldorado pour ceux qui, comme Agripower, maitrisent parfaitement le domaine de la méthanisation. 

Contrairement aux énergies solaire photovoltaïque ou éolienne, réputées intermittentes, la méthanisation est pilotable en continu. 

La production de gaz vert n’est pas éphémère, en ce sens qu’elle doit entièrement se substituer au gaz naturel issu de l’énergie fossile, la législation, la réglementation, mais aussi les principes de tarification s’inscrivent dans le temps long. 

Dans les faits, comment s’est opéré ce changement stratégique ?

Agripower a réalisé son premier investissement à l’automne 2024, avec une prise de participation de 42,93% au capital (majoritaire en droits de vote, ndlr) de la société Méthélec en Auvergne, aux côtés de la famille fondatrice Lhospitalier. Une unité d’ancienne génération que nous avons réussi à convertir en moins de 4 mois en une unité d’injection de biométhane. Les premières molécules ont été produites et injectées dans le réseau de gaz naturel GRDF en février dernier. 

Depuis cette transformation rapide et réussie, nous sommes très fortement sollicités par GRDF qui incite les unités existantes à être modifiées vers la version actualisée de production de biométhane. Il existe sur le territoire français un peu plus de 700 unités éligibles, sachant que le plus grand gisement d’intrants potentiels permettant la méthanisation en Europe, se situe en France, faisant de notre pays le plus grand producteur de biométhane, devant l’Allemagne que nous venons de dépasser.

La société a bouclé début octobre dernier une augmentation de capital de 8 M€ (1). À quoi serviront ces fonds ? 

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

photovoltaïque
Suivi
Suivre
électricité
Suivi
Suivre

La majeure partie du montant de cette opération sera consacrée à l’investissement dans de nouvelles unités de méthanisation, au travers de notre filiale à 100%, Agripower Partner, notre véhicule d’investissement dédié à la détention d’actifs. Nous avons annoncé en septembre notre investissement dans deux nouvelles unités. L’une « Greenfield », est une création en production de biométhane dans la Sarthe, dont les travaux devraient démarrer en décembre prochain, pour une livraison fin d’année 2026. Agripower détient 49% de la société qui va porter cette unité. L’autre « Bronwfield » concerne une unité d’ancienne génération dans la Meuse dans laquelle nous venons d’investir et que nous allons convertir dans les deux prochaines années en injection de biométhane. 

Et en mai dernier, nous avons officialisé la création d’une très grande unité de méthanisation à la ferme. Celle-ci est adossée à une exploitation de 650 hectares dans l’Est de la France. Les travaux viennent de démarrer pour une livraison fin 2026. Là encore, nous détenons 49% des parts de la société.

Vous avez d’autres projets en cours ? 

Notre but d’ici à 2030 est de monter en puissance, en acquérant plusieurs dizaines d’unités de méthanisation pour devenir un propriétaire d’actifs assez conséquent. Nous avons plusieurs projets en cours d’instruction sur lesquels nos équipes travaillent pour apprécier leur pertinence et voir dans quelle mesure nous sommes capables de les transformer en succès. Nous sommes pragmatiques et absolument pas dans une course effrénée de rachat d’actifs. Nous voulons avant tout nous assurer que chacun de ces projets de manière unitaire est créateur de valeur, avec un taux de retour sur investissement qui correspond à nos ambitions. Nous sommes énormément sollicités, mais nous devons analyser tous les dossiers de manière très poussée avant de décider d’y aller avec une maitrise totale du risque. Nous devrions annoncer la concrétisation de plusieurs projets de méthanisation d’ici la fin de l’année. 

Sur quoi repose votre business model ?

C’est assez simple. Nous achetons les intrants, par exemple le lisier, le fumier, des déchets agricoles… sur la base d’un prix à la tonne sur un marché normé. Nous supportons ensuite des charges d’exploitation pour permettre la production de ce biogaz, transformé ensuite en biométhane. Nous avons ensuite des tarifs de rachat de la molécule de gaz avec différentes typologies suivant la taille des unités de méthanisation. Pour les unités déjà existantes que nous convertissons en biométhane, cela passe par le marché des CPB ou certificats de production de biogaz ou de biométhane, qui sont l’équivalent des certificats d’économie d’énergie, que les obligés, comme EDF et Engie, se devaient de produire en achetant de l’électricité verte. Ce certificat de production de biométhane a une valeur de 90 euros actuellement du mégawattheure. Nous contractualisons des contrats sur plusieurs années avec ces sociétés qui nous achètent notre molécule de biométhane. Étant donné qu’il y a un déséquilibre entre l’offre et la demande, nous n’avons que l’embarras du choix pour la contractualisation.

Et nous assurons en outre un service après-vente des unités, via des contrats d’entretien de l’outil d’exploitation. Selon la taille des unités, dont la durée de vie est au minimum de 20 ans, les investissements de départ sont compris entre 4,5 et 15 M€ pour de nouvelles unités « Greenfield » et entre 3 et 7 M€ pour des unités à convertir « Brownfield », il est donc nécessaire d’assurer un service d’entretien et de maintenance régulier.

(1) : Les actions Agripower sont cotées sur le marché Euronext Growth depuis 2019.