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Philippe Teisseire, DAF Fleury Michon : « Tout notre travail a porté ses fruits pour la 1ère fois au premier semestre 2021 »

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Après plusieurs années difficiles, Fleury Michon semble voir le bout du tunnel. Les résultats du premier semestre de l’exercice 2021 témoignent des efforts entrepris par le groupe pour se recentrer sur son cœur de métier. Philippe Teisseire, directeur administratif et financier fait le point pour Agra Alimentation sur les dossiers à l’étude actuellement et les projets de développement.

Fleury Michon vient de publier ses résultats pour le premier semestre de l’exercice 2021. Ces résultats sont-ils conformes à vos attentes ?

Nous sommes un peu en avance sur notre budget. Les chiffres du premier semestre sont encourageants, en dépit de marchés toujours incertains, tant sur l’évolution des matières premières que de la consommation. En GMS, bien que les ventes ne soient pas aussi bonnes qu’à la même période de 2020, où elles avaient été tirées à la hausse du fait de la crise, nous avons eu de belles performances, essentiellement dans les plats cuisinés, avec une croissance à deux chiffres sur les plats cuisinés individuels, portés par la généralisation du télétravail. Autant pendant le confinement les consommateurs ont fait la cuisine, autant avec le télétravail ils consomment probablement plus de plats cuisinés. Une tendance également soutenue par le succès de nos plats cuisinés en barquette en bois, un segment sur lequel Fleury Michon, seul à proposer ce type de produits en libre-service en GMS, surfe littéralement.

Forte activité également dans le surimi, qui a profité de bonnes conditions météorologiques et de sa position de leader sur le premier semestre. Et en charcuterie, nous récoltons les fruits de la refonte importante de la gamme autour des jambons classiques, charcutiers et engagés. Les efforts menés en 2020 sur la R&D et l’évolution des lignes de production ont permis une mise sur le marché en avril 2021. Ceci a contribué à la bonne dynamique de l’activité charcuterie en GMS sur le semestre.

La marge opérationnelle courante se tasse à 2 % contre 2,5 % un an plus tôt. Pourquoi ?

Ce tassement est directement lié à la baisse du chiffre d’affaires au premier semestre qui pénalise directement la marge opérationnelle courante. C’est mécanique, moins de volumes, donc moins de marge. La hausse des investissements en support à la marque sur la gamme jambon de porc et les barquettes notamment, pèse aussi sur la marge. Mais la reprise des investissements publicitaires est une bonne chose. Cela s’inscrit dans une vraie logique d’investissement pour soutenir l’activité du groupe sur le long terme.

Ce qu’il faut vraiment retenir de ce semestre, c’est le retour du résultat opérationnel dans le vert à 6,1 millions d’euros, contre un résultat négatif de 3,5 millions d’euros à la même période de 2020. Pour mémoire, l’an dernier, le groupe avait supporté une dépréciation de créances de 6 millions d’euros sur Piatti Freschi Italia (PFI) que nous avons cédé depuis (1) et une dépréciation pour survaleur au Canada pour 5,3 millions d’euros.

Ces chiffres semestriels sont une bonne illustration de ce qui nous a occupé ces derniers mois, afin de recentrer l’activité de Fleury Michon sur son cœur de métier, tout en parvenant à colmater les brèches génératrices de pertes, conduisant notamment au désengagement dans PFI. Tout notre travail a porté ses fruits pour la première fois au premier semestre 2021 et devrait permettre un redressement significatif du résultat opérationnel et un résultat net positif sur l’ensemble de l’exercice en cours.

Paso, que Fleury Michon a racheté en 2018, a achevé sa réorganisation. Quel sont vos projets maintenant ?

Les ventes de préfou et de mini-burgers sont en croissance, et notre ambition est de faire croître la distribution de ces produits sur l’ensemble du territoire et, qui sait, de donner au préfou un succès national comparable à celui de la brioche vendéenne.

Paso est par ailleurs très bien positionné, tant au rayon libre-service que dans le rayon frais emballé, qui se situe entre le marché du libre-service et celui du traiteur. Ceci représente une vraie opportunité pour Fleury Michon de développer son activité dans cet espace.

En mai dernier Fleury Michon annonçait envisager la cession de son activité catering au Canada, et en juillet que les négociations avaient échoué. Qu'en est-il du développement du groupe dans le catering aérien ?

Nous n’étions pas initialement vendeur de cette activité, mais un acteur canadien nous a fait une offre intéressante et nous avons décidé d’étudier cette opportunité. Etant donné que le groupe est coté en Bourse, nous étions dans l’obligation de tenir le marché informé.

Au final, nous sommes convaincus que nous gagnerons sur ce business, si nous avons un pied de chaque côté de l’Atlantique. Nous avons racheté Marfo aux Pays-Bas en 2019, soit quelques mois avant la crise de la Covid-19, ce qui ne nous a pas laissé le temps d’étudier toutes les synergies entre Marfo et nos activités de catering au Canada. Aujourd’hui, nous devons réfléchir à la manière de transformer notre offre et il faudra probablement se réinventer. Les vols business longs courriers risquent de ne pas reprendre comme avant la crise, c’est donc à nous de voir quelle offre proposer sur les vols business moyen-courrier ou même les vols loisirs.

Ce qui ne changera pas, c’est que les compagnies aériennes, c’est-à-dire nos clients, veulent avoir affaire à un seul et même fournisseur. C’est la meilleure façon pour eux de garantir à leurs voyageurs que la qualité est la même, quel que soit l’aéroport.

Et nous allons également examiner comment utiliser notre actif industriel aux Pays-Bas et au Canada pour opérer sur d’autres marchés que le catering aérien. En Hollande déjà, Marfo propose des plateaux repas dans les hôpitaux, les prisons et au sein de l’armée. Mais comme je le rappelle souvent, l’activité principale de Fleury Michon reste la vente en GMS en France, le catering n’est qu’une petite part de son chiffre d’affaires.

Fleury Michon vient d’annoncer le lancement d’un contrat de financement un peu particulier. Expliquez-nous-en quoi cela consiste?

Fleury Michon est en effet la première entreprise de l’agroalimentaire en Europe à conditionner la marge de financement d’un contrat de titrisation sur des critères RSE. Chez Fleury Michon nous avons une conviction forte que la RSE est au cœur de la transition écologique, qui se fera si, et seulement si, la finance y participe aussi. Nous avons eu à cœur d’engager notre stratégie financière vis-à-vis de l’extérieur, sur cinq critères RSE pluriannuels, à savoir la sécurité des collaborateurs, l’économie circulaire, la transition énergétique, la santé/nutrition et la qualité nutritionnelle des produits, sur lesquels nous seront audités par un cabinet extérieur chaque année. Et en cas de non-respect de ces critères, nous aurons du malus et si tout va bien, le taux d’intérêt sera bonifié. Nous l’avions déjà mis en place sur deux lignes de crédit lors des acquisitions de Paso et Marfo.

Personnellement, je pense que l’accès au crédit demain sera énormément facilité pour des groupes qui tiennent leurs engagements RSE, et au contraire très compliqué pour les autres.

(1) Fleury Michon a finalisé la cession de la totalité de sa participation (50 %) dans Piatti Freschi Italia (PFI) au profit de son partenaire italien le groupe Beretta, en septembre 2020.