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Après la sécheresse, un automne à haut risque

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Avec des engrais et des fourrages très coûteux à acheter dans les prochains mois, et de faibles rentrées d’argent en raison des récoltes de cultures de printemps calamiteuses, l’automne s’annonce à haut risque pour de nombreuses exploitations. Le gouvernement a présenté un premier volant de mesures sous l’appellation de plan CASI, dont notamment 220 M€ d’aide à l’achat d’intrants à la main des préfets. Le soutien de Matignon est aussi attendu par les banques, qui préparent un dispositif de prêt à court terme avec report de la première échéance et taux réduit. Les régions commencent également à dégainer des mesures de soutien. Le gouvernement a enfin promis un « plan de rebond » qui dépendra largement des débats budgétaires de l’automne.

Après le choc des prairies et des parcelles grillées par les chaleurs et l’absence de pluie cet été, le plus dur va commencer cet automne pour bon nombre d’exploitations françaises. Avec des engrais et des fourrages très coûteux à acheter dans les prochains mois, et de faibles rentrées d’argent en raison des récoltes de cultures de printemps calamiteuses, la trésorerie va rapidement manquer.

Pour éviter les avaries, la ministre de l’Agriculture s’était engagée à présenter un plan à la rentrée, intitulé CASI (canicules, sécheresse, incendies). C’est chose faite depuis le 4 septembre. D’un point de vue comptable, la principale mesure va consister à abonder le fonds de gestion des risques (FNGRA) d’environ 400 millions d’euros (M€) pour pouvoir verser les indemnités de solidarité nationale (ISN), dont le besoin pour la sécheresse est estimé à 520 M€.

L’enveloppe initiale d’environ 400 M€ avait été en grande partie consommée par les dégâts des tempêtes du printemps. Du point de vue des agriculteurs, rien de neuf : l’État ne fait qu’honorer ses engagements de financement de l’assurance récolte, à règles constantes. Mais il s’agit bien une dépense supplémentaire, dont d’ailleurs une partie sera financée par le projet de loi de finances (PLF) pour 2027.

L’État va également alléger les niveaux de prélèvement chez les agriculteurs ; 300 M€ sont annoncés pour des dégrèvements de TFNB (taxe sur le foncier non bâti). L’effort budgétaire est relatif. En cas de mauvaise récolte, les agriculteurs peuvent déjà demander chaque année ce dégrèvement, mais de manière individuelle. Par ailleurs, 20 M€ supplémentaires vont être alloués aux prises en charge de cotisation.

Enfin – et c’est la principale mesure de ce plan du point de vue des agriculteurs –, un « fonds de réarmement » de 220 M€ est mis à disposition des préfets, pour aider les agriculteurs à poursuivre la production (p.ex. : achat d’intrants). Son financement provient du dégel de budgets du ministère et d’efforts demandés par Matignon dans d’autres ministères sur leurs budgets 2026.

Par ailleurs, plusieurs acomptes de l’État vont être relevés. Celui de l’aide Pac va passer de 70 à 75 % dès cette année. Celui de l’ISN va passer de 50 à 70 %. Au passage – et ce n’est pas la moindre des annonces –, la ministre a indiqué que la période de référence du système assurantiel va passer des cinq aux huit dernières années à partir de 2027 – cela concerne aussi bien l’ISN que les primes versées par les assureurs.

La ministre a aussi annoncé que la période d’éligibilité au guichet d’aide aux achats d’engrais va être prolongée jusqu’au 31 décembre. L’enveloppe à partager ne change pas, mais cette mesure était demandée par les maïsiculteurs, qui réalisent, pour beaucoup, leurs achats à l’automne. Selon l’AGPB (producteurs de blé, FNSEA), seulement 5 M€ des 145 M€ a été consommée jusqu’ici.

Insuffisant aux yeux des syndicats

À l’annonce du plan, la réaction des syndicats a été unanimement négative. « Le compte n’y est pas », a réagi la FNSEA, qui appelle le gouvernement à « corriger le tir », et « n’exclut pas des actions syndicales », d’après l’AFP. La Coordination rurale (CR) estime que les moyens annoncés sont « largement insuffisants ». Le deuxième syndicat agricole estime qu’il faudrait « plusieurs milliards d’euros pour sauver la saison agricole ».

