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Taxes américaines : la détente après l’escalade

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La suspension pour 90 jours des droits de douane « réciproques » américains, une semaine après leur annonce en grande pompe par le président Trump, a soulagé à la fois les marchés financiers et les partenaires des États-Unis, à l’exception de la Chine. Dans le même temps, Bruxelles met aussi en pause ses contremesures et continue de militer pour une solution négociée.

Pris par la dégringolade des marchés financiers mondiaux, le président américain, Donald Trump, a annoncé, le 9 avril dans un message posté sur son réseau social (Truth Social), la suspension pour une durée de 90 jours des droits de douane réciproques, pourtant annoncés en grande pompe une semaine auparavant à l’occasion du « Liberation Day ». Concrètement, pendant cette période, les pays concernés ne seront plus taxés qu’à hauteur de 10 %, point de départ de ces mesures tarifaires. Selon le message du président américain, cette suspension s’adresse aux « 75 pays » ayant contacté les services de son administration pour entamer des négociations et ceux qui n’ont pas mis en place de mesures de représailles. Dans le détail, les exportations européennes vers les États-Unis seront donc soumises au tarif douanier de base de 10 % (et non plus 20 %) à l’exception de l’acier, l’aluminium et des automobiles qui resteront soumis à un droit de douane distinct de 25 %.

Des rétorsions en suspens

Cette suspension des droits de douane « réciproques » a reçu un écho très positif auprès des décideurs politiques européens qui s’accrochent à l’idée d’obtenir une solution négociée mutuellement bénéfique. « Tirons le meilleur parti des 90 prochains jours », a immédiatement déclaré le Premier ministre polonais, Donald Tusk, dont le pays assure la présidence tournante du Conseil de l’UE jusqu’à la fin du mois de juin. De son côté, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé, dès le 10 avril, avoir mis en pause les contremesures pourtant adoptées le 9 avril en réponse aux droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium et qui devaient entrer en application le 15 avril. « Nous avons pris note de l’annonce du président Trump et nous souhaitons donner une chance aux négociations », a-t-elle déclaré dans un communiqué, sans pour autant préciser quand celles-ci vont commencer. Et d’ajouter que « toutes les options restent envisageables ». L’exécutif européen veut prendre le temps de consulter son industrie et les États membres. Toutefois, il se garde la possibilité d’instaurer ses mesures de rétorsion « si les négociations ne sont pas satisfaisantes ».

Lire aussi : Guerre commerciale : Bruxelles propose des rétorsions, l’agriculture visée

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Il faut dire que les représentants des États membres de l’UE – à l’exception de la Hongrie – ont validé, le 9 avril, une première série de contremesures en réponse aux droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium. Selon les termes de la proposition, Bruxelles devait, à compter du 15 avril, commencer à imposer des droits de douane de manière graduelle, en trois étapes (avril, mai et décembre). Sur la base d’éléments consultés en amont par Agra, le bourbon américain était bel et bien exclu de la liste des produits concernés alors que le secteur des boissons alcoolisées a fortement poussé pour ce retrait au même titre que certains États membres comme la France ou l’Italie. Mais d’autres produits agricoles, comme la volaille, les œufs, la viande bovine, les tomates, le miel, les agrumes, les céréales, le maïs, le sucre ou encore le soja et les amandes, devaient être taxés à hauteur de 25 % à différentes échéances.

Casse-tête chinois

Cette détente engagée par deux des trois mastodontes agricoles ne s’adresse toutefois pas à la Chine, grand rival du locataire de la Maison Blanche. En réponse à l’annonce du ministère chinois des Finances, plus tôt le 9 avril, d’un ajustement du taux de droits de douane supplémentaire appliqué aux importations américaines de 34 % à 84 %, Washington a décidé de taxer les produits chinois à hauteur de 125 %, « avec effet immédiat ». « À un moment donné, et j’espère dans un avenir proche, la Chine comprendra que l’époque où elle arnaquait les États-Unis et d’autres pays n’est plus tenable ni acceptable », précise Donald Trump. En parallèle, l’empire du Milieu a officiellement saisi l’organe de règlement des différends de l’OMC pour entamer des consultations, première étape avant le déclenchement d’un éventuel groupe spécial. Reste à savoir si Pékin et Washington parviendront à se mettre autour d’une table.