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Critiquée de toutes parts

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À peine présentées, les propositions de budget et de Pac pour l’après 2027 ont été étrillées par l’ensemble des parties prenantes du secteur agricole. Les coupes budgétaires, la fusion des deux piliers, les largesses accordées aux États membres sont l’objet de toutes les critiques. Au Parlement européen, on craint aussi que la Pac ne soit plus qu’une procédure technocratique sans cap politique. Les organisations agricoles se sentent trahies après les grandes promesses faites dans le cadre du dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture. Elles se préparent déjà à des mobilisations dès cet automne.

« Inacceptables », « triste jour pour l’agriculture », « un camouflet », « la fin de la Pac ». Les propositions du commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen, sur la Pac et son budget ont reçu un accueil glacial de la part des eurodéputés de la commission de l’Agriculture (Comagri) auxquels il est venu les présenter, dans la foulée de leur publication le 16 juillet. « Vous aviez promis de ne pas déshabiller l’agriculture. Mais c’est ce que vous faites », a résumé le premier vice-président de la Comagri, le Roumain Daniel Buda (PPE, droite). C’est principalement la perte de 20 % du budget et la suppression du second pilier qui ont fait l’objet des attaques des parlementaires, de tous bords politiques. L’autre critique principale concerne la renationalisation de la Pac qui aboutira, selon beaucoup d’eurodéputés, à 27 plans différents. Plusieurs, notamment les Français Céline Imart (PPE) et Éric Sargiacomo (S & D), dénoncent aussi une perte de contrôle politique sur cette Pac. Une « simple procédure » qui ne « porterait plus aucune ambition collective, ni cap centré sur la production agricole », pour la première. « Un renoncement politique sous couvert de simplification technocratique », pour le second.

« Colère grandissante »

Même son de cloche du côté des organisations agricoles. Un « mercredi noir pour l’agriculture européenne », ont réagi les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) qui manifestaient parallèlement à la présentation devant les locaux de la Commission européenne. Le principal syndicat européen estime que l’exécutif démantèle les fondements mêmes de la Pac, citant notamment les coupes budgétaires, la dissolution des deux piliers ou la perte du caractère commun de la Pac. Et « nous savons précisément qui seront le plus durement touchés : les exploitations familiales, pierre angulaire de notre modèle », s’alarme le Copa-Cogeca qui appelle la Commission à « bien écouter » la « colère grandissante » du secteur.

Lire aussi : Une Pac simplifiée et largement renationalisée

Via Campesina promet déjà « de nouvelles mobilisations » dès cet automne. L’organisation paysanne qualifie, en effet, la proposition budgétaire de « désastreuse » qui trahit à la fois les objectifs politiques de l’UE et les promesses faites aux agriculteurs dans le cadre du Dialogue stratégique. Elle déplore aussi un démantèlement « menaçant les revenus et l’existence de nombreux agriculteurs ». Et de pointer aussi la suppression « dangereuse et irresponsable » des budgets spécifiques liés aux mesures agroenvironnementales et climatiques. L’organisation européenne de l’agriculture bio, IFOAM, demande qu’au moins un tiers du budget de la Pac soit consacré à la protection des services écosystémiques, dont l’agriculture biologique. « Sans une orientation claire vers la durabilité, un nivellement par le bas entre les États membres s’ensuivra », prédit-elle.

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Peser sur le long processus législatif

Farm Europe dénonce, aussi, une trahison vis-à-vis des agriculteurs qui avaient manifesté dans les rues de Bruxelles au printemps 2024. Au-delà des critiques sur les coupes budgétaires et la renationalisation, le think tank prévient que « les paramètres fixés pour la dégressivité et le plafonnement sont déconnectés de la réalité de l’agriculture européenne et envoient un message contraire à la volonté de concentrer la Pac sur ceux qui produisent ». Selon leur analyse, les exploitations commenceraient à voir les paiements être réduits à partir de 80 ha.

Le CEJA (jeunes agriculteurs) se montre un peu moins critique, du moins sur le fond, saluant l’effort de simplification et le renforcement des soutiens au renouvellement générationnel. Par contre il dénonce « une gouvernance fragile, qui laisse une trop grande marge d’interprétation aux États membres et crée une complexité accrue pour l’agriculture avec des définitions, des interventions et des rapports dispersés entre différents textes législatifs et instances décisionnelles ». Le CEJA s’attend, désormais, à s’engager dans un processus législatif long et complexe et compte sur le soutien des colégislateurs.

« Nous, Parlement européen, aurons la tache de réintégrer le caractère commun de la Pac », a déjà assuré l’eurodéputé allemand Norbert Lins (PPE).