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Thibaut Chausset (Omie) : « Nous accompagnons financièrement le développement de l’agriculture régénérative »

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Christian Jorge, CEO d'Omie et Thibaut Chausset, directeur filières. Crédits : © Omie

Le groupe Omie, cofondé par Christian Jorge, Coline Burland, Benoit Del Basso et Joséphine Bournonville a développé une gamme de produits d’épicerie fabriqués à partir d’ingrédients issus de l’agriculture régénérative. Le groupe qui travaille aujourd’hui avec 260 agriculteurs partenaires, consacre 1% de son chiffre d’affaires annuel pour les accompagner dans cette démarche d’amélioration de leurs pratiques. Les préoccupations autour de la gestion de l’eau pousse notamment le groupe à réfléchir à l’efficience des systèmes d’irrigation et à s’interroger sur le renforcement de certaines mesures pour aider les agriculteurs.Côté distribution, Omie qui démarre un partenariat prometteur avec Potager City (Groupe Carrefour) a également conclu un accord pour la distribution de ses produits dans le réseau de magasins bio Léopold. Christian Jorge (CEO) et Thibaut Chausset (directeur filières) font le point pour Agra Innovation sur les derniers développements chez Omie et les prochaines échéances.

Comment est née Omie?

Christian Jorge : Après avoir monté ma première entreprise à 22 ans et ensuite suivi mon parcours d’entrepreneur (cofondateur de Vestiaire Collective, ndlr), je me suis passionné il y a deux ans pour l’impact économique et social de l’alimentation. J’ai alors décidé d’introduire une offre d’épicerie sur le marché, en commençant par la France, où tous les ingrédients de base des produits respectent une promesse d’impact écologique et social. La marque Omie est à l’épicerie alimentaire, ce que la marque Patagonia représente pour l’outdoor ou la marque Veja pour les baskets.  

Avec mes cofondateurs, Coline Burland, Benoit Del Basso et Joséphine Bournonville, nous avons créé la marque Omie il y a deux ans, qui compte aujourd’hui 260 produits en épicerie. Et nous travaillons aujourd’hui avec 260 agriculteurs partenaires impliqués dans l’agriculture régénérative.

Comment travaillez-vous concrètement avec vos partenaires sur le terrain ?

Thibaut Chausset : Nous avons une approche holistique et nous devons nous assurer que nos produits respectent les neuf limites planétaires (1) dont six sont dues à l’agriculture et à l’alimentation. Notre implication dans la transition agricole passe par un contact quotidien avec les agriculteurs. Et la mise en place de mesures financières pour les accompagner vers une agriculture régénérative est tout aussi importante chez Omie que d’avoir une totale transparence vis-à-vis du consommateur, si nous voulons l’embarquer dans notre démarche.

Et pour que la transition soit efficiente, il faut aussi s’assurer d’une performance économique de l’exploitation agricole. C’est ce qui est intéressant aussi dans l’agriculture régénérative et ce que permet cette approche écosystémique.

Omie vient d’engager une réflexion autour de la problématique de l’eau ? Pourquoi ?

TC : Dans le cadre de notre processus d’agriculture régénérative appliqué sur l’ensemble de nos filières, nous avons déjà mis en place des feuilles de route d’amélioration des pratiques, que nous mesurons avec un tas d’indicateurs. Il se trouve qu’avec l’accentuation du changement climatique, l’eau devient un sujet de préoccupation majeur et nous pensons que nous pourrions encore améliorer notre démarche, en proposant différentes solutions aux agriculteurs pour répondre de manière plus globale à leur problématique de la gestion de l’eau. Des solutions pour s’adapter aux changements climatiques, mais aussi pour restaurer les écosystèmes agricoles sur le long terme en modifiant notre approche, sachant qu’il est indispensable aujourd'hui d’améliorer l’existant, mais aussi de régénérer. L’adaptation que nous mettons en place aujourd’hui ne suffira plus dans cinq ans.

Vers quels types d’améliorations vous orientez-vous ?

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TC : Il est important de réfléchir à l’efficience du système d’irrigation, l’idée n’étant pas de se dire qu’on va débrancher un système d’irrigation, mais plutôt de s’assurer que l’eau va au bon endroit, dans les bonnes quantités et au bon moment. Avec les orages et les ruissellements de plus en plus forts aujourd’hui, il peut être opportun de mettre en place des infrastructures qui vont permettre de mieux stocker l’eau. Nous travaillons avec tout un réseau d’experts externes sur la gestion de l’eau évidement, mais également sur les couverts végétaux, sur la gestion du sol, etc.

Comment financez-vous les changements vers l’agriculture régénérative dans les exploitations agricoles ?

TC : Nous consacrons 1% de notre chiffre d’affaires à l’accompagnement de nos agriculteurs partenaires. Et en 2022, la société a terminé l’année sur un chiffre d’affaires de 1,28 million d’euros. En 2023, compte tenu de l’activité depuis le début de l’année, ce chiffre pourrait être multiplié par 3.

Concrètement, l’aide financière d’Omie englobe une formation sur les couverts végétaux, un accompagnement technique sur la réduction du travail des sols et le financement de parcelles tests. Et pour permettre aux agriculteurs de s’approprier cette transition qui est la leur, nous leur demandons systématiquement de participer financièrement à chacune de ces actions, même de manière symbolique.

Et côté distribution, comment comptez-vous accentuer le déploiement de la marque ?

CJ : Nous démarrons un partenariat prometteur avec Potager City (racheté par Carrefour en 2020, ndlr) qui a lancé un nouveau concept de magasin primeur de centre-ville. Le groupe qui dispose d’une offre de frais pour cette nouvelle enseigne, a fait appel à Omie pour toute la partie épicerie. Potager City va donc proposer une gamme de plus de 180 produits d’épicerie de la marque Omie, d’abord dans trois magasins en Ile-de-France, avant une potentielle expansion partout en France.

TC : Nous sommes également présents chez Léopold, un réseau de magasins bio situé sur l'arc ouest de la France, qui a été séduit par notre ancrage agricole, qui lui permet de répondre à ses clients en attente de local et de transparence. Outre la vente directe sur notre site, nous travaillons aussi avec Decathlon sur un corner de « food régénérative », dans les bars SNCF et également pour des enseignes direct producteurs, comme Pourdebon.

(1) Le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, la perturbation des cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore, les changements d'utilisation des sols, l’acidification des océans, l’utilisation mondiale de l’eau, l’appauvrissement de la couche d'ozone, la pollution chimique et l'augmentation des aérosols dans l’atmosphère.