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Amende requise contre un exploitant pour violences envers la presse

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Un important agriculteur du pays d’Arles (Bouches-du-Rhône) risque 700 € d’amende pour violences envers une équipe de journalistes de France 2, dans un contexte de crise sanitaire et de condamnation de Terra Fecundis.

Le représentant du parquet au tribunal de police de Tarascon a requis, le 20 décembre, 700 € d’amende contre un agriculteur des Bouches-du-Rhône dans une affaire qui l’oppose à deux journalistes de l’émission Envoyé spécial (France 2). Soit pratiquement le montant maximum (750 €) prévu par le Code pénal dans le cas de violences volontaires n’ayant pas entraîné d’incapacité de travail. Le verdict est attendu le 21 février. Il est reproché à l’exploitant d’avoir foncé en voiture sur les journalistes, d’avoir freiné au dernier moment pour leur faire peur et d’avoir ensuite porté des coups. L’avocat des journalistes, Me Borten, a plaidé que « ce n’était pas qu’une agression mais plutôt une tentative d’intimidation » de journalistes qui enquêtaient « sur une affaire d’intérêt général ». Contacté par Agra Presse à l’issue de l’audience, l’exploitant agricole estimait que l’affaire a pris une tournure « totalement disproportionnée ». « Il n’y a pas eu de coups et blessures, j’ai simplement voulu attraper la caméra qui filmait sans autorisation dans une propriété privée et cela a créé une petite altercation », a-t-il déclaré tout en faisant son « mea-culpa ».

Soutien de la CFDT Agri-Agro

Au moment des faits, le 10 septembre 2020, l’équipe de France 2 tournait des images devant un mas provençal à Arles, lieu d’hébergement appartenant à l’exploitant agricole que ce dernier louait à l’entreprise de travail temporaire espagnole Terra Fecundis. Selon la presse locale, la préfecture des Bouches-du-Rhône avait ordonné quelques mois plus tôt la fermeture du mas pour motif d’insalubrité, ce que l’équipe de France 2 venait vérifier. L’affaire a pris une dimension nationale, d’une part parce que Terra Fecundis a été condamnée, le 8 juillet à Marseille, pour détournement du travail détaché. D’autre part parce que l’exploitant est considéré comme un poids économique du pays d’Arles. Il est à la tête d’une vingtaine de structures, en culture de légumes notamment.

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Lire aussi : Procès Terra Fecundis : prison avec sursis et fortes amendes

Une intersyndicale de journalistes (SNJ, CFDT et CGT) s’est constituée partie civile, avec le soutien du syndicat de salariés CFDT Agri-Agro. Dans un communiqué le 17 décembre, elle affirme que les journalistes sont « de plus en plus une cible tant pour la police que pour les contestataires, manifestants ou simples particuliers ».  « Ne pas laisser se banaliser toute forme de violence (verbales, physiques et psychologiques) vis-à-vis des journalistes est capital. Non seulement car c’est leur mission, mais aussi parce que ce travail d’investigation est indispensable à la diffusion auprès du grand public d’informations qui dénoncent des atteintes aux droits de l’homme et à la dignité́ », martèle l’intersyndicale, au nom de « la capacité́ des citoyens à accéder à une information éclairée ».

« Ne pas laisser se banaliser toute forme de violence »

Pour aller plus loin : Terra Fecundis, une histoire transpyrénéenne