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Sécheresse Comment l’agriculture se prépare pour 2012

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L’année 2011 a été exceptionnellement sèche. Le manque d’eau au printemps a couté très cher aux éleveurs et cet automne la recharge des nappes prend du retard faute de pluie. A plus ou moins long terme, les agriculteurs vont devoir apprendre à mener leurs cultures avec moins d’eau. En attendant, des crédits ont été débloqués pour la construction de capacités de stockage supplémentaires. Et, en parallèle, le gouvernement a lancé un plan d’adaptation au réchauffement climatique qui prévoit 20% de réduction de consommation d’eau en agriculture. Introduction de cultures moins gourmandes en eau, diversification des productions, matériel d’irrigation plus efficace, organisation collective des prélèvements sur la ressource… Des solutions existent déjà. Elles demandent à être améliorées. Mais certains événements restent imprévisibles et des dispositifs d’urgence comme l’assurance climatique ou les contrat pailles doivent également continuer à être développés.

L’année 2011 a été une des dix années les plus sèches depuis 50 ans. Son bilan hydrologique a été déficitaire de plus de 10 % sur l’ensemble du pays avec des pics de déficit de plus de 25 % en Charente, Dordogne et Aveyron. Voilà ce que nous affirme la Commission de suivi hydrologique, dite « comité sécheresse », qui rassemble usagers, élus, membres de comité de bassins et experts.
« Les prochaines semaines seront cruciales pour la recharge des nappes et le bon fonctionnement des milieux », prévient un communiqué du ministère de l’Environnement. En fonction de l’évolution de la situation, la commission de suivi hydrologique pourra être amenée à se réunir avant la fin de l’hiver afin d’anticiper les difficultés potentielles pour l’année 2012. L’agriculture se prépare-t-elle à de nouvelles années de sécheresse ? Réponse dans les agences de bassin tout d’abord.

Plan de réduction de 20% des consommations d’eau
Après les expériences des sécheresses de 2003, 2007 et 2011, sur le terrain, des initiatives se mettent déjà en place pour s’adapter à cette nouvelle donne. Le bassin Rhône-Méditerranée-Corse (préfecture et agence de l’eau) a d’ores et déjà annoncé le lancement d’un plan d’action pour anticiper les conséquences du changement climatique durable sur l’eau. Ce plan se fixe pour objectif une réduction de 20% des consommations d’eau d’ici 2020 comme le prévoit le plan national d’adaptation au changement climatique lancé en juillet 2011 (voir encadré). Parmi les mesures envisagées : l’optimisation des cultures et le choix de nouvelles cultures moins consommatrices d’eau, la récupération des eaux de pluie ou le recyclage des eaux usées pour arroser les cultures, et en dernier recours, si les économies d’eau ne suffisent pas, la création de nouvelles retenues d’eau pour l’irrigation. « 40% de notre territoire est considéré en pénurie d’eau chaque année, indique Martin Guespereau, directeur général de l’agence de l’eau Rhône-Méditéranée-Corse. Et cet aléa qui touche notamment les agriculteurs va aller grandissant. D’où ce plan ». Un plan qui sera surtout opérationnel en 2013. L’année 2012 sera surtout consacrée à un dialogue entre tous les acteurs pour aboutir à la présentation d’un plan directeur en 2013.

Des MAE peu incitatives
Le bassin Adour-Garonne, qui couvre le quart Sud-Ouest de la France (depuis les Charentes jusqu’en Ariège en passant par le Cantal) est surement l’un des plus touchés chaque année par les restrictions d’usage de l’eau. Sur ce bassin de nombreux agriculteurs irriguent leurs cultures – principalement du maïs. L’Agence de l’eau Adour-Garonne finance déjà à hauteur d’un million d’euros par an des investissements dans du matériel d’irrigation économe, des actions de conseil auprès des irrigants et des diagnostics des réseaux d’irrigation existants. De plus, le second pilier de la Pac prévoit des mesures agro-environnementales territoriales (MAEt) pour inciter les agriculteurs à supprimer ou limiter les prélèvements d’eau durant 5 ans sur leur exploitation. Mais « pour l’instant ces mesures ne remportent pas vraiment l’adhésion », admet Mathias Daubas, responsable de l’unité gestion quantitative de l’agence de l’eau Adour-Garonne.

Déjà des solutions
« En termes d’économies d’eau, il n’y a pas que les efforts à la parcelle qui comptent, explique Mathias Daubas, on peut aussi mettre en place une organisation à l’échelle d’un territoire (bassin versant) en prévoyant des “tours d’eau” – c’est-à-dire un calendrier de prélèvements où chaque usager peut utiliser l’eau à un moment donné en fonction du débit des rivières. Cela peut se faire de manière très fine sur le terrain en fonction des assolements en place, par exemple, pour avoir une estimation des besoins journaliers en eau».
3Ce dispositif ne se matérialise pas forcément par des économies à la parcelle mais il a un effet positif sur le débit des cours d’eau. Cela se pratique déjà sur certains petits bassins de Dordogne et de Charente-maritime dans des secteurs où la pression sur la ressource est très importante. Dans ces zones, où des efforts importants ont déjà été réalisés, il sera plus difficile de réduire les consommations d’eau de 20% comme le préconise le plan national d’adaptation au changement climatique. « Leur point de départ est plus bas que les autres, il va donc falloir faire plus d’efforts pour les accompagner », souligne Mathias Daubas.

Les retenues collinaires ont du mal à voir le jour
Pour contrecarrer le manque d’eau, la profession agricole pousse à la création de nouvelles retenues collinaires. Quand on lui demande de quelle manière résoudre le problème de sécheresse, Xavier Beulin, président de la FNSEA répond : « Le stockage de l’eau ! ». Selon son organisation, il faut réaménager la réglementation concernant les retenues collinaires notamment, et donner les moyens aux Agences de Bassin. Les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement ont annoncé, le 16 novembre, le lancement d’un plan d’adaptation de la gestion de l’eau en agriculture prévoyant notamment la création de 40 millions de m3 de nouvelles capacités de stockage. Le problème n’est pas financier : l’agence de l’eau Adour-Garonne prévoit une enveloppe annuelle de 11 millions d’euros qui, à l’entendre, est sous-utilisée. Les freins se situent plus sur la maîtrise d’ouvrage (montage du projet) et l’acceptabilité sociale de ces retenues. Les blocages sont incessants, aux yeux des agriculteurs. D’où l’intérêt pour une des mesures du plan qui consiste, une fois les enquêtes d’impacts réalisées dans les règles et les délais de recours échus, à empêcher toute forme de remise en cause d’un projet. Cependant, « il y a de moins en moins d’endroits où l’on peut construire de nouvelles retenues », indique Mathias Daubas, notamment pour des questions d’impact sur les milieux (zones humides…)... Dès 2012, l’Agence de l’eau va donc également soutenir, à hauteur de 80%, les éventuelles mesures compensatoires nécessaires pour réduire l’impact environnemental de la construction d’une retenue (restauration de zones humides par exemple).
A plus long terme la réflexion va devoir porter sur les possibilités socio-économiques pour changer les assolements, car il faut trouver des débouchés à ces nouvelles cultures moins gourmandes en eau que les pouvoirs publics appellent à implanter. Mais si elles sont moins assoiffées, ces cultures ont tout de même besoin d’eau. Et si l’agriculteur n’est pas sûr de pouvoir compter sur une ressource d’eau, il ne peut pas s’engager à moyen terme, dans des contrats et des emprunts.

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