Quant à la Confédération paysanne, elle se dit « très en colère », pointant un montant « très faible face à l’ampleur exceptionnelle de la crise ». La « seule mesure nouvelle » est le fonds piloté par les préfets, qui écarte selon elle « la question de l’adaptation de la production ». Pour le Modef, enfin, ce plan est « très insuffisant », et devrait être « au minimum doublé voire multiplié par dix ».

Au-delà du montant des enveloppes, la plupart des syndicats ont regretté l’absence de mesures bancaires. Et pour cause, la ministre de l’Agriculture avait annoncé mi-août qu’elle planchait sur un « prêt sécheresse », qui pourrait être « garanti ou bonifié ». Délais de notification ou d’ingénierie juridique, impasse des discussions interministérielles entre Bercy et le ministère de l’Agriculture ? Aucun des professionnels interrogés n’explique l’absence de ce volet bancaire.

La FNSEA pousse, Terres de Jim arrive

Bien sûr, ce dispositif bancaire a été au cœur de la rencontre, le 8 septembre, entre le président de la FNSEA Arnaud Rousseau et le Premier ministre Sébastien Lecornu. Le syndicat majoritaire a répété sa demande de prêts à taux zéro grâce à la bonification de l’État ; dans le détail, la FNSEA souhaite aboutir à des prêts de 50 000 € sur deux ans avec report du paiement du capital en fin de tableau.

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Pas de fumée blanche en sortie de réunion. Le Premier ministre a simplement indiqué son souhait de réunir la profession agricole, mi-octobre, autour des préfets, pour faire un bilan de la distribution du « fonds de réarmement », doté de 220 M€. Les préfets ont été notifiés la veille au soir de l’enveloppe allouée à leurs départements respectifs.

Mais le temps presse ; Annie Genevard est attendue de pied ferme aux Terres de Jim 2026 à Metz, ce 11 septembre. Et les établissements bancaires attendent de savoir comment le gouvernement compte – ou non – s’engager avec eux pour proposer des prêts aménagés aux agriculteurs touchés par la sécheresse.

Prêts court terme VS année blanche

À l’instar de ce que propose la FNSEA, les banques ont travaillé sur un dispositif de prêt à court terme avec report de la première échéance et taux réduit, a-t-on appris de sources proches du dossier. Sans surprise, les discussions butent actuellement sur le budget entre Bercy et le ministère de l’Agriculture. Un arbitrage de Matignon est attendu.

Les banques ne portent pas de projet d'« année blanche », tel que proposé par la Confédération paysanne ou le président de la région Grand Est – c’est-à-dire un report de l’ensemble des annuités bancaires des agriculteurs en fin de tableau. Les établissements privilégient des mesures différenciées selon la situation économique des exploitations.

Dans le Grand Est, le président de la Région Franck Leroy a réuni le 10 septembre les établissements bancaires de sa région, pour proposer l’année blanche « sans pénalité ni frais supplémentaires, avec une mobilisation conjointe de l’État, de l’Union européenne et de la Région Grand Est ». Selon son équipe, cette disposition a déjà été mise en œuvre en 2016, et pourrait être plus simple à instruire pour les agriculteurs, en mobilisant notamment les services du conseil régional.

Plan de rebond sous caution

Les prêts « sécheresse » des établissements bancaires – s’ils sont annoncés prochainement – pourraient ne pas être le dernier soutien envers les agriculteurs en difficulté. Les régions travaillent sur des mesures de soutien, que certaines ont déjà présentées (voir dans ce dossier). Et le Premier ministre a promis qu’un « plan de rebond » sera annoncé dans un second temps. Problème, il dépendra des débats budgétaires de l’automne, très imprévisibles.

Ce « plan de rebond » devrait recouvrir les financements prévus pour les conclusions des Conférences souveraineté, dont les déclinaisons régionales se sont achevées avant les congés d’été. Ce plan inclura notamment le financement des « projets d’avenir », dont le tour de table n’est pas bouclé.

Selon des proches du dossier, la ministre de l’Agriculture envisageait, ces derniers jours, de flécher, au bénéfice des « investissements d’avenir », 17 millions d’euros (M€) issus de l’enveloppe de reliquats d’aides à la bio non consommées en 2025 et 2026, estimée à 120 M€. Il s’agira d’abonder les enveloppes des régions dédiées aux aides à l’investissement en les dirigeant vers les projets labellisés « contrats d’avenir ».

Espérons pour les agriculteurs que le financement de leurs aides ne repose pas uniquement sur les déboires de la bio.

MR

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