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Matthieu Vincent (DigitalFoodLab) : "Le périmètre de financement des start-up se modifie, mais le futur n’est pas du tout remis en question"

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Matthieu Vincent, cofondateur de l'agence de conseil DigitalFoodLab Crédits : © Digitalfoodlab

Le financement des start-up, tous secteurs confondus, marque une pause ces derniers mois. Un ralentissement auquel n’échappe par la foodtech et l’agtech et que Matthieu Vincent, cofondateur de l’agence de conseil DigitalFoodLab, qualifie de conjoncturel. L’expert juge même cette pause plutôt saine, après les très grosses levées de fonds des derniers mois sur des niveaux de valorisations parfois très élevés et n’est pas inquiet pour le futur. Même si un tri et un recentrage vont sans doute s’opérer, il explique que les fonds d’investissement dédiés à la foodtech et à l’agtech ont encore de quoi continuer à investir dans les start-up innovantes.

Certaines start-up, tous secteurs confondus, font face à des problèmes de financement. Assiste-t-on à un vrai virage dans le financement de l’innovation ?

On constate en effet une diminution des investissements en Europe sur le premier semestre 2022, mais rien de catastrophique après une excellente année 2021. Ce ralentissement des financements touche les start-up de manière très différente suivant leur niveau de développement, les plus matures étant les plus pénalisées. Dans la conjoncture actuelle, il est en effet plus difficile de mobiliser des investisseurs sur les plus gros tickets, alors qu’il est encore relativement aisé pour de très jeunes pousses de lever des fonds. En investissant aujourd’hui dans une start-up en phase seed ou en série A, l’investisseur peut se dire qu’il y a encore quatre ou cinq ans devant lui avant que la start-up ne soit en mesure de réaliser une acquisition. Et le raisonnement est qu'à ce moment-là, nous aurons traversé la crise actuelle.

Le ralentissement de certains financements n’est donc pas lié aux innovations dans le secteur, ni au fait que certaines start-up peinent à trouver un modèle économique viable ?

Le périmètre de financement se modifie, mais le futur n’est pas du tout remis en question. Nous ne sommes pas du tout dans une phase de krach, ou l’écosystème autour de la foodtech et de l’agtech risque de disparaitre.

Il y a un problème conjoncturel lié à la crise actuelle et à ses conséquences sur les taux d’intérêt. Du coup, les investisseurs se rendent compte que l’argent gratuit, c’est terminé. Ils attendent un certain rendement de l’argent qu’ils investissent et sont donc moins enclins à investir dans des entreprises qui très hypothétiquement gagneraient de l’argent dans un futur lointain. C’est un vrai sujet, mais qui ne remet pas en cause le futur.

Par contre, il y a bien cette attente de financer plus spécifiquement des projets qui sont sur le chemin de la rentabilité, mais sans que cela remette en cause les projets innovants de très long terme. Prenons l’exemple de Beyond Meat, qui a plusieurs fois revu à la baisse ses perspectives de résultats. Ces ajustements ne remettent pas en question le développement futur du marché des protéines alternatives. Même chose pour les start-up qui travaillent sur l’agriculture cellulaire, elles sont toujours financées et très bien financées, alors que le chemin vers la rentabilité est encore loin.

Quelles sont selon vous les start-up ou les secteurs qui devraient le mieux traverser les prochains mois ?

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La période est plutôt au recentrage sur les start-up qui, par chance aujourd’hui, sont bien placées pour passer les prochains mois sans lever de fonds. Elles ont le matelas nécessaire pour tenir, voire même pour racheter un concurrent en mauvaise posture. L’intérêt des investisseurs est également présent autour des start-up qui sont assez près du chemin de la rentabilité.

Mais là aussi, la donne a changé. Prenons l’exemple du quick commerce, où nous sommes passés d’un monde où vous étiez jugés sur votre capacité à grossir très vite, à un monde où vous êtes jugés sur votre capacité à être rentable. La définition de « meilleure start-up » a changé du jour au lendemain.

Un tri va s’en doute s’opérer dans les secteurs comptant un grand nombre d’acteurs, comme les protéines alternatives, mais peu de secteurs sont menacés de disparition.

On peut donc parler d’une pause dans les investissements ?

Cette frilosité des investisseurs montre sans doute le besoin de se rapprocher un peu plus de la réalité. Pour prendre une image, c’est comme un élastique sur lequel on aurait trop tiré et qui doit retrouver sa forme initiale. Je trouve ce mouvement plutôt sain, après de très grosses levées de fonds ces derniers mois sur des niveaux de valorisation un peu fous.

Et puis, les fonds d’investissement dédiés à la foodtech et à l’agtech sont gorgés de cash, sans parler des fonds généralistes qui s’intéressent de plus en plus à ces secteurs. A un moment donné, tous vont devoir investir sachant qu’ils ont une durée de vie limitée. Même si la situation actuelle perdure quelques mois, on ne peut être qu’optimiste à court ou moyen terme. Il y a de l’argent prêt à être investi, des entrepreneurs et de la technologie en Europe.