Les conséquences potentielles de la stratégie De la ferme à la table continuent d’inquiéter le secteur agricole. La Commission européenne aurait réalisé une étude, qu’elle refuse de publier, qui prévoit une baisse de 10 % de la production de l’UE.
Alors que les discussions sur la future Pac entre le Parlement européen et les États membres se cristallisaient autour de la question de l’ambition environnementale du texte, les pays d’Europe centrale et orientale – groupe de Visegrad (République tchèque, Hongrie, Pologne et Slovaquie) avec la Bulgarie, la Croatie et la Roumanie – ont présenté une déclaration commune dans laquelle ils appellent à la prudence dans la mise en œuvre de la stratégie « De la ferme à la table » pour les agriculteurs. Ils soulignent que les objectifs de réduction de l’utilisation d’engrais, de pesticides et d’antibiotiques devraient être fixés au niveau européen pour tenir compte des points de départ différents selon les pays. Pour atteindre les objectifs ambitieux proposés, des « moyens appropriés » sont nécessaires, selon ces pays qui demandent, une nouvelle fois à la Commission de publier une étude approfondie de l’impact de la stratégie en question sur la sécurité alimentaire, la compétitivité et les prix des produits agricoles.
Une étude que la Commission refuse de publier
Selon le think tank Farm Europe, le service de recherche et d’études de la Commission européenne a réalisé une première étude de l’impact de la stratégie sur le secteur agricole mais celle-ci est « bloquée depuis plus de six mois par le vice-président Timmermans » pour ne pas être rendue publique avant la fin des négociations sur la Pac. D’après Farm Europe, cette étude conclurait à « une régression de la production globale agricole européenne de 10 % ». La stratégie vise à une réduction de 50 % de l’usage des pesticides chimiques d’ici à 2030 et de 20 % celui des fertilisants ainsi qu’à atteindre 25 % de surfaces en agriculture biologique.
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Le think tank qui a mené sa propre évaluation de l’impact de la stratégie estime qu’avec 4 % de surface d’intérêt écologique non productives l’impact sur la production serait de : - 7 % pour le blé, - 5 % pour le maïs, -5 % pour les betteraves, - 20 % pour les oléagineux, - 4 % pour la viande rouge, -2 % pour le lait, -1 % pour le poulet et sans impact sur le porc. Avec 10 % de surfaces non productives (comme le préconise la stratégie Biodiversité 2030), les conséquences seraient encore plus importantes. Et Farm Europe souligne que ces baisses de production généreraient une rétraction des exportations de l’UE de 10 à 20 % selon les hypothèses pour les céréales, le sucre et les vins ainsi qu’une hausse importante des importations de protéines végétales (soja) pour faire face au déclin des productions oléagineuses européennes. « Il est donc essentiel que le Parlement européen, les États membres et l’ensemble des parties prenantes se mobilisent pour remplacer une démarche incantatoire conduisant inéluctablement à des sorties de route, pour construire un plan d’investissements et d’innovation en agriculture qui, seul, pourra permettre d’atteindre les objectifs attendus de tous les Européens », conclut l’organisation agricole.