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FILIÈRE LAITIÈRE D-M Gouin : l'effet « incertain » du Farm bill laitier

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Plus de la moitié des exploitations laitières des Etats-Unis ont souscrit au programme de protection des marges mis en place dans le cadre du Farm bill pour 2015. L'impact de ces adhésions sur les marchés laitiers américain et mondial est encore incertain, explique Daniel-Mercier Gouin, professeur en analyse des politiques agricoles, à l'université de Laval au Québec. Si les producteurs se sont assurés massivement pour des niveaux de couverture qui leur permettent de résister, « on se dirige vers l'explosion du budget ». Si à l'inverse, les producteurs s'assurent pour des niveaux inférieurs, « on se dirige vers une régulation du marché par les baisses du niveau d'offre ».

Quels sont les grands principes du nouveau Farm bill américain dans la filière lait ?

Le premier changement à noter, c'est l'abolition du prix d'intervention. C'est une évolution importante par rapport à ce qui se faisait depuis les années 30. Le deuxième changement, c'est la modification du système contracyclique de l'USDA (le ministère de l'agriculture des Etats-Unis, ndlr). Désormais l'Etat intervient si la marge (sur coût d'alimentation) descend en dessous de 4$ des 100 livres de lait (0,07 €/litre). La première intervention – moins étendue qu'auparavant – consiste à retirer des produits à prix du marché et à les donner à des banques alimentaires.

La deuxième intervention, c'est le programme de garantie des marges (DMPP). Les producteurs doivent s'y inscrire pour en bénéficier, pour une somme non dissuasive de 100$. Une fois inscrit, la couverture minimum – et gratuite – est celle d'une marge de 4$/100 livres de lait calculée sur le prix US moyen et un coût alimentaire moyen. Ils peuvent aussi s'assurer pour une marge de 8$. L'assurance est plus chère pour une production supérieure à l'équivalent de 200 vaches.

Plus de la moitié des exploitations laitières se sont inscrit à ce programme. Qu'est-ce que cela signifie ?

La moitié des agriculteurs se sont inscrits au programme, et parmi eux, la moitié s'est inscrite pour le programme minimum à 4$. Ceux qui ont pris des couvertures supplémentaires ont dû faire une analyse de leur situation. Pour la couverture maximale de 8$/100 livres (0,14 €/litre), le point mort se situe autour de 500 vaches sur la période 2007-2014 (au delà de 500 vaches, la couverture n'est pas rentable, ndlr). Pour 500 vaches, le coût des primes aurait représenté un montant d'environ 85 000 $US par année (entre 2007 et 2014, ndlr). Pour une assurance qui lui apporte un paiement net modeste, aurait-il accepté d'immobiliser une telle somme ? Chaque producteur doit faire ses propres analyses selon son aversion au risque.

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Quel pourrait être l'effet de ses adhésions ?

C'est incertain aujourd'hui. Il faut se demander quel est le niveau de couverture qui permettra aux producteurs de poursuivre leur activité. Cela dépend de chaque producteur. Si les producteurs s'assurent massivement pour des niveaux de couverture qui leurs permettent de résister, on se dirige vers l'explosion du budget. Si à l'inverse, les producteurs s'assurent pour des niveaux inférieurs, on se dirige vers une régulation du marché par les baisses du niveau d'offre.

Quel est le risque pour les marchés mondiaux si les producteurs US sont couverts sur leurs marges, et qu'il n'existe pas d'outil pour diminuer l'offre en cas de baisse des prix?

Les Etats-Unis sont maintenant un exportateur net. En cas de baisse des prix mondiaux, s'il n'y a pas d'ajustement de l'offre américaine, dans le cas où les exploitations laitières s'assurent à des niveaux qui leur permettent de résister à une crise, il n'y aura donc pas d'ajustement des exportations américaines. Ils continueront à produire quel que soit le prix. S'il y a un ajustement de l'offre, il y aura ajustement des exportations. Le résultat sur l'offre est donc encore incertain.