Les AOP laitières explorent la piste de la dématérialisation afin de faire baisser les coûts de certification, en forte hausse ces dernières années. De son côté, un député demande que la DGCCRF enquête auprès des organismes certificateurs sur ces hausses touchant les producteurs sous IG, IGP et AOP.
La demande de faire baisser les charges de certification pour les produits sous IG, IGP et AOP n’est pas nouvelle, mais elle revient sur le devant de la scène à la faveur de l’initiative d’un député. Le 30 avril, le député socialiste de Meurthe-et-Moselle Dominique Potier a écrit à Aurélie Trouvé, présidente de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, pour lui demander que la DGCCRF soit saisie sur la question de la « hausse importante des coûts de certification » pesant sur les IG, IGP et AOP. Selon lui, la répression des fraudes devrait enquêter pour savoir si cette hausse « est justifiée ou si elle relève d’un abus dans les pratiques commerciales de ces organismes certificateurs ».
Cette demande devrait avoir une suite favorable puisque la députée LFI a confirmé à Agra Presse qu’elle allait relayer la requête faite au nom du groupe socialiste à l’Assemblée nationale. A sa connaissance, les autres groupes n’ont pas formulé de demande du même type.
Grands écarts entre les ODG
« Depuis la sortie du Covid-19, les frais de certification se sont envolés à cause du coût des salaires et des déplacements », atteste Hubert Dubien, président du Cnaol (AOP laitières). Avec de très grands écarts en fonction des ODG qui peuvent devoir payer de 5 à 300 €/tonne le coût de certification. Une situation très critique pour les petites AOP, notamment fermières, pour qui les frais sont plus élevés. La situation n’est pas nouvelle et déjà en octobre 2023, lors de l’AG du Cnaol, ce dernier alertait sur un « risque majeur » que « les AOP isolées, réalisant de faible volume et avec de nombreux fermiers » se détournent de l’AOP. Et le Conseil de demander au ministère « une approche équitable et un soutien envers les petits ODG ».
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La situation s’est aussi compliquée récemment pour certaines ODG qui avaient réussi à mutualiser les coûts de certification. Or cette avancée n’est pas forcément pérenne. Hubert Dubien donne l’exemple de la fourme de Montbrison, qu’il préside, faisant partie d’Ausud (association de coordination des contrôles entre les AOP d’Auvergne et du Massif central), qui avait mutualisé les coûts auprès de Certipaq. Mais cet organisme certificateur n’a pas poursuivi dans cette voie et facture désormais chaque ODG séparément. Résultat : « des coûts pour l’ODG fourme de Montbrison qui ont augmenté de 134% d’une année sur l’autre, atteignant désormais 10 000 euros par an », souligne Hubert Dubien.
« Nous avons eu une fin de non-recevoir de la part de la ministre de l’Agriculture pour une prise en charge de ces frais, donc nous recherchons des solutions alternatives », poursuit-il, soulignant la volonté des AOP laitière de conserver un haut niveau de certification, gage de crédibilité vis-à-vis des consommateurs.
Parmi les pistes explorées : une dématérialisation de certaines étapes de la certification pour faire baisser le coût facturé par les organismes certificateurs. « Pour assurer cette dématérialisation, il faudrait que nous puissions avoir accès à des données comme les résultats d’analyses de tanks de lait, l’inventaire des animaux ou encore les données PAC pour contrôler les assolements, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui », selon Hubert Dubien. Selon lui, il faudrait une réglementation nationale pour accéder à ces données, une idée évoquée par le Cnaol avec la ministre Annie Genevard, l’INAO et les organismes certificateurs.