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Jean-Philippe Girard, fondateur du fonds d’investissement Steva : « Je suis persuadé qu’il faut multiplier les initiatives et les booster pour que ça réussisse »

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Ancien président de l’Ania et fondateur il y a une trentaine d’années de la société Eurogerm, Jean-Philippe Girard occupe depuis le début de sa carrière un poste privilégié d’acteur et d’observateur dans l’agroalimentaire. Une expérience et une vision qu’il a décidé de mettre à profit en lançant la société d’investissement Steva pour soutenir des projets dans le secteur et continuer à se battre pour la filière agroalimentaire. Son but n’est pas simplement d’investir, mais bien de faire bouger les lignes, changer le monde en mieux et donner envie à d’autres de le faire.

Vous venez de céder la majorité du capital d’Eurogerm, société que vous aviez fondée en 1989, et vous vous lancez dans un autre projet, avec la création de la société d’investissement Steva et ses deux fonds, Star’Terre et Eat’Vallée. Racontez-nous pourquoi et comment est né ce nouveau projet…

Comme vous le savez, j’ai présidé l’Ania et le Sial pendant cinq ans, je me suis vu confier par le président Emmanuel Macron le premier comité stratégique de filière alimentaire, et j’ai aussi passé trois ans aux côtés de Pierre Gattaz au Medef. Pendant ces quelques années, j’ai donc pu voir et constater l’état de la situation de notre filière agroalimentaire, comparé aux autres filières industrielles. J’avais un poste d’acteur, de médiateur et d’observateur, qui m’a permis de voir la faible répercussion des lois sur nos filières, et puis à l’inverse, le fort impact sur l’activité, des professionnels qui contractualisent et qui lancent des partenariats avec leur amont et leur aval. Je me suis alors demandé, une fois la cession d’Eurogerm sur les rails, en quoi je pourrais être utile, comment je pourrais faire avancer les choses. Une volonté d’autant plus marquée par la confirmation que les marges brutes de tous les secteurs industriels sont en hausse à l’exception de l’agroalimentaire. Ce qui veut bien dire que chaque année, c’est toujours un peu plus dur pour ce secteur et qu’il y a donc un vrai problème.

D’où cette volonté de vous investir directement sur le terrain ?

Oui, je voulais continuer à me battre pour ma passion, ma filière, et c’est comme ça qu’est née l’idée de créer Steva, qui est la contraction de Star’Terre, les stars de la Terre, ces jeunes et moins jeunes entrepreneurs qui vont bousculer nos vies en œuvrant sur le développement durable, l’environnement et la santé notamment, et Eat’Vallée, créé sur le modèle, toutes proportions gardées, de la Silicon Valley, où nous pourrions abriter des start-up, des TPE et des PME en devenir dans l’écosystème alimentaire, qui travailleraient sur le mieux produire, le mieux manger, le mieux vivre et le prix juste. Des problématiques qui sont au cœur des enjeux actuels, et qui devraient permettre à chaque maillon de la filière de vivre dignement de son travail et de se développer. Une problématique qui n’est pas facile, mais sur laquelle je me suis toujours battu. Je n’attends pas le grand soir, mais je suis persuadé qu’il faut multiplier les initiatives et les booster pour que ça réussisse. Donner envie aux autres d’agir, d’innover, d’entreprendre en les soutenant, en croyant en eux.

Après quarante ans de carrière dans cette filière, je suis inquiet de cette guerre des prix incessante entre fournisseurs et distributeurs, qui fait craindre un appauvrissement des produits, de l’offre et, derrière, celui des salaires. Malheureusement, une entreprise qui ne gagne pas d’argent ne verse ni prime, ni participations, ni intéressement et ne propose pas de carrière. Et au final, le secteur perd de son attractivité auprès des jeunes. C’est tout l’enjeu derrière ma démarche, il faut redonner de la fierté à la filière pour que les jeunes aient envie de nous rejoindre. Il faut mettre en avant les bonnes initiatives, mettre en avant un bon producteur, un bon fabricant et un bon distributeur aussi.

Pensez-vous que les mesures prises par le gouvernement d’Emmanuel Macron sont suffisantes ?

On parle déjà d’Egalim 2, alors que la première loi n’a même pas trois ans. Mais au-delà de ça, Emmanuel Macron a tapé là où il fallait pour stopper, au moins en partie, l’hémorragie. Ce qu’il faut maintenant, c’est tirer les acteurs et les produits vers le haut, pas vers le bas. Egalim 2 y répond en partie. Personnellement, je ne pense pas que tout va se résoudre par des changements de loi. Il faut surtout et avant tout changer les comportements. Serge Papin l’a dit également dans son rapport, il faut des partenariats amont/aval, récompenser ce qui marche et peut-être montrer du doigt ceux qui ne jouent pas le jeu…

Pour en revenir à Steva, d’où viennent les fonds et qui vous accompagne dans cet ambitieux projet ?

