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Bel mobilise de nouveaux moyens pour végétaliser ses produits

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La Vache Qui Rit commercialisée en version végétale aux États-Unis. Crédits : © C. Bonnel

Bel investit 7,5 M€ dans son centre de R&D de Vendôme et cofinance un programme de recherche sur les aliments fermentés d’un montant de 9 M€, avec d’autres industriels et l’État. Le fabricant de La Vache Qui Rit et de Kiri veut développer des alternatives aux produits laitiers pour améliorer son impact environnemental et pouvoir répondre à la demande d’un marché en croissance à l’échelle mondiale.

Bel se projette dans un avenir plus végétal et moins animal : c’est en substance ce que traduit l’ambition de la société de réaliser d’ici 2050 la moitié de son activité avec le végétal, contre un tiers à l’heure actuelle. Évoquant un « Everest alimentaire » au sujet des « 10 milliards de personnes que nous devrons nourrir demain », Cécile Béliot, directrice générale de Bel, se dit persuadée qu’il sera possible de le relever, avec « l’accélération de l’innovation grâce aux nouvelles technologies ». « Le modèle agricole de demain va se construire avec les nouvelles technologies », a-t-elle indiqué le 18 novembre 2024 lors d’un événement organisé par le Groupe Bel dans son centre de RID (recherche, innovation et développement) à Vendôme (Loir-et-Cher), qui fêtait en même temps ses 30 ans d’existence.

Dans ce cadre, Bel a pris plusieurs initiatives ces dernières années, et renforce encore sa mobilisation vers cet objectif. Tout d’abord, le centre le RID de Vendôme va recevoir 7,5 M€ d’investissement au cours des trois prochaines années pour moderniser les infrastructures incluant les laboratoires, les équipements pilotes et pour créer, entre autres, une zone pour accueillir les partenaires.

La fermentation, technologie privilégiée

La fermentation est une technologie dans laquelle Bel place beaucoup d’espoir pour créer des protéines en se passant du lait animal. C’est pourquoi la société a aussi annoncé sa participation au projet collaboratif Cocagne, dans le cadre de l’initiative de l’État Ferments du Futur, avec les industriels Avril (protéines végétales) et Lallemand (ferments), et la PME Protial (R&D sur le végétal). Le budget total de Cocagne est de 9 M€ apportés par les partenaires privés et l’État, qui y participe à hauteur de 2,5 M€. L’objet de Cocagne, qui doit durer trois ans, est d’explorer des procédés de fermentation et d’affinage, notamment en mettant au point des ingrédients issus de la fermentation en partant de matières premières végétales locales comme la lentille, la fève, la fèverolle et le tournesol.

Lire aussi : Caroline Sorlin, Chief Venture Officer (Bel) : « Le Groupe Bel se dote d’une cellule de veille de l’écosystème des start-up alimentaires »

Le but de Bel, en ayant recours à des protéines alternatives, est de pouvoir continuer à fabriquer des produits iconiques pour des consommateurs plus nombreux, dont certains ne peuvent pas ou ne veulent pas consommer de produits issus du monde animal, et pour des marchés où la production de lait est impossible ou pas soutenable d’un point de vue environnemental. « Il est possible de réduire les émissions de gaz à effets de serre de l’élevage bovins – un axe sur lequel Bel travaille – mais obtenir des protéines grâce à la fermentation est plus efficace d’un point de vue de la réduction de l’empreinte environnementale », résume Anne Pitkowski, directrice recherche et application du groupe Bel.

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Ces moyens supplémentaires mobilisés par Bel lui permettent d’approfondir une démarche déjà initiée avec des jeunes pousses innovantes qui cherchent à mettre au point des protéines alternatives sans recours aux animaux et à faible empreinte environnementale.

Barrières règlementaires à lever

Aux États-Unis, Bel s’est rapproché de Perfect Day qui obtient une caséine par la fermentation de précision. La start-up fournit Bel en caséine pour des produits de la gamme de fromages végétaux Nurishh diffusés sur le marché américain. Toujours outre-Atlantique, Bel travaille depuis 2022 avec SuperBrewed dont la protéine issue de la fermentation de biomasse a obtenu le statut GRAS (généralement reconnu comme sûr) permettant sa diffusion à échelle industrielle. Et en France, Bel collabore avec la start-up Standing Ovation qui produit de la caséine à partir de fermentation de précision, sans recours aux animaux, avec une faible empreinte carbone et les mêmes qualités nutritionnelles et organoleptiques que la caséine traditionnelle d’origine laitière.

Lire aussi : Rapprochement entre le Groupe Bel et Standing Ovation dans la fermentation de précision

Mais avant même de multiplier les produits intégrant ces nouvelles protéines, freinés notamment par les barrières réglementaires, Bel a déjà lancé à grande échelle des produits fromagers à base de matières grasses (souvent de l'huile de coco) et protéines végétales. La gamme Nurishh est exclusivement composées d’imitations de fromages traditionnels tels que la mozzarella, le parmesan, le cheddar, la feta ou le camembert. Et Bel s’initie aussi aux versions végétales de ses marques iconiques. Aux États-Unis, Bel a lancé une version de La Vache Qui Rit à partir de lait d’amandes, un Babybel végétal (enrobé de cire verte), et un Boursin végétal. Lancé au Royaume-Uni en fin d’année 2024, ce Boursin végétal devrait arriver en France en avril 2025.