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De la Ferme à la table : le Parlement européen adopte un projet critiqué

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Les commissions de l’Agriculture et de l’Environnement du Parlement européen ont adopté conjointement leur projet – non contraignant – de rapport sur la stratégie De la ferme à la table qui valide les grandes lignes des propositions de la Commission européenne. Mais les parlementaires insistent sur les alternatives et les soutiens dont auront besoin les agriculteurs. Pour les organisations agricoles, ce projet franchit « les lignes rouges » en allant encore plus loin que les propositions initiales de Bruxelles en matière de pesticides.

Les députés des commissions de l’Environnement et de l’Agriculture du Parlement européen ont adopté à une large majorité (par 94 voix contre 20 voix et 10 abstentions), le 10 septembre, leur projet de rapport sur la stratégie De la ferme à la table, validant les 48 amendements de compromis qui avaient été préparés en amont du vote. Dans ce texte qui n’a aucune portée légale, la Commission européenne est invitée à traduire rapidement cette stratégie en actions, législatives et non législatives, accompagnées de mécanismes de soutien financier appropriés pour la transition, notamment pour les producteurs primaires.

Les parlementaires confirment l’objectif de réduction des engrais de 50 % mais se contentent sur les pesticides de demander des objectifs contraignants de réduction sans fixer de chiffre. Les États membres devraient mettre en œuvre de tels objectifs lors de la révision de leurs plans stratégiques de la Pac, estiment-ils également. Et de préciser que la mise en œuvre de ces objectifs pourra être faite via des approches préventives, comme les pratiques biologiques et agroécologiques, les pratiques agricoles durables, l’agriculture de précision et la gestion intégrée des cultures et des insectes ravageurs des cultures. Pour cela, la Commission devrait élaborer un plan visant à minimiser les intrants synthétiques dans l’agriculture et les États membres devraient effectuer un suivi systématique de la biodiversité sur les terres agricoles, notamment des pollinisateurs.

Limiter les semences traitées

Le rapport d’initiative conjoint de la Néerlandaise Anja Hazekamp (Gauche) pour la Comenvi et de l’Italien Herbert Dorfmann (Démocrates-chrétiens) pour la Comagri rappelle que la procédure d’approbation des pesticides doit être améliorée et leur mise en œuvre mieux contrôlée. Et les députés réitèrent leur demande de veiller à ce que la révision de l’évaluation des risques pour les abeilles aboutisse au niveau de protection prévu par le guide apicole de 2013. Ils demandent à ce titre que « les utilisations prophylactiques des pesticides, y compris le traitement des semences avec des pesticides systémiques, soient limitées autant que possible ».

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Les parlementaires insistent aussi sur la politique commerciale de l’UE : à moins que les normes de production animale des pays tiers ne soient alignées sur celles de l’UE, les importations de produits animaux en provenance de ces pays ne devraient pas être autorisées, proposent-ils notamment pour ce qui est du bien-être animal. Pour Anja Hazekamp, « l’UE a un droit de regard majeur sur la manière et le lieu de production de nos aliments. Les politiques agricoles et commerciales actuelles de l’UE favorisent les modèles agricoles nuisibles à l’environnement et ouvrent la voie aux importations de produits non durables. Il faut que cela change ».

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Chaîne d’approvisionnement et consommateurs

Sur le volet de la chaîne d’approvisionnement les eurodéputés mettent en avant la répartition équitable de la valeur ajoutée tout de long de la chaîne et soutiennent la mise en œuvre de nouveaux dispositifs d’étiquetage de l’origine et de la durabilité des produits. Les deux commissions parlementaires estiment également que les règles des marchés publics devraient  être modifiées pour encourager la production alimentaire durable (y compris les aliments traditionnels et typiques avec des indications géographiques). Comme aime à le rappeler le rapporteur de la Comagri Herbert Dorfmann : « La responsabilité d’une agriculture plus durable doit être un effort conjoint où les consommateurs ont également un rôle clé à jouer. »

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Les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) ont dénoncé ce rapport parlementaire qui remet, selon elles, « tout simplement en cause notre alimentation », citant en particulier les propositions sur l’avenir des produits phytosanitaires. Pour le Copa-Cogeca, « le texte final contient quelques propositions et avancées intéressantes, notamment en ce qui concerne l’innovation, l’agriculture carbone ou le commerce. Cependant, un nombre limité de propositions mais aux conséquences très importantes franchissent les lignes rouges » sur l’avenir des produits phytosanitaires ou sur une taxe sur certains produits alimentaires.

Le Parlement européen dans son ensemble devrait examiner ce projet de rapport en plénière au mois d’octobre.

Une nouvelle étude alarmiste

La stratégie européenne De la ferme à la table pourrait entraîner une baisse de production dans l’UE d’environ 20 % pour les grandes cultures et le bœuf et une hausse des prix qui pourrait atteindre 60 % pour certaines productions, alertent dans une nouvelle évaluation publiée le 13 septembre des associations agricoles allemandes (réunie au sein de l’alliance Grain Club), ainsi que le Coceral (commerce européen des grains) et le Fediol (industrie européenne des oléagineux). Ce travail mené par le professeur Christian Henning, directeur de l’Institut d’économie agricole de l’université de Kiel, estime la diminution de la production à -20 % pour la viande bovine, -6,3 % pour le lait, -21,4 % pour les céréales et -20 % les oléagineux. Le nombre d’animaux serait réduit de 45 % pour les bovins d’engraissement et de 13,3 % pour les vaches laitières et les jeunes bovins. Les superficies consacrées aux céréales et aux oléagineux reculeraient, elles, que de 2,6 % et 6 % respectivement. Parallèlement, les prix des produits agricoles dans l’UE augmenteront : +58 % pour la viande bovine, +48 % pour la viande porcine, +36 % pour le lait, +18 % pour les oléagineux et +12,5 % pour les céréales. C’est l’objectif de réduction de 50 % de l’usage des engrais qui aurait l’impact le plus important sur ces baisses. Et, prévient aussi l’étude, ces réductions seront en partie compensées ailleurs dans le monde alors que « le territoire de l’UE offre d’excellentes conditions pour la production de gros volumes de denrées alimentaires de haute qualité ».