J’ai décidé de réinvestir une partie du produit de la vente d’Eurogerm. J’abonde à hauteur de 70 % et les 30 % restants sont apportés par mes actuels associés dans le fonds Rubis Capital Bourgogne, créé il y a quelques années. Il s’agit de cinq entrepreneurs de la région Côte-d’Or, présents dans différents métiers, de l’hôtellerie-restauration, en passant par le bâtiment, les produits d’hygiène et de beauté ou encore les vignobles, l’événementiel et qui ont souhaité avancer en confiance à mes côtés.

Et nous ne nous interdisons pas, dans les cinq ans à venir, d’élargir le tour de table à d’autres investisseurs. Il se trouve que certains fonds m’ont déjà demandé s’ils pouvaient entrer dans Steva. Avant cela, je souhaite éprouver le modèle en accompagnant les porteurs de projets de façon minoritaire, mais dans la durée, entre cinq et dix ans, sauf si les dirigeants veulent faire évoluer le tour de table avant.

Où en êtes-vous de la sélection des premiers dossiers ?

Nous avons déjà signé cinq accompagnements de projets depuis le démarrage de Steva (lire ci-dessous) et nous avons dix à quinze dossiers dans le « pipe », qui viennent de toute la France. Notre comité d’engagement se réunit une fois par mois, et nous voyons bien que depuis l’accélération des vaccinations et des réouvertures progressives, les dossiers déposés sont plus nombreux. Lors de la dernière séance du comité mi-mai, nous avons examiné douze projets.

Et en quoi consiste le soutien apporté par Steva ?

Tous les porteurs de projets peuvent candidater directement sur le site, à condition d’entrer dans une des initiatives qui constituent les cinq piliers phares de Steva, agricole, distribution, alimentaire, consommation, santé et environnement. Un porteur de projet qui n’a jamais pu le développer faute de moyens se verra attribuer un prêt d’honneur de 10 000 euros pour valider son idée. S’il réussit, il rembourse, sinon il ne rembourse pas. Aujourd’hui, ça peut permettre à des étudiants de se nourrir et de se loger, parce que pour l’instant, ils n’ont même pas ça pour démarrer leur projet. Il faut savoir qu’un beau projet à terme peut partir d’une toute petite idée, j’en suis la preuve vivante. Sinon, chaque projet sélectionné par le comité stratégique (1), sachant que les huit membres doivent tous être d’accord, est accompagné à hauteur de 150 000 euros. Et si le comité est vraiment séduit, on pourra monter jusqu’à 1 million d’euros par projet. Dans tous les cas, nos fonds entrent de manière minoritaire au capital, avec une participation comprise entre 10 et 30 %. D’ici 3 à 5 ans, Steva a pour objectif d’accompagner 61 projets au total et nous irons à 100 si d’autres beaux projets arrivent.

Dans trois des dossiers que nous venons de signer, Steva fait clairement du co-investissement. Bpifrance ainsi que d’autres banques et d’autres fonds nous ont suivis, il y a un effet de levier qui se décide avec Steva. Mais, attention, il ne faut pas que tout le monde y aille parce que l’autre y va, car il y a un risque d’échouer. À partir du moment où Steva y va, le mot fort devient "l’engagement". On parle aussi d’agentivité, de capacité et de puissance à agir. Le but de Steva n’est pas juste de mettre de l’argent et de regarder ce qui se passe, nous voulons faire bouger les lignes. Notre objectif est de changer le monde en mieux et de donner envie à d’autres de le faire avec nous.

Steva prévoit de reverser un tiers du boni réalisé sur ses investissements à des projets humanitaires et solidaires. Pourquoi une telle démarche, qui plus est assez rare<0x2009>? Et pourquoi ne pas avoir créé une fondation ?

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En effet, c’est assez nouveau comme démarche pour un fonds d’investissement, et j’ai d’ailleurs eu des réflexions parce que le procédé n’était pas classique. Dans ma vie, j’ai eu l’occasion de toucher à l’économie sociale et solidaire et j’ai déjà vu une multitude de petits projets abandonnés faute de moyens. Il y a de formidables projets de jeunes et moins jeunes dans les banlieues ou dans les campagnes qui pour lancer leurs micro-activités ne demandent pas de gros moyens. Et si nous pouvons réinjecter, 10 000, 15 000 euros ici, 20 000 euros là pour les aider, c’est tant mieux.

