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Jean-François Déchant, CEO (Elicit Plant) : « Notre solution d'immunothérapie végétale répond au changement climatique et nous cherchons à développer des partenariats »

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Jean-François Déchant, cofondateur et CEO d’Elicit Plant. Crédits : © Elicit Plant

Elicit Plant, spécialiste des solutions naturelles à base de phytostérols pour améliorer la réponse au stress hydrique sur le segment des grandes cultures, a récemment convié un panel d'experts pour participer à une journée débat sur les conséquences du changement climatique. Pour Jean-François Déchant, cofondateur et CEO d’Elicit Plant, il est primordial de trouver des solutions ensemble pour adapter nos pratiques agricoles au niveau mondial.La société qui a commercialise déjà une technologie pour aider le maïs à résister au stress hydrique, s’apprête à lancer une nouvelle innovation en Europe adaptée cette fois au tournesol et devrait proposer de nouveaux produits contre le stress hydrique pour les céréales à paille, toujours en Europe dès 2025. La société cherche par ailleurs à nouer des partenariats afin de codévelopper ses produits sur d'autres plantes que les grandes cultures, qui sont sa spécialité.

Dans quelle optique Elicit Plant a-t-il récemment organisé la Journée internationale de la prévention des risques climatiques, autour d’experts mondiaux et d’agro-industriels ?

La météo fait partie de la fatalité dans la vie d’un agriculteur. Mais le changement climatique évolue tellement vite aujourd’hui, qu’il nous a semblé important de réfléchir pour trouver des solutions ensemble. Certaines études (source FAO, ndlr) évoquent une baisse sur les grandes cultures liée à l’impact du changement climatique de l’ordre de 20% globalement à l’horizon 2050, et dès 2030 pour le blé. Pour rappel, ces grandes cultures permettent d’apporter 50% des calories à l’humanité. Or, une diminution de la production de ces calories, alors que dans le même temps le nombre d’individus à nourrir augmente, pose un vrai problème. En outre, avec une augmentation de 1 degré des températures, l’évapotranspiration des sols a progressé de 20%. Et je ne parle pas ici d’irrigation, mais bien d’évapotranspiration. Dans l’agriculture en France aujourd’hui, les grandes cultures représentent 15 millions d’hectares, soit entre 20% à 25% de la surface totale du territoire. Si on veut s’attaquer au stress hydrique, c’est bien là qu’est l’urgence.

Quel a été l’élément le plus marquant de cette journée ?

La glaciologue française Heidi Sevestre a très bien expliqué l’impact qu’avait la fonte des glaciers, en particulier au pôle Nord, sur l’agriculture en France. Honnêtement, c’est effrayant et visiblement les modèles scientifiques aujourd’hui s’avèrent être conservateurs par rapport à la réalité.

Après son intervention, un élément a vraiment émergé de nos échanges. Plutôt que d’essayer de diminuer nos émissions de carbone, nous devons immédiatement essayer de trouver des solutions pour nous adapter au changement climatique et surtout arrêter de croire que tout va revenir comme avant.

Heidi Sevestre explique très bien que l’équilibre du pôle Nord étant aujourd’hui brisé, nous sommes entrés dans un chaos météorologique inexorable. La Terre retrouvera un jour un nouvel équilibre, mais on ne sait pas ce qu’il sera. Et plus vite nous trouverons des solutions ensemble pour s’adapter au changement climatique et mieux on se portera pour assurer notre souveraineté alimentaire.

D’autant plus que le temps de la recherche est long. Chez Elicit Plant, il s’est passé 5 ans entre la création de la société et la commercialisation de notre premier produit. Et si notre solution offre une vraie réponse au changement climatique, « la seule même » aux dires de Mark Trimmer (1) présent lors de cette journée, nous n’y arriverons pas tout seuls. Il faut emmener tout un écosystème pour faire changer les pratiques au niveau mondial.

Rappelez-nous comment fonctionne votre plateforme technologique EliTerra ?

C’est un concept qui vise à identifier pour une espèce végétale donnée, quelle sera la composition idéale d’un traitement à base de phytostérol sur lequel repose notre technologie. Cette molécule fait partie des parois cellulaires des plantes et participe à leur croissance et à la réaction au stress. Il en existe au moins 200 variétés dans la nature et aucune plante n’a la même composition de phytostérol.

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Concrètement, quand une plante est exposée à un stress, elle va augmenter son niveau de défenses en créant de la biosynthèse de phytostérols, un phénomène naturel assez proche de l’immunothérapie. Le process d’Elicit Plant revient à stimuler cette surexpression de gènes de la plante par une pulvérisation d’une composition spécifique de phytostérols. Actuellement, nous disposons d’une dizaine de brevets sur la composition des produits.

En quoi votre solution est-elle différente des autres solutions proposées sur le marché ?

L’engagement d’Elicit Plant vise à fournir des solutions performantes en réponse au stress hydrique sur les grandes cultures, qui sont notre fil rouge. La société a validé une technologie sur le maïs avec Best-a, commercialisé en France depuis 2022 et bientôt en Europe, au Brésil et en Ukraine. Nous nous apprêtons à lancer une nouvelle innovation en Europe adaptée au tournesol en cas de stress hydrique, avec EliSun-a.

Nous travaillons sur du vivant, donc lié à la météo, au sol, mais une des caractéristiques de notre produit par rapport à d’autres biostimulants tient à la cohérence des résultats partout sur la planète. Avec l’aide de sondes plantées dans le sol d’un champ de maïs, nous avons ainsi pu démontrer à grande échelle que les plantes traitées avec notre solution avait réduit leur consommation en eau de 20%. Ceci montre bien que grâce à notre solution, la plante s’adapte au manque d’eau.

Sans oublier la performance économique de notre produit qui est déterminante pour les agriculteurs dans les grandes cultures. Nous assurons un retour sur investissement de x3, c’est-à-dire qu’un investissement de 100 sur notre produit, rapportera 300 à l’agriculteur.

Quels sont les prochains projets de développement d’Elicit Plant ?

Nous devrions proposer de nouveaux produits contre le stress hydrique pour les céréales à paille en Europe en 2025, et en France dès 2024 sur l’orge de printemps, dont les cultures sont particulièrement soumises au stress hydrique. Nous travaillons aussi sur la vigne et devrions être en mesure prochainement de sortir une solution sur laquelle nous avons de bons résultats.

Et nous avons démarré des discussions avec de grands groupes pour nouer des partenariats afin de codévelopper des produits, en plus de ceux que nous commercialisons déjà. L’essence de la société, c’est d’avoir notre laboratoire au cœur d’une ferme pour pouvoir développer rapidement des solutions. Nous savons que notre technologie marche potentiellement sur n’importe quelle plante, mais dès lors que nous sortons de nos cultures, nous perdons en agilité parce que nous n’avons pas les compétences requises. D’où l’idée de développer des partenariats avec d’autres spécialistes, dans les légumes par exemple, sur les pommes de terre, la betterave, ou encore le riz, afin de pouvoir maîtriser les tests de bout en bout.

(1) Mark Trimmer, co-fondateur de Dunham Trimmer, société d'études de marché dans le domaine des biosolutions pour l'agriculture.