À court terme, l’humanité ne pourra pas éviter un réchauffement de +1,5°C, avec son lot d’événements climatiques extrêmes. Quelques mois avant le sommet sur le climat, en novembre à Glasgow (Écosse), le Giec tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme dans son sixième pré-rapport.
Un réchauffement de +1,5°C avant 2040 est désormais inévitable : c’est une des leçons du nouveau rapport publié le 9 août par le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (Giec). Adopté après deux semaines de travail par 234 scientifiques et 195 gouvernements, il s’agit de la contribution du premier groupe de travail, dédié aux bases scientifiques. Celles des groupes de travail 2 (impacts) et 3 (atténuation) sont attendues au premier semestre 2022. Le rapport complet du Giec – le sixième du genre – est, lui, prévu pour septembre 2022. Dans le document publié le 9 août, quelques mois avant la Cop26 de Glasgow, les experts décrivent cinq scénarios socio-économiques se déroulant jusqu’à 2100. Le résultat est sans appel : quelle que soit l’hypothèse, d’ici vingt ans, la température moyenne dépassera d’au moins 1,5°C le niveau pré-industriel. « De nombreux changements dus aux émissions de gaz à effet de serre (GES, NDLR) passées et à venir sont irréversibles pour des siècles ou des millénaires », alertent les scientifiques dans leur résumé pour les décideurs. C’est le cas notamment pour la hausse du niveau de la mer, la fonte des glaciers de montagne et des calottes glaciaires, ou encore le dégel du pergélisol (ou permafrost).
Vers +2,7°C en 2100 selon la trajectoire actuelle
Avec quels effets ? « À +1,5°C de réchauffement, il y aura une augmentation des vagues de chaleur, des saisons chaudes plus longues et des saisons froides plus courtes », résume le dossier de presse du Giec. Et de prévenir : « À +2°C, les chaleurs extrêmes atteindraient plus souvent les seuils de tolérance critiques pour l’agriculture et la santé ».
À plus long terme, le scénario tendanciel – qui prend en compte les engagements climatiques actuels des États – débouche sur un réchauffement de 2,7°C d’ici 2100. Une trajectoire médiane équivalente au scénario le plus pessimiste du précédent rapport du Giec. Depuis 2014, les experts ont donc considérablement assombri leurs prévisions. Après avoir analysé 14 000 publications scientifiques, ils ont aussi gagné en certitude. Le lien entre activités humaines et changement climatique est « indiscutable », a martelé le président du Giec, Hoesung Lee, le 9 août devant la presse. En particulier, les dérèglements causés par les émissions anthropiques de GES sont bien le « principal facteur » à l’origine de la multiplication des vagues de chaleur et des inondations.
Le méthane dans le viseur
« Chaque réchauffement additionnel de 0,5°C provoque des augmentations clairement discernables dans l’intensité et la fréquence des chaleurs extrêmes, y compris les vagues de chaleur et les précipitations intenses, ainsi que dans les sécheresses agricoles et écologiques », prévoit le rapport. Une conclusion qui résonne particulièrement en cet été 2021 marqué par les incendies, les inondations et les sécheresses sur plusieurs continents.
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Autre nouveauté marquante de ce sixième pré-rapport : une partie consacrée aux polluants à courte durée de vie (SLCF, pour « short lived climate forcers »), dont le méthane. Ces gaz très divers ont en commun une faible persistance dans l’atmosphère. Certains présentent un effet réchauffant (méthane, ozone, monoxyde de carbone, etc.), alors que d’autres contribuent à refroidir le climat (aérosols, ammoniac, etc.). Qualifiée de « source globale majeure de méthane », l’agriculture est « le deuxième plus important contributeur au réchauffement à court terme, mais avec un faible effet persistant sur la température de surface ». Dans le résumé pour décideurs, le Giec estime qu'« une réduction forte, rapide et durable des émissions de méthane limiterait l’effet de réchauffement issu du déclin de la pollution aux aérosols et améliorerait la qualité de l’air ».
Dernière chance
Seule bonne nouvelle dans ce tableau glaçant : « Les actions humaines ont encore le potentiel de déterminer le futur climat », rappelle le dossier de presse du Giec. Pour espérer stopper l’emballement climatique, il faut atteindre « au moins zéro émission nette de CO2 », et opérer « de fortes réductions des autres émissions de gaz à effet de serre ». Limiter le réchauffement à +2°C – l’objectif de l’accord de Paris – implique de parvenir à zéro émission nette en 2050. Or, plus il y aura d’émissions, moins les puits de carbone (océans et forêts) seront efficaces : dans le scénario tendanciel, ils pourraient absorber 54 % de nos émissions. En complément, les scientifiques réaffirment donc la nécessité de mettre en place des techniques d’élimination du CO2 (boisement, restauration des zones humides, captage et stockage directs, fertilisation des océans). Malgré l’inertie climatique, les premiers effets positifs d’une réduction volontariste des émissions pourraient apparaître dès vingt ans, estime le Giec. Le message est clair : en novembre, la Cop26 sera bien celle de la dernière chance.
L’agriculture « deuxième plus important contributeur au réchauffement à court terme »
Des effets « irréversibles pour des siècles ou des millénaires »
L’impact économique du changement climatique plus élevé que prévu, selon une étude
En prenant en compte les « points de bascule » du système climatique mondial, le coût économique du réchauffement pourrait être supérieur de 25 % à celui estimé lors de précédentes analyses, d’après une étude parue le 16 août dans la revue PNAS. Pour la première fois, des chercheurs de la London School of Economics et des universités du Delaware et de New York y analysent l’impact de huit points de bascule (« tipping points » en anglais) : fonte des calottes glaciaires, déstabilisation de l’écosystème amazonien, dégel du pergélisol (ou permafrost), modification des courants marins, etc. Leur impact cumulé augmenterait de 25 % le « coût social du carbone » (coût économique de l’émission d’une tonne de carbone supplémentaire). Il y aurait 10 % de chances que cet indicateur soit doublé, selon les chercheurs. Des chiffres « probablement sous-estimés », préviennent les scientifiques, qui n’ont pas pris en compte les interactions entre ces phénomènes. Les points de bascule « augmentent les pertes économiques presque partout » sur la planète, selon les auteurs, qui ont étudié l’impact du dérèglement climatique dans 180 pays. Pris individuellement, les deux « tipping points » les plus dévastateurs seraient la dissociation des hydrates de méthane océaniques (+13,1 %) et le dégel du pergélisol (+8,4 %), via l’émission de méthane dans l’atmosphère.