Dans une étude publiée le 13 janvier, le WWF annonce avoir recensé 24 principaux fronts de déforestation tropicaux dans le monde, avec de nouveaux fronts africains. Une dynamique qui ne pourra être enrayée qu’en conjuguant les efforts d’un bout à l’autre des chaînes d’approvisionnement, plaide l'ONG.
La nouvelle étude du WWF devrait donner des sueurs aux dirigeants politiques. Alors que ceux-ci peinent à mettre en œuvre la stratégie contre la déforestation importée (SNDI) française, et s’interrogent sur la manière d’imposer la transparence aux produits agricoles entrant sur l’espace communautaire, l’association dresse un constat alarmant.
Non seulement la déforestation s’étend peu à peu sur tous les continents, mais elle est également liée à de nombreuses matières premières, au-delà des célèbres exemples du soja brésilien et de l’huile de palme indonésienne.
« De nouveaux fronts sont apparus en Afrique de l’Ouest », alerte le WWF, notamment en Côte d’Ivoire, ainsi qu’en Afrique de l’Est (Madagascar), ou dans des pays jusque-là épargnés d’Amérique latine comme le Venezuela et le Guatemala. « Plus de 43 millions d’hectares ont été perdus sur ces fronts entre 2004 et 2017 », s’alarme l’association. Plus inquiétant encore, 45 % des forêts encore sur pied « ont subi une forme de dégradation », mettant en danger leur résilience face au changement climatique en cours.
Huile de palme, cacao, biocarburants
Pourquoi des pays se mettent-ils à couper leurs arbres ? Le moratoire amazonien, détaille Arnaud Gauffier, a contrôlé au début des années deux mille les défrichements liés à l’élevage et au soja au Brésil. Mais il a repoussé les exploitants vers de nouvelles terres, dans le Chaco ou le Cerrado.
« En Afrique centrale, de gros investissements, et notamment chinois, commencent à chercher des nouvelles terres pour l’huile de palme, via des sociétés malaisiennes », poursuit Arnaud Gauffier, citant le Gabon, ou le Cameroun. La hausse de la demande sur l’huile de palme, le cacao et les biocarburants, complète-t-il, font le reste. Et lorsque l’agriculture n’est pas en cause, le développement des réseaux routiers, l’ouverture de mines et l’orpaillage prennent le relais.
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Pour limiter le rôle des matières premières agricoles, « le développement de l’agroforesterie reste l’idéal », insiste Arnaud Gauffier. Le cacao et le café, rappelle-t-il, sont à l’origine des espèces se développant dans les forêts tropicales à l’ombre d’arbres, et s’adaptent parfaitement dans ces systèmes. Certaines expérimentations s’attacheraient même actuellement à associer l’hévéa et l’huile de palme à d’autres cultures arboricoles et vivrières. « Derrière, les rendements baissent un peu, mais il faut trouver les moyens de compenser ça via des mécanismes type Redd, ou des paiements pour services environnementaux », détaille Arnaud Gauffier.
Les traders, « nœud gordien du problème »
PSE, certifications, réponses sectorielles, engagements zéro déforestations « sont importantes mais n’ont eu jusqu’à présent qu’un impact limité à grande échelle », reconnaît le rapport de l’association. Pour le WWF, ce n’est qu’en développant des projets locaux, et en garantissant des verrous politiques et économiques tout au long de la chaîne, jusqu’aux consommateurs européens, que la dynamique mondiale pourra être ralentie.
Dans l’exemple du soja, détaille Arnaud Gauffier, les traders demeurent « le nœud gordien du problème », et « doivent proposer une offre zéro déforestation compétitive ». Une offre que les fabricants d’aliments devront valoriser, pendant que, de leur côté, les producteurs européens travailleront sur leur autonomie protéique. Le tout, encadré par le plan protéine français, ou la politique de lutte contre la déforestation européenne en préparation.
Côté consommateur, « quelque chose est très simple et très immédiat pour diminuer son empreinte de déforestation, c’est de consommer moins de protéines animales », répète Arnaud Gauffier. « On a tellement de campagnes sur fonds européens pour promouvoir le foie gras du Sud-ouest. Pourquoi est-ce qu’il n’y en aurait pas pour valoriser les protéines végétales de cette région dans nos assiettes ? »
« Les traders doivent proposer une offre zéro déforestation compétitive »