La « journée export 2015», organisée le 22 juillet par le ministère de l'Agriculture au Conseil économique, social et environnemental (CESE), a rassemblé pouvoirs publics, filières et économistes. L'enjeu : les parts de marchés perdues à l'export.
« Nous sommes en train de gérer des crises que l'on aurait pu éviter. La fiscalité a plutôt favorisé la rente que le travail, et le choix a été fait de favoriser le consommateur plutôt que le producteur ». Ouvrant la journée, Jean-Paul Delevoye, président du CESE, a désigné l'objectif de l'entretien : relever le défi de la perte des parts marchés à l'export « que la société n'a pas anticipée ».
La demande alimentaire mondiale va continuer à croître, surtout dans les pays émergents, notamment sur le sucre, les huiles végétales et les produits laitiers, a indiqué Carmel Cahill, conseillère principale à la direction des échanges de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Et dans les pays industrialisés matures, la demande augmentera en valeur, par la qualité et l'innovation.
Des manques dans l'export malgré la compétence française
Or, même dans l'agroalimentaire, qui est un fleuron de l'export français, des pans entiers sont déficitaires. « Nous savons faire les biscuits, mais nous en importons plus que nous en exportons », a fait remarquer Xavier Terlet, spécialiste de la veille sur l'innovation alimentaire. De même, le pays inventif qu'est la France en gastronomie importe du vinaigre. « La France pourrait en exporter, comme les Espagnols le font avec le vinaigre de Xérès. Nous devrions pour cela le territorialiser, par exemple en mettant en valeur la spécialité d'une région, comme les côtes du Rhône », a-t-il suggéré. De même l'exportation de plats cuisinés est insuiffisante par rapport aux ressources du pays en abondance, variété de produits et savoir-faire, a-t-il souligné.
Pourtant, « on n'imagine pas le rayonnement qu'entraîne l'école Ferrandi (l'école française de gastronomie) à la réputation agroalimentaire française » par ses contacts dans des pays comme le Japon, a témoigné Pierre-Antoine Gailly, président de la CCI d'Ile-de-France (chambre de commerce et d'industrie).
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« On ne sait plus capter le cœur de la pyramide »
Pour les uns, il reste de nombreuses places à prendre dans le marché grandissant des classes moyennes dans le monde. Pour les autres, le marché des classes pauvres a été délaissé et des parts peuvent être reprises. La classe moyenne mondiale devrait passer de 2 milliards d'habitants en 2013 à 5 milliards en 2030, a rapporté Philippe Nauche, directeur des affaires publiques chez Sopexa, l'agence de marketing alimentaire fondée par Edgar Pisani dans les années 1960. Ainsi, les produits qui connaissent la plus forte croissance sont les produits haut-de-gamme, a affirmé Laurent Scheer, directeur des affaires publiques chez Pernod-Ricard. C'est le cas des vins et spiritueux comme le cognac, qu'exporte le groupe.
Bertrand Girard, directeur du groupe coopératif Vinadéis (ex-Val d'Orbieu, en Languedoc), a développé une approche complémentaire de ce point de vue : « Avec les produits haut-de-gamme, on ne s'adresse qu'à un tiers de la pyramide. Or, un problème de l'export français est que l'on ne sait plus capter le cœur de la pyramide ». Et d'ajouter que la filière viticole française, qui a arra-ché des vignes dans les années 2000, importe maintenant 5 à 6 millions d'hectolitres de vin espagnol par an. « Je sais aussi bien vendre 500 euros une prestigieuse bouteille de bordeaux comme une bouteille à 1,50 », a-t-il lancé.
Loin de s'appesantir sur les pertes, l'objet de la journée était d'identifier les causes du recul français et d'ébaucher des solutions. Si l'offre française n'est pas adaptée à la demande, il est utile d'écouter ce que souhaitent les pays acheteurs : la Turquie et l'Égypte recherchent des jeunes bovins de moins de 300 kilos, a insisté Jean-Luc Angot, inspecteur général de la santé publique vétérinaire. C'est cette écoute de la demande qui a permis à la Corse de produire des vins blancs : les touristes ont demandé des vins s'accordant avec les repas de poissons, spécialités de l'île, a indiqué Christian Mantéi, directeur général de l'agence Atout France, qui dépend du ministère des Affaires étrangères. Enfin, l'administration a son rôle, notamment diplomatique, pour ouvrir des marchés comme ceux de l'Indonésie, de la Malaisie et de la Corée du Sud. « Il faudrait 4 à 5 fonctionnaires en plus pour la végétal », a demandé François Lafitte, président de Gefel, la Gouvernance française des associations de producteurs de fruits et légumes.