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Changement climatique : une étude décrypte l’effet des régimes alimentaires

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Dans une étude publiée le 17 septembre, des chercheurs de Baltimore ont analysé l’impact climatique de neuf régimes alimentaires plus ou moins végétalisés. Avec deux apports principaux : leurs résultats intègrent les aspects nutritionnels et l’origine des viandes.

Quel régime alimentaire est le meilleur pour la planète et la santé humaine ? Une équipe de chercheurs américains de l’université de Baltimore (États-Unis) ont tenté de concilier les deux dans une étude publiée le 17 septembre dans la revue Global Environment Change. Les scientifiques ont étudié l’impact climatique (émissions de gaz à effet de serre, GES) et sur la ressource en eau de neuf régimes alimentaires plus ou moins végétalisés.

Une démarche classique qu’ils ont poussée plus loin en prenant en compte l’objectif de lutte contre la malnutrition. Leurs « scénarios nutritionnellement viables » intègrent par exemple les recommandations sur l’apport énergétique moyen (2 300 kcal par jour) et un minimum de 400 g de fruits et légumes par jour. Autre originalité : ils ont décliné leur étude dans 140 pays (ceux pour lesquels la FAO dispose de données assez fiables) en se basant sur la consommation réelle entre 2011 et 2013. Leurs calculs prennent aussi en compte les flux commerciaux (en attribuant l’impact climatique aux pays consommateurs), ainsi que le gaspillage alimentaire.

Un jour sans viande, « un point de départ accessible »

Première confirmation apportée par les chercheurs américains : « Pour les 140 pays étudiés, un virage théorique vers les régimes végans réduirait les émissions associées à l’alimentation par tête de 70 % en moyenne. » L’étude rappelle que produire une portion de viande bovine émet 316 fois plus de GES qu’une portion équivalente de légumineuses. Les auteurs reconnaissent toutefois avoir besoin de « plus de recherche » pour étudier la « faisabilité sociale, économique, écologique et agronomique » d’une végétalisation de l’alimentation.

Les scientifiques de Baltimore dessinent aussi des scénarios intermédiaires, plus accessibles selon eux. Par exemple, « passer [dans les 140 pays étudiés] à un régime comportant peu de viande rouge ou un jour sans viande réduirait de 4 ou 3 % les émissions de GES liées à l’alimentation. » Un changement « modeste », estiment-ils, qui « pourrait offrir un point de départ accessible vers des régimes alimentaires plus végétalisés. » Les auteurs mettent aussi en avant l’intérêt d’un régime basé sur les animaux du bas de la chaîne alimentaire (crustacés, coquillages, petits poissons et insectes). Un tel régime « offre une plus grande flexibilité » et permet de « satisfaire les apports recommandés en vitamine B12 dans 49 % des pays ».

Brésil et États-Unis montrent le plus gros potentiel de réduction

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L’étude bat aussi en brèche certaines idées reçues : du point de vue environnemental, le régime lacto-ovo-végétarien [protéines issues de la viande et du poisson remplacées par des produits laitiers et des œufs] serait une fausse bonne idée. « Dans 95 % des pays, les régimes " deux tiers végans " [comprenant une portion de viande par jour] sont moins intensifs en GES que les régimes lacto-ovo-végétariens. » Un résultat qui s’explique par « l’empreinte en GES relativement élevée des produits laitiers », écrivent les chercheurs.

Autre enseignement précieux : climatiquement parlant, toutes les viandes ne se valent pas selon leur origine. Produire un kilo de viande bovine au Paraguay émet « 17 fois plus » de GES que produire la même quantité de viande au Danemark. Quant à la viande brésilienne, elle émet cinq fois plus que la danoise. Une différence « largement attribuable à la déforestation pour les pâturages et à des émissions de méthane plus élevées ». La France, elle, se trouve dans la moyenne basse. Et ce même en comptant la déforestation liée aux importations de soja.

Les chercheurs ont ainsi distingué les pays dont le potentiel de réduction de l’empreinte environnementale via un changement de régime alimentaire est le plus important. Il s’agit du Brésil, des États-Unis et de l’Australie. Le premier cumule plusieurs facteurs aggravants : une forte consommation de viande, une importante population et une production de viande fortement émettrice par kilo produit. Dans ces trois pays, un régime aux deux tiers végan aurait un impact maximum sur la réduction de l’empreinte environnementale (GES et eau), que ce soit par tête ou au niveau du pays entier. « Des interventions optimales consisteraient à promouvoir des changements de régime alimentaires dans des pays avec un important potentiel de réduction en même temps par tête et au niveau d’un pays entier », glissent les chercheurs. De quoi relativiser des débats franco-français parfois virulents, mais déconnectés de l’enjeu global.

Mieux vaut manger un peu de viande que pas du tout, y compris pour la planète

Climatiquement parlant, toutes les viandes ne se valent pas