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Climat : des ministres de l’Agriculture inquiets des nouveaux objectifs européens

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De nombreux ministres de l’Agriculture des Vingt-sept, réunis le 12 octobre à Luxembourg, ont fait part de leurs inquiétudes quant aux propositions de la Commission européenne en matière climatique pour la sécurité alimentaire et la compétitivité du secteur agricole. « La Pac seule ne peut pas tout faire », prévient l’Irlande.

« Réduire les émissions agricoles sans miner la compétitivité du secteur sera un grand défi, surtout que les méthodes d’atténuation actuelles sont limitées et coûteuses », a admis le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski en ouverture du débat le 12 octobre à Luxembourg avec les ministres de l’Agriculture de l’UE sur les aspects agricoles du paquet législatif visant à atteindre les nouveaux objectifs climatiques de l’UE. Des inquiétudes exprimées par de nombreux ministres lors de l’échange de vues qui a suivi. « De nouvelles techniques prometteuses arrivent et la nouvelle Pac fournira également des outils aux États membres pour agir », a tenté de rassurer le commissaire. Mais « la Pac seule ne peut pas tout faire », a notamment rétorqué l’Irlande.

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Dans les propositions mises sur la table au mois de juillet, la Commission européenne prévoit que le secteur agricole continuera à faire partie jusqu’en 2030 du règlement sur le partage de l’effort (avec les secteurs du bâtiment et des transports). Dans ce cadre, les objectifs nationaux seront réévalués en vue d’une réduction à l’échelle de l’UE de 40 % par rapport à 2005 d’ici 2030 contre un objectif de -30 % aujourd'hui. Puis à partir de 2030 les émissions hors CO2 de l’agriculture (méthane et oxyde d’azote) intégreront le secteur de l’utilisation des sols et de la foresterie (LULUCF) avec, pour le nouvel ensemble, un objectif de neutralité climatique à l’horizon 2035.

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Menace pour la sécurité alimentaire

Nombre de ministres de l’Agriculture, notamment la Pologne, la Roumanie, la Grèce, ont insisté sur le besoin de garantir la sécurité de l’approvisionnement alimentaire. La Hongrie a indiqué qu’elle craignait que ces objectifs ne conduisent « à une réduction des stocks d’animaux » et appelé à trouver un « juste équilibre » entre niveaux de production, rentabilité et objectifs climatiques. Le Luxembourg a évoqué une possible « réduction du potentiel de production de 20 % », surtout dans le secteur de l’élevage. Moins critique, l’Espagne s’est quand même interrogée sur « l’impact que cela pourrait avoir sur la compétitivité du secteur ». D’autres (Slovaquie, Pologne…) ont aussi souligné que les capacités de séquestration du carbone par les forêts étaient limitées. Beaucoup ont donc demandé à la Commission européenne que soit menée une analyse d’impact sur le secteur agricole de ce paquet climat.

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La France a au contraire soutenu globalement les propositions de Bruxelles tout en pointant les difficultés auxquelles il faudrait faire face (marge de manœuvre limitée, méthodologie à préciser…). Paris a indiqué attendre avec impatience la prochaine proposition sur l’agriculture bas-carbone attendue pour la fin d'année.