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Climat : des promesses et des attentes aux premiers jours de la Cop26

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Durant les premiers jours du sommet sur le climat de Glasgow qui doit confirmer les objectifs climatiques pris dans le cadre de l’accord de Paris, les dirigeants mondiaux ont multiplié les annonces d’engagements sur le méthane ou la déforestation. Les négociateurs entrent désormais dans le dur des discussions sur le financement des actions notamment pour le secteur agricole. Crédits : © European Union, 2021

Après les grands objectifs fixés par l’accord de Paris sur le climat, place à sa mise en œuvre concrète et notamment aux financements. Durant les premiers jours de la Cop26 à Glasgow les dirigeants mondiaux, UE et États-Unis en tête se sont engagés, entre autres, à réduire les émissions mondiales de méthane et à enrayer la déforestation. Les négociateurs se penchent désormais sur les moyens pour y parvenir. Les agriculteurs européens demandent des soutiens plutôt que des contraintes.

Durant les premiers jours du sommet sur le climat de Galsgow qui doit confirmer les objectifs climatiques pris dans le cadre de l’accord de Paris, les dirigeants mondiaux ont multiplié les annonces d’engagements. Mais l’absence des dirigeants de certains grands pays comme la Chine, la Russie ou l’Inde manquaient toutefois à l’appel.

À l’invitation du Premier ministre britannique Boris Johnson, 105 pays ont officiellement signé le 2 novembre une déclaration par laquelle ils s’engagent à « travailler collectivement » pour arrêter la déforestation d’ici 2030. Selon le communiqué des organisateurs, les pays signataires représentent 85 % de la surface forestière mondiale, grâce au ralliement de pays comme le Brésil, l’Indonésie, ou la République du Congo. Mais des responsables indonésiens ont démenti que l’Indonésie s’était engagée formellement à cesser complètement la déforestation d’ici 2030 qualifiant le communiqué de « faux et trompeur », et déplorant que celui-ci ait été publié avant la fin des discussions.

Promouvoir une production durable de produits agricoles

« Cette promesse est appuyée par plus de 19 milliards de dollars (Mrd$) de financement », dont 12 Mrd$ de fonds publics sur la période 2021-2025, précise néanmoins le communiqué de presse en question des organisateurs de la Cop26. Dans la déclaration officielle de cette nouvelle coalition, les pays s’engagent notamment à « faciliter » des politiques de commerce et de développement qui promeuvent « la consommation et la production durable » de produits agricoles. Autre promesse : « Mettre en œuvre, et si nécessaire réviser, les politiques et programmes agricoles pour encourager l’agriculture durable ». Comme l’a indiqué la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen le même jour, l’UE accordera à elle seule 1 Mrd€ sur cinq ans à la lutte contre la déforestation. Dans le sillage de la déclaration, dix entreprises du commerce agricole international – dont ADM, Bungie, Cargill et Dreyfus – se sont également engagées à publier d’ici la Cop27 « une feuille de route respectant la trajectoire de 1,5°C » de réchauffement.

Objectif de réduction de 30 % des émissions de méthane confirmé

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président américain Joe Biden ont, de leur côté, officiellement lancé le 2 novembre à l’occasion de la COP26 à Glasgow leur Engagement mondial pour le méthane, une initiative visant à réduire de 30 % les émissions mondiales de méthane à l’horizon 2030 par rapport à 2020. « Plus de 100 pays représentant 70 % de l’économie mondiale et près de la moitié des émissions anthropiques de méthane ont maintenant signé cet engagement », se félicite la Commission européenne. Une liste qui comprend notamment le Canada, le Japon, l’Argentine et la Corée du Sud. Les organisations philanthropiques mondiales se sont engagées à verser 328 millions de dollars pour soutenir le développement de stratégies de réduction du méthane. Ces dispositifs visent principalement les émissions des secteurs de l’énergie et des déchets. Le même jour, les États-Unis dévoilaient d’ailleurs une série de réglementations visant à « nettement » réduire les émissions de méthane de l’industrie pétrolière et gazière aux États-Unis.

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Lire aussi : La coalition pour la réduction du méthane prend de l’envergure

Mais derrière ces grandes annonces, beaucoup d’ONG qui dénoncent les restrictions d’accès imposées par les organisateurs de la COP26 sous prétexte de pandémie de Covid-19, craignent un manque d’ambition. Les membres du G20 réunis le 31 octobre à Rome ne sont, par exemple, pas parvenus à s’engager sur une date pour atteindre la neutralité climatique, leur déclaration finale se contentant d’évoquer « le milieu du siècle » pour y arriver.

Encourager les agriculteurs plutôt que les contraindre

Après les chefs d’État, les financiers et négociateurs ont, le 3 novembre, commencé à discuter des financements et moyens nécessaires pour lutter contre le réchauffement planétaire. Patricia Espinosa, la secrétaire exécutive de la convention Climat de l’ONU, a dit espérer « qu’à la fin de cette conférence nous arriverons à l’objectif des 100 milliards $ en 2022 » avec dans le viseur l’objectif de limiter le réchauffement de la planète à +1,5°C. Un objectif de plus en plus improbable : une étude du Global Carbon Project publiée le 3 novembre montre que les émissions mondiales de CO2, après une chute de 5,4 % durant la pandémie de Covid-19, devraient rebondir de 4,9 % en 2021 pour se rapprocher à moins de 1 % du record absolu de 2019.

Lire aussi : L’ONU veut davantage d’ambition climatique sur l’agriculture

Les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) qui participaient le 4 novembre à une session de la Cop26 sur l’agriculture, estiment que « la meilleure façon d’obtenir de nouvelles réductions des émissions agricoles, sans exercer de pression à la baisse sur la production et la sécurité alimentaire, est d’encourager les pratiques d’atténuation au niveau national, régional et mondial ». La capacité du secteur à maintenir sa compétitivité sur la scène internationale doit être préservée, prévient le Copa-Cogeca : « Si l’on veut parvenir à une transition équitable, toute restriction de l’utilisation des terres et des intrants agricoles essentiels doit être assortie de véritables alternatives et de ressources en compensation. L’agriculture et la sylviculture ne peuvent pas et ne seront pas modifiées par l’élimination des subventions ou la restriction des intrants, mais par l’encouragement des agriculteurs et des communautés agricoles par de véritables solutions et une meilleure valorisation de leur travail ».