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Pierre Compère (Agri Sud-Ouest Innovation) : « Pour que la greffe prenne avec les start-up, il faut que les industriels aient déjà la culture de l’innovation »

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Pierre Compère, Directeur développement des entreprises chez Agri Sud-Ouest Innovation Crédits : © Yann Kerveno

Comment s’articulent les alliances entre les majors de l’équipement agricole et les start-up de la robotique et de l’automatisation ? Quelles sont les qualités requises pour que ces greffes prennent ? Comment ces innovations vont-elles se déployer dans les champs ? Autant de questions évoquées lors du salon FIRA qui se tenait début février à Toulouse et sur lesquelles Pierre Compère, directeur développement des entreprises chez Agri Sud-Ouest Innovation revient pour Agra Innovation.

Qu’est-ce qui motive les grandes entreprises à s’intéresser aux start-up de la robotique ?

Ce qu’on peut observer, c’est qu’il existe deux stratégies de rapprochement entre les majors et les start-up. La première stratégie consiste pour une major à venir diversifier sa gamme d’équipements. Je pense en particulier au cas de Kubota, qu’on connaît surtout pour ses tracteurs qui s’est associé avec la start-up israélienne Tevel pour développer un robot pour la cueillette des fruits, un secteur sur lequel la major japonaise n’était pas présente. La deuxième stratégie relève plutôt de l’élargissement de gamme, c’est-à-dire venir compléter une gamme existante. Je pense pour cela au partenariat noué entre le constructeur de machines agricoles Amazone et la start-up hollandaise AgXeed. Dans ce cas-là, l’objet du partenariat, c’est pour Amazone de développer des outils à embarquer sur les robots autonomes de la start-up. C’est un prolongement de son cœur de métier.

À l’opposé, que viennent chercher les start-up quand elles s’allient ainsi à de grands groupes industriels ?

Possiblement plusieurs choses. La première, souvent dans les tous premiers temps, ce sont des financements pour pousser la R&D. Dans un deuxième temps, un peu plus tard dans l’histoire de l’entreprise, ça peut-être un accès au marché, des compétences en marketing, des réseaux de distribution ou une capacité industrielle de production. Pour illustrer cela, prenons l’exemple d’Agreenculture qui s’est associé avec Pellenc pour développer et mettre en marché un tracteur vigneron autonome. Il aurait probablement fallu très longtemps à la start-up pour construire seule son tracteur, et pour Pellenc, c’est un élargissement de sa gamme sur la base de compétence que l’entreprise n’avait pas en interne. Les grands groupes ont la capacité à développer industriellement, mais aussi à distribuer et à assurer le service après-vente, c’est une clé importante… Mais certaines entreprises, je pense à Naïo, semblent faire des choix différents et assurent leur propre développement.

Quelles sont les clés de la réussite de ce genre de rapprochement ?

Pour que la greffe prenne avec les start-up, il faut que les industriels aient déjà la culture de l’innovation, en particulier qu’il y ait des équipes spécifiquement dédiées ou encore un innovation center. Et ce qui ressort aussi des témoignages recueillis des deux côtés, c’est l’importance de la présence, dans les grands groupes, de personnes visionnaires, qui comprennent à quoi l’innovation peut servir…

Comment envisager maintenant le déploiement de ces innovations dans les champs, le coût unitaire de ces engins reste un problème important…

Oui en effet. Ce sera peut-être réglé par un changement de méthode qui se produit déjà avec le recours aux entreprises de travaux agricoles, les cultures à façon… Alors le problème du coût, réel pour les exploitations agricoles, se posera différemment…

Faudra-t-il innover au champ pour accueillir les robots ?

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Oui, c’est aussi un vrai sujet, il faudra en effet certainement adapter les parcelles, de la même manière que les robots sont adaptés aux cultures.

La réglementation est-elle un frein à ce déploiement ?
En l’état actuel oui. Ce sont des engins qui n’ont pas le droit de se déplacer sur les routes, ne serait-ce que pour traverser et rejoindre une autre parcelle. Cela implique des manutentions nombreuses. Il y a aussi la question de la sécurité et des normes, la présence imposée d’un opérateur à proximité et la capacité des machines autonomes à faire la différence, dans l’herbe, entre un enfant de huit ans allongé et un tronc en travers de sa route. Agreenculture a intégré cette dimension dans le développement de ses projets.

Les robots sont-ils la solution à tous les problèmes de main-d’œuvre en agriculture ?

Non, parfois les automates ne sont pas forcément la solution ultime. Nous l’avons vu lors d’un appel à manifestation d’intérêt pour un groupe d’arboriculteur du Tarn-et-Garonne qui cherchait une solution de gestion de l’herbe sous le rang. C’est un travail compliqué rarement délégué par le chef d’exploitation à cause du risque, réel, de casser les arbres, avec en toile de fond une question de responsabilité. Nous n’avons reçu aucune réponse de start-up du secteur des automates et la solution qui se dessine est différente. Il s’agit d’un système de guidage du tracteur qui libère le conducteur de cette tâche pour lui permettre de se consacrer à la gestion de l’outil attelé.