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Au Sitevi, le long chemin de la réduction des pesticides

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Les multiples solutions pour réduire l’emploi des pesticides étaient à l’ordre du jour du Sitevi, le salon de la vigne, du vin, et des fruits et légumes, du 26 au 28 novembre. Les nouveaux matériels, produits et idées ne manquent pas. Ce n’est pas pour autant que les résultats sont à portée de main dès aujourd’hui. Si les plantations de cépages ne nécessitant pas de fongicides commencent à décoller, le désherbage sans herbicides « est le parent pauvre » du remplacement des pesticides.

L’édition 2019 du Sitevi, le salon des équipements et savoir-faire pour les productions vigne-vin, olive, fruits-légumes, qui s’est tenu à Montpellier du 26 au 28 novembre, a été révélateur des préoccupations des professionnels. Dans les halls d’exposition de matériels, les rampes de pulvérisation d’herbicides ont été remplacées par des machines de travail du sol, notamment les machines « inter-ceps », qui comportent des lames bineuses pour enlever les herbes non seulement dans les rangs de vignes, mais aussi au pied de chaque vigne, de la façon la plus rapide et précise possible.

Une conférence a fait le point sur les différentes solutions de désherbage non chimique, tandis qu’une autre a mis en lumière le décollage des plantations de vignes résistantes aux champignons pathogènes.

Les micro-organismes désherbants, « une voie d’avenir »…

« Le désherbage est le parent pauvre du biocontrôle », a affirmé Antoine Meyer, président de IBMA France, l’Association française des entreprises de produits de biocontrôle, s’exprimant lors d’une conférence organisée par le groupe Réussir Agra le 27 novembre. Certains microorganismes désherbants spécifiques sur des mauvaises herbes « sont déjà autorisés dans d’autres pays, comme les États-Unis, mais pas chez nous », a-t-il mentionné. Selon lui, il existera demain des capteurs capables d’identifier les mauvaises herbes, permettant de répandre le microorganisme qui correspond. Mais « c’est encore une voie d’avenir. Dans deux à cinq ans, il y aura plus de solutions sur le marché ».

En attendant, des techniques de travail du sol sont proposées. Environ 8 à 12 % des viticulteurs seulement pratiquent celle de l’entretien mécanique entre les rangs, a indiqué Christophe Gaviglio, ingénieur spécialisé en mécanisation du vignoble à l’IFV Sud-Ouest (Institut français de la vigne et du vin).

Désherbage mécanique : il manque de la formation et du matériel

Le constat est là : « On part de très loin et il faut une grande montée en compétence. » De plus, la topographie a une grande influence : selon que les parcelles sont en pente, en dévers, en terrasse, la problématique est différente. « En terrasse, c’est impossible. » La demande de formation « est forte aujourd’hui, mais l’équipement ne suit pas toujours. Les livraisons de matériels sont très lentes ». De plus, le matériel inter-cep coûte 20 000 euros environ, nécessite du temps de travail qualifié et un risque de baisse de rendement à cause de blessures des pieds de vigne. « Ce n’est pas parce que l’alternative existe qu’elle est facile à déployer », a-t-il commenté.

Devant ces nombreuses techniques, mais qui ont toutes leurs limites, Antoine Meyer prône « une approche combinatoire » : « En forte période de croissance, on privilégie le contrôle mécanique, et à la sortie de l’hiver et en fin de d’automne, on est sur du biocontrôle. »

Désormais plusieurs centaines d’hectares de vignes résistantes plantés par an

Le vignoble français s’apprête à planter plusieurs centaines d’hectares de vignes résistantes au mildiou et à l’oïdium au printemps 2020, a indiqué par ailleurs Laurent Mayoux, chef de service adjoint du service territorial Occitanie de FranceAgriMer, lors d’une conférence organisée au Sitevi le 27 novembre. Cette montée en puissance, qui devrait se poursuivre les années suivantes, est un pas de plus vers la réduction de l’usage des pesticides en viticulture.

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Les viticulteurs français devraient planter plusieurs centaines d’hectares de vignes résistantes au printemps prochain, contre une soixantaine d’hectares cette année. « Si l’on continue sur cette lancée, on pourrait atteindre mille hectares par an dès 2021 », a estimé Laurent Mayoux. Ces surfaces plantées en cépages résistants au mildiou et à l’oïdium « peuvent actuellement difficilement dépasser 500 hectares par an en raison d’un manque de plants disponibles. Dommage ».

Il reste encore du chemin pour convertir en variétés résistantes le vignoble français, qui couvre environ 800 000 hectares. Pour l’heure, on peut estimer à plus d’un million le nombre de plants résistants produits en France disponibles pour 2020 dont environ 80 % sont issus du programme Resdur (obtentions de l’Inra comportant plusieurs gènes de résistance), les autres étant issus de sélections étrangères, a indiqué Laurent Mayoux.

Seize variétés déjà opérationnelles au classement français

La montée en puissance ne fait que commencer. Elle s’opère, pour les plantations du printemps prochain, avec seulement les quatre variétés Resdur de l’Inra (Vidoc, Artaban, Voltis, Floréal) et potentiellement douze variétés étrangères. Ces seize variétés déjà opérationnelles figurent au classement français définitif des variétés de raisin de cuve.

Outre ces seize variétés hybrides résistantes « nouvelle génération » qui peuvent être plantées par les viticulteurs, douze autres variétés dotées de résistances figurent au classement temporaire. Elles peuvent aussi être plantées par les viticulteurs, mais à des conditions plus restrictives et dans un cadre expérimental (voir encadré). « Ces variétés résistantes au mildiou et à l’oïdium n’ont pas été sélectionnées dans une optique de résistance au stress hydrique. L’étape suivante sera de passer à une génération de plants combinant résistance aux maladies et à la sécheresse. Ces caractères de résistance aux conditions sèches et chaudes sont présents dans de nombreux cépages des pays méditerranéens tels la Grèce », a évoqué Laurent Mayoux.

Actuellement 36 variétés de cuve dotées de résistances au mildiou et à l’oïdium sont admises au classement français définitif : les quatre obtentions de l’Inra du programme Resdur, 12 variétés de sélection étrangère non inscrites au Catalogue français des variétés et 20 hybrides anciens inscrits au Catalogue français.

Antoine Meyer : « Ce n’est pas parce que l’alternative existe qu’elle est facile à déployer »

Inscription au Catalogue, classement définitif, classement temporaire

Il faut distinguer inscription d’un cépage au Catalogue français des variétés végétales et admission au classement définitif ou temporaire, a tenu à préciser Laurent Mayoux. L’inscription d’un cépage au Catalogue permet seulement de le multiplier, mais pas de le planter pour la production et la commercialisation du vin. Elle s’adresse aux pépiniéristes, a précisé Laurent Mayoux. Le classement définitif d’un cépage quant à lui donne le droit aux viticulteurs de le planter pour la production et la commercialisation du vin. Enfin le classement temporaire permet d’expérimenter des variétés, avec une commercialisation possible du vin mais sans indication géographique ni mention variétale. Il concerne des variétés inscrites au Catalogue ou en demande d’inscription. Le classement temporaire vise à renforcer les démarches de « sélection participative », c’est-à-dire de sélection menée avec la participation active des viticulteurs. La majorité des essais pour le classement temporaire se situe dans des exploitations viticoles.