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Biomanity, pionnier des supers absorbants totalement biodégradables, vise l'agriculture

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Le super absorbant biodégradable de Biomanity lorsqu'il est gorgé d'eau. Crédits : © Biomanity

Biomanity a développé un super absorbant biodégradable et biosourcé à base d’un polymère naturel, le chitosan comme alternative aux produits issu de la pétrochimie. En agriculture, cette solution unique permet de créer un réservoir d’eau au niveau racinaire de la plante qu’elle pourra utiliser en fonction de ses besoins, tout en ayant une fonction de fertilisation. La start-up est en phase de levée de fonds.

Un super absorbant totalement biodégradable et biosourcé pour répondre aux enjeux de la transition écologique, tel a été le point de départ à la création de Biomanity par Bernard Gainnier (CEO) et Jean-François Daniel (VP Développement), rejoints récemment par le professeur Ghislain David, spécialiste des polymères super absorbants à l’École nationale supérieure de chimie de Montpellier (ENSCM). « Le marché de la super absorption, qui pèse pour 10 Mrd$ aujourd’hui au niveau mondial, provient à 98% de la pétrochimie. Ces solutions sont utilisées dans de nombreux domaines, allant d’agents gélifiants utilisés dans la cosmétique, à l’environnement pour la déshydratation des boues par exemple, mais surtout des couches culottes », explique Bernard Gainnier. Et beaucoup d’acteurs aujourd’hui cherchent à réduire l’empreinte chimique dans la composition des produits qu’ils utilisent. « Dans les usages futurs de notre super absorbant, l’agriculture arrive en première place, notamment en Europe, où les supers absorbants pétrochimiques sont interdits par la réglementation de retour au sol », poursuit-il.

Le super absorbant totalement biodégradable (il a une durée de vie une dizaine de mois en sol avant de disparaitre complètement) et biosourcé de Biomanity a été développé avec le concours du CNRS et de l’ENSCM. Il est fabriqué à partir d’un biopolymère, le chitosan dérivé de la chitine. Actuellement, Biomanity se fournit auprès de fabricants de chitosan de crevettes en Asie.

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Réserve d’eau et fertilisation

La solution de Biomanity a la capacité d’absorber en peu de temps une grande quantité d’eau et d’en faire un réservoir qui gonfle et dégonfle en fonction des arrosages ou des pluies. « Nous ne nous connaissons pas de concurrents qui savent faire des super absorbant biodégradables et fonctionnels et avec des performances d’aussi bon niveau, c’est-à-dire capables d’absorber pour 1 gr de notre produit entre 10 cl et un 1/2 litre d’eau », détaille Bernard Gainnier. « La solution de Biomanity mise dans le sol au niveau de la masse racinaire va absorber une partie de l’eau qui n’est pas captée par la plante, et lorsque la réserve d’eau dans le sol va commencer à baisser, la plante pourra puiser dans cette réserve, permettant ainsi d’optimiser l’irrigation en période chaude, poursuit Jean-François Daniel. Et comme, « le super absorbant de Biomanity est fabriqué à partir d’un polymère naturel, en plus de servir de réservoir d’eau, il a aussi une fonction de fertilisation ».

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Des tests en champs très concluants 

Après les premiers tests concluants en laboratoire, la start-up a démarré ses premiers tests en champs sur du maïs en Bourgogne. « Il a été scientifiquement prouvé qu’en mettant nos billes de super absorbant à côté de la graine des maïs testés, ceux-ci affichaient une performance de 80% supérieure à celles d’un maïs normal, irrigué normalement et sans engrais. Le rendement à l’hectare qui était de 100 quintaux avec engrais et passé de 160 à 170 quintaux sans engrais avec notre solution », se félicite le CEO.

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La société travaille aussi avec quelques acteurs des semences pour l’enrobage de graines. « Les démonstrations en serres montrent une performance de croissance des plantes issues de graines enrobées de l’ordre de 2 à 3 fois supérieure à celle d’une graine non traité », poursuit ce dernier. Et grâce à cette fonction de réserve d’eau, la solution de Biomanity améliore également l’efficacité de l’encapsulation avec un biostimulant, qui nécessite de l’eau pour être bien absorbée par la plante.

Augmenter les capacités de production

Pour satisfaire des projets de développement, Biomanity a lancé une nouvelle levée de fonds en juillet dernier de 1,2 M€, auprès des actionnaires existants et de business angels, dont une partie en provenance de Bpifrance est en phase de validation. En attendant, la société vient d’internaliser sa R&D jusqu’alors hébergée au CNRS. « L’une de nos prochaines échéances portent surtout sur l’installation de notre démonstrateur industriel pour augmenter notre production. De 3 kilos par lots fabriqués aujourd’hui, nous devrions arriver en conditions réelles à 50 kg par lots dans quelques mois », termine Bernard Gainnier.