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Climat : les ministres des Vingt-huit veulent de la flexibilité pour réduire les émissions agricoles

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Estimant que les propositions de la Commission européenne sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre des secteurs diffus ne donnent pas assez de flexibilité au secteur agricole, les ministres de l’agriculture de l’UE ont adressé une lettre à leurs collègues en charge de l’environnement pour leur demander de tenir compte des spécificités des activités agricoles et forestières. Ils souhaitent notamment la reconnaissance de la gestion durable des forêts comme source de crédit carbone.

Au lendemain d’un échange de vues du Conseil agricole de l’UE sur le partage des efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre et le secteur de l’utilisation des sols, du changement d’affectation des sols et de la foresterie (LULUCF), la ministre slovaque, Gabriela Matecna, qui préside cette formation du Conseil jusqu’à la fin de l’année, a adressé le 13 décembre à son collègue en charge de l’environnement, Laszlo Solymos, une lettre lui faisant part des inquiétudes que suscitent les propositions de Bruxelles en la matière (1). Ce sont les ministres de l’environnement des Vingt-huit qui ont la main sur le dossier.

Gestion forestière

L’agriculture disposant de peu de marges pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, la Commission européenne a prévu, dans le cadre de ses propositions, que le secteur LULUCF puisse compenser une partie des émissions agricoles. Concrètement, une partie des excédents (s’il y en a) du secteur LULUCF pourra être transférée sous forme de crédits limités à 280 millions de tonnes équivalent CO2 au niveau de l’UE (réparties entre les États membres) aux secteurs non couverts par le système européen d’échanges de quotas carbone (dont fait partie l’agriculture). Une flexibilité que chaque État membre veut utiliser au maximum, en fonction des spécificités de son secteur forestier notamment. Si les ministres de l'agriculture estiment que la Commission a globalement reconnu les spécificités du secteur agricole, ils souhaitent, souligne la lettre de la présidence slovaque, faire reconnaître la gestion durable des forêts comme puits de carbone. Bruxelles exclut cette option à ce stade, estimant que les données scientifiques en la matière sont trop peu fiables. Pour l’instant, seules les nouvelles plantations d’arbres peuvent servir de crédit carbone. Les grands pays forestiers (du nord de l’Europe notamment mais aussi l’Autriche, la France et l’Italie, entre autres) critiquent vivement ce dispositif qui ne reconnaît pas les efforts engagés depuis des années pour entretenir de manière durable leurs forêts. Mais la Commission craint qu’en leur accordant trop de souplesses, les agriculteurs ne soient pas incités à changer leurs pratiques.

Plusieurs États membres (Allemagne, suède…) demandent également à être impliqués dans le calcul des niveaux de référence sur la gestion forestière. 

Les discussions se poursuivront sur ce dossier sous présidence maltaise au premier semestre 2017.

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Commission européenne
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(1) Voir n° 3556 du 25/7/2016

Les émissions mondiales de méthane explosent

Une vaste étude internationale publiée le 12 décembre par la revue scientifique Earth System Science Data vient de montrer que les émissions mondiales de méthane, puissant gaz à effet de serre (28 fois plus puissant que le CO2 mais moins persistant dans l’air) dont l’agriculture est l’un des principaux émetteurs (par l’élevage de bovins et la riziculture), explosent. Après un léger ralentissement entre 2000 et 2006, la concentration de méthane dans l’atmosphère a augmenté dix fois plus rapidement depuis 2007 avec en particulier une forte accélération en 2014 et 2015. La vitesse d’augmentation se rapproche du scénario le plus pessimiste du dernier rapport du Giec. Et selon les chercheurs, le plus gros de cette hausse serait dû à l’augmentation du nombre de têtes de bétail. Mais ils soulignent également le rôle joué par l’exploitation du charbon, du pétrole et du gaz qui serait responsable de 20 % des émissions.

Parmi les solutions proposées pour freiner le phénomène, l’étude suggère l’installation de méthaniseurs dans les fermes, la modification des protocoles d’irrigation des rizières, ou encore la chasse aux fuites.