Dans une série d’études sur les cultures énergétiques émergentes, l’Ademe appelle à la prudence vis-à-vis du paulownia, du bambou et de la silphie. Elle propose aussi un cadre pour le miscanthus.
À l’occasion d’une conférence de presse le 23 février, l’Ademe a présenté les résultats de son étude sur l’impact environnemental des cultures énergétiques émergentes, se concentrant sur le paulownia, le bambou et la silphie, cultures très récentes pour lesquelles l’agence appelle les agriculteurs et les pouvoirs publics à la prudence. Ces trois espèces ont plusieurs points communs, a souligné l’agence : les conséquences de leur culture en France sont peu étudiées ; elles sont pour l’instant associées à des pratiques de gestion dites intensives (irrigation, fertilisation) ; elles sont exotiques et donc associées à un risque de développement de plantes envahissantes ; elles engendrent des changements d’affectation des sols et une pression accrue sur la ressource en eau.
« Nous sommes très prudents », a également déclaré Sophie Rabeau, de la chambre d’agriculture de Normandie, région dans laquelle elle recense une dizaine d’hectares de bambou, quelques hectares de silphie, et des projets de plantation de paulownia. "Les fournisseurs de plants sont très agressifs et promettent de gros rendements. Nous voulons, de notre côté, faire un suivi des parcelles déjà plantées. » Dans un communiqué paru en juin, Chambres d’agriculture France avait déjà appelé les agriculteurs intéressés par le paulownia à la « vigilance ».
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Un cadre pour le miscanthus
Beaucoup mieux connu, le miscanthus fait lui aussi l’objet de la prudence de l’agence. Avec le parc naturel belge Burdinale-Mehaigne, elle propose d’éviter l’implantation de la culture dans plusieurs situations, à commencer par les « zones sans labour, c’est-à-dire des milieux extensifs : prairies permanentes, milieux marginaux, jachères ; et même des milieux marginaux comprenant des talus, des friches industrielles, des bords de route et de champs ». Dans ces zones, elle serait « préjudiciable pour la biodiversité et, dans certains cas, pour le stockage de carbone ». L’agence plaide aussi pour éviter son implantation en zone inondable, fonds de vallée et le long des cours d’eau, « car il y a un risque de dispersion de rhizomes ». De même, en lisière de forêt, elle « perturberait le fonctionnement des écosystèmes ».
L’Ademe recommande aussi d’éviter de remplacer une mesure agro-environnementale par du miscanthus, « car la culture du miscanthus, même si elle peut être un abri pour la faune, ne constitue pas une ressource alimentaire pour elle ». Et d’ajouter que « ce genre de mesure agroenvironnementale demande une composition végétale avec des espèces locales diversifiées qui sont adaptées localement et non une monoculture d’une espèce exotique ». Elle recommande de l’utiliser en complément de ces mesures, sur de petites surfaces, et de surveiller une éventuelle dispersion.