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Pierre Abadie, Directeur Climat de Tikehau Capital : « Grâce à la finance, nous souhaitons mettre la science et l’innovation au service de la santé et de la fertilité des sols »

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Pierre Abadie, Directeur Climat de Tikehau Capital Crédits : © Tikehau

Tikehau Capital, Axa et Unilever ont annoncé récemment la création d'un fonds de private equity à impact « dédié à l'investissement dans des projets et des entreprises œuvrant pour la transition vers une agriculture régénératrice ». Chacun des trois partenaires investira à hauteur de 100 M€ dans ce nouveau fonds, également ouvert à des investisseurs extérieurs. Pierre Abadie, directeur Climat de Tikehau Capital détaille pour Agra Innovation quels types d’investissements seront privilégiés. Le fonds vise une taille cible d’un milliard d'euros.

Pourquoi avoir décidé de lancer un fonds à impact dédié à l'accélération de la transition vers une agriculture régénératrice ?

Nous savons tous que si nous voulons réduire notre empreinte carbone au niveau mondial, il faut financer les entreprises qui participent à cet effort. La façon dont on se nourrit est un gros pôle de pollution. Une partie passe par l’industrie agroalimentaire qui représente environ un quart des émissions mondiales de GES. Et les sols sont aussi un paramètre important de l’équation. Mais nous savons aussi que l’on ne peut pas faire de la permaculture partout, il faut donc trouver le moyen de produire à grande échelle, via l’agriculture régénératrice. Et nous avons la volonté de prendre la chaine de valeur alimentaire dans son intégralité.

Et pourquoi en association avec Axa et Unilever ?

Depuis le premier fonds lancé par Tikehau Capital en 2018, dédié à la transition énergétique et à la décarbonation de l’économie avec près de 2 milliards d’actifs sous gestion, nous avions l’idée de travailler en partenariat sur l’ensemble de la chaine alimentaire. 

Nous croyons beaucoup aux partenariats intelligents, où l’on partage une même vision sur le climat et où chacun apporte ses compétences : Unilever pour tout ce qui concerne l’industrie alimentaire, mais aussi l’agriculture, Axa sur la gestion du risque et les méthodologies d’impact et Tikehau Capital, son expérience et son expertise de l’investissement à impact, notamment dans le domaine du climat.

Nos compétences sont très complémentaires et nous sommes alignés sur une même stratégie et partageons la même vision : financer la transition vers une agriculture régénératrice, à l’échelle ! Ensemble, nous gagnons 10 ans en construisant de la crédibilité au niveau de la chaine d’expertise. Et en investissant chacun 100 millions d’euros dans ce nouveau fonds, nous envoyons un signal fort à l’extérieur : nous alignons nos intérêts financiers avec les objectifs d’impact du fonds mais aussi avec ceux des investisseurs qui nous rejoindrons. Nous avons déjà été sollicités par plusieurs investisseurs institutionnels et d’autres industriels très intéressés par notre démarche qui combine mise à l’échelle et crédibilité.

Et quels est le profil de ces investisseurs, voire leur identité ?

Nous commençons tout juste à entrer dans la procédure de levée de fonds qui peut durer entre 12 et 18 mois, il est donc encore trop tôt pour donner des noms. Mais je peux vous dire qu’il s’agit d’agro-industriels, de coopératives et de groupes privés, soit côté production, soit côté commerce, qui trouvent un intérêt à notre démarche. En fait tout le monde se pose la question de savoir comment arriver à changer les choses, mais seul c’est plus compliqué. Avec ce nouveau fonds à impact, Tikehau Capital apporte une vision partagée et eux viennent avec leur expertise.

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Et des investisseurs institutionnels, type assureurs ou fonds de pension, mais aussi du financement public, tel que Bpifrance et des fonds souverains européens seront également intéressés par l’initiative. 

L’équipe, issue d’un transfert de compétences d’Axa et Unilever, regroupera à terme une quinzaine d’experts de l’investissement dédiés à ce fonds qui sera géré par Tikehau Capital.

Concrètement, comment se traduiront vos choix d’investissements dans l’agriculture régénératrice ?

L’objet n’est pas de faire de la décarbonation, mais de changer les pratiques communément admises partout aujourd’hui. La ligne directrice du fonds doit être : comment je redonne de la fertilité aux sols. Il faut casser le cercle dans lequel nous sommes entrés qui consiste notamment à produire notre alimentation au détriment de la santé des sols et compenser cette perte de fertilité en mettant plus d’intrants chimiques pour conserver nos rendements et nourrir une population toujours plus nombreuse. Grâce à la finance, nous souhaitons mettre la science et l’innovation au service de la santé et la fertilité des sols et non pas mettre la science et l’innovation au service du mode de consommation actuel qui n’est pas durable.

Notre but est d’investir dans l’économie réelle avec une approche écosystémique en partant du sol que la nature met à disposition gratuitement et qui doit être préservé. Par exemple, chacun sait que la production d’huile de palme que l’on trouve partout, rime avec déforestation. Le fonds pourrait notamment investir dans une société qui se charge de la traçabilité, ou encore dans une production de substitution. En pratique, nous avons par exemple identifié au Brésil un producteur d’une plante de substitution qui a la particularité de régénérer les sols et qui pourrait remplacer l’huile de palme. Amener des capitaux pour augmenter la production d’huile de cette plante entre parfaitement dans la démarche de notre nouveau fonds.

Nous pourrons aussi être amenés à investir dans des méthodes qui changent les pratiques d’un agriculteur. Tout ce qui concerne le remplacement des engrais par des mycorhizes par exemple ou encore des systèmes de bras mécaniques dans une serre, dont l’avantage vise à supprimer la pénibilité des tâches pour l’agriculteur, tout en améliorant la production.

A contrario, la pisciculture au sol, de même que certains process technologiques, type viande in vitro, sont plus éloignés de notre thèse d’investissement. Certes, ils permettent de réduire un impact environnemental, mais peuvent créer d’autres déséquilibres.