J’ai besoin de bouger et d’agir aussi, d’où cette idée de reverser une certaine somme, la fondation sera le stade d’après. Je vais prochainement nommer quelqu’un qui prendra en charge ces projets de l’économie sociale et solidaire. Il s’agira d’une personne issue du monde de l’entrepreneuriat social et solidaire, qui devra bien connaître ce milieu.

Les quatre projets accompagnés par Steva

VaoVert : Une plateforme spécialisée dans toutes sortes d’hébergements touristiques éco-responsables en France fondée par Mélanie Mambré.

AUM Biosync : Créé par un pompier gendarme, cet algorithme « des salariés postés », analyse leurs biorythmes et propose des solutions de management pour réduire les risques liés au travail en horaires décalés.

EMNo’line : Un programme éducatif de santé pour lutter contre l’obésité et le surpoids, créé par des professionnels de santé, et entrant dans le cadre de l’article 51 pour l’innovation en santé, prévu dans la loi de financement de la sécurité sociale 2018.

Doob : Une solution portée par la société Miam Company, qui permet à tous les commerces de proximité, jusqu’à présent peu digitalisés, d’être connectés.

Les membres du comité d’engagement de Steva : parité, complémentarités et compétences

Jean-Philippe Girard : fondateur, leadership et vision. Fondateur en 1989, il est président-directeur général de l’entreprise Eurogerm, actrice majeure de la filière blé-farine-pain. Président de l’Ania durant deux mandats consécutifs, anciennement président du Conseil de surveillance du Sial, président du Comité stratégique de filière alimentaire et fédérateur agroalimentaire du commerce extérieur. Il est aussi membre fondateur du pôle de compétitivité Vitagora, des Business Angels et du Réseau Entreprendre basés à Dijon, qui ont pour objectif de dynamiser et soutenir l’innovation dans le secteur alimentaire.

Laurence Attuel-Mendes : démarche RSE. Diplômée d’un doctorat en droit - Laurence Attuel-Mendes a été successivement enseignante à l’Université de Bourgogne, à l’Université Paris XII (Upec) et rédactrice pour la revue nationale Actualité Juridique Famille. En 2006, elle a rejoint la Burgundy School of Business (BSB), école de management créée en 1899, où elle enseigne notamment le droit des affaires et le droit du travail.

André Renard : développement et stratégie commerciale. Ancien pilote de chasse dans l’aéronautique navale, il a ensuite occupé des postes de directeur commercial puis de directeur général avec des responsabilités nationales et internationales dans plusieurs entreprises. Il crée le Réseau Entreprendre Bourgogne (REB) en 2002. Seize ans plus tard, il cède sa place de directeur de l’association pour créer la société Smartfox spécialisée dans l’accompagnement des entreprises en matière de stratégie commerciale.

Christelle Hamelin : coordination, gestion et administratif. Issue d’une formation en comptabilité, Christelle Hamelin intègre l’entreprise Eurogerm en 1999 en tant qu’assistante comptable avant de devenir responsable administratif et financier de l’entreprise en 2007 et l’assistante de direction de Jean-Philippe Girard.

Stéphanie Malbezin : business model et finance. Experte-comptable et commissaire aux comptes, elle a intégré le cabinet ECA Nexia en 2010 pour devenir associée en 2014. Sa volonté d’œuvrer pour l’entrepreneuriat local l’a menée à s’investir au sein de Réseau Entreprendre Bourgogne en 2015.

Dorian Guiu : protection juridique. Avocat de formation à l’issue d’un parcours juridique en droit des affaires, il s’est rapidement spécialisé en propriété intellectuelle. Partenaire important du Cabinet Guiu, premier cabinet de conseils en propriété industrielle implanté en Bourgogne, il le rejoint finalement en tant qu’associé en 2013. Responsable du Département Juridique, Dorian Guiu est aujourd’hui directeur général du cabinet.

Guillaume Droin : stratégie et communication. Diplômé de Burgundy School of Business, il a bénéficié d’un enseignement complet lié à la création et la reprise d’entreprise qui lui a permis de concrétiser ses années d’étude par la conception de l’agence de communication Propulse en 2002, à Dijon. Il travaille aux côtés des dirigeants d’entreprises pour les accompagner dans l’élaboration de leur identité et de leur stratégie de communication.

Carole Girard : coaching et ressource humaine. Psychologue du travail de formation, elle s’est très vite formée au coaching pour accompagner les créateurs et dirigeants d’entreprises tout au long de leur évolution professionnelle. En tant qu’entrepreneur, avec son cabinet CG Conseil, elle a bénéficié en 2008 de l’accompagnement du Réseau Entreprendre dont elle est lauréate. Coach et formatrice certifiée Process Com, elle est aussi animatrice au sein de l’association Germe, le réseau de progrès des managers. Elle a créé Germe Dijon en 2019 avec un groupe de vingt personnes.