Les ministres de l’Agriculture de l’UE se retrouvent le 20 mars à Bruxelles pour, une fois encore, faire le point sur la situation des marchés agricoles. Beaucoup de pays subissent, dans des domaines différents, les conséquences de la guerre en Ukraine et souhaitent la mobilisation de la réserve de crise de la Pac. Les Vingt-sept aborderont également la question du commerce international et notamment les discussions en cours pour finaliser l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Autres sujets à l’ordre du jour : le règlement sur la restauration de la nature et la mise à jour de l’initiative européenne sur les pollinisateurs.
Marchés : la réserve de crise convoitée
Comme c’est désormais le cas à chacune de leurs réunions, les ministres de l’Agriculture de l’UE se pencheront le 20 mars sur la situation des marchés agriculture chahutés par les conséquences de la guerre en Ukraine. De nombreux États membres lorgnent les 450 millions d’euros de la réserve de crise agricole de la Pac pour soutenir leurs secteurs les plus touchés. C’est notamment le cas de plusieurs pays de l’UE limitrophes de l’Ukraine qui subissent les mesures de libéralisation des échanges pour les produits agroalimentaires ukrainiens. La Pologne alerte dans une note préparatoire à cet échange de vues qu’en 2022 les importations de produits agroalimentaires bon marché d’Ukraine (maïs, huile de tournesol et colza) vers la Pologne ont été multipliées environ par trois (à 2,76 Md€). Kiev étant ainsi devenue le second fournisseur de produits agroalimentaires sur le marché polonais. De même, la Slovaquie dénonce l’afflux de blé, d’orge et de maïs ukrainiens sur son marché qui perturbe l’activité de nombreux agriculteurs locaux. Lors de leur réunion informelle du 10 mars, les ministres du Commerce de l’UE se sont également inquiétés de l’impact de la hausse des importations de volaille et d’œufs en provenance d’Ukraine. La Commission a proposé d’intégrer dans son règlement libéralisant pour une année supplémentaire les importations d’Ukraine une mesure de sauvegarde afin de réagir rapidement en cas de perturbations graves du marché.
Autre secteur, autres pays : le lait. La Lituanie et la Lettonie soutenues par la Bulgarie tireront la sonnette d’alarme face à l’envolée des coûts de l’énergie et des aliments pour animaux alors que le prix d’achat du lait cru dans leur pays n’a cessé de diminuer ces derniers mois. Ces États membres vont eux aussi demander l’activation de la réserve de crise. Ils souhaitent également que la Commission européenne réfléchisse à réviser, pour les augmenter, les prix d’achat du lait écrémé en poudre et du beurre dans le cadre de l’intervention publique.
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Les Vingt-sept auront enfin un échange de vues sur les conclusions rendues au mois de janvier par le groupe de réflexion européen sur la viande de porc.
Commerce international : Mercosur et Royaume-Uni
Autre sujet récurent au menu : les aspects agricoles liés au commerce international. Les Vingt-sept feront le point sur l’état des échanges agroalimentaire mais aussi sur les négociations d’accord qui se poursuivent notamment avec l’Australie, l’Indonésie, l’Inde et les pays du Mercosur. Concernant ce dernier dossier, l’Autriche présentera une note dans laquelle elle exprime une nouvelle fois sa réticence à la finalisation d’un accord avec le bloc sud-américain en l’absence de clauses miroir, et demande une étude sur les impacts cumulé des accords de libre-échange ainsi que le renforcement de la surveillance et des contrôles des importations agricoles.
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Les ministres devraient également se pencher sur le récent accord-cadre de Windsor, qui a été conclu avec le Royaume-Uni le 27 février, et qui, une fois ratifié, remplacera le protocole sur l’Irlande du Nord et stabilisera les relations commerciales avec le plus grand marché d’exportation de l’UE pour les produits agroalimentaires.
Restauration de la nature et pollinisateurs
Les ministres, qui se sont jusqu’à présent montrés plutôt méfiants vis-à-vis du règlement sur la restauration de la nature auront une nouvelle discussion sur la proposition de la Commission européenne. Lors de la réunion des experts du Comité spécial Agriculture le 13 mars de nombreuses délégations ont souligné la nécessité de prendre en compte les conditions propres à chaque État membre et d’équilibrer les préoccupations en matière d’environnement et de sécurité alimentaire. Beaucoup d’États membres ont aussi mis en avant la nécessité d’un financement suffisant pour aider les agriculteurs (en plus de celui prévu au titre de la Pac), le besoin de cohérence avec la Pac et la nécessité que les opinions des ministres de l’Agriculture soient prises en compte par le Conseil Environnement responsable du dossier. Les ministres de l’Agriculture sont invités à citer les aspects, selon eux, les plus importants du texte (restauration des populations de pollinisateurs, stock de carbone organique dans les sols, caractéristiques paysagères à haute diversité…) ainsi que les meilleurs indicateurs pour mesurer l’effet de la restauration de la biodiversité dans les écosystèmes agricoles (oiseaux des champs, inversion du déclin des pollinisateurs, indicateurs déjà définis dans la Pac…).
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Enfin, la Commission européenne présentera aux ministres la version révisée de son plan Pollinisateurs publié fin janvier qui met à jour cette initiative visant à inverser le déclin des insectes pollinisateurs sauvages en Europe d’ici à 2030. Cette initiative prévoit de renforcer trois axes du plan actuel : le recueil de données sur le déclin des pollinisateurs, la lutte contre ce déclin notamment en agissant sur les habitats et les pesticides, et enfin la mobilisation de la société civile.