Au Parlement européen, les propositions de la Commission européenne visant à lutter contre la déforestation importée sont bien reçues, même si des améliorations pourraient être apportées au texte, estiment un certain nombre d’eurodéputés. Par contre, au Brésil, les projets de Bruxelles inquiètent les producteurs de soja.
Les eurodéputés de la commission de l’Environnement du Parlement européen ont globalement estimé, lors de leur réunion du 18 novembre, que la proposition de règlement visant à réduire au minimum le risque de déforestation et de dégradation des forêts associé aux produits mis sur le marché de l’UE mérite d’être améliorée mais constitue un bon point de départ. Les groupes politiques Social-démocrate, Verts, Renew Europe et La Gauche ont pointé les quelques faiblesses des propositions par rapport aux exigences qu’avait formulées le Parlement européen en octobre 2020 – et qui sont globalement les mêmes que celles mises en avant par les ONG.
Elles concernent : le champ d’application incomplet des produits agricoles à cause desquels les forêts sont souvent converties en terres agricoles, comme le caoutchouc et le maïs ; le fait que soit négligé le rôle des banques et institutions financières qui soutiennent les activités agricoles de déforestation ; l’absence de prise en compte des écosystèmes autres que forestiers (savane, tourbière…) ; et la protection insuffisante des droits humains, notamment ceux des populations autochtones. Le commissaire européen à l’Environnement, Virginijus Sinkevicius, venu présenter ses propositions, a simplement répondu que les règlements de l’UE sur la finance durable, sur la taxonomie et la directive révisée sur la durabilité des entreprises viendront compléter ce dispositif et notamment encadrer les investissements du secteur financier qui peuvent contribuer à la déforestation mondiale.
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« Un affront », pour les producteurs de soja brésiliens
Mais ces propositions ne font pas que des heureux. Au Brésil, l’Association des producteurs de soja (Aprosoja) a qualifié, dans un communiqué du 23 novembre de « protectionnisme déguisé en préoccupation environnementale » le projet de Bruxelles. Pour l’association, c’est « un affront à la souveraineté nationale qui met l’utilisation du sol autorisée par la loi brésilienne sur le même plan que la déforestation illégale laquelle est déjà punie par la législation nationale ». Pourtant, les données officielles de l’Institut national de recherche spatiale (INPE) du Brésil ont montré, le 18 novembre, que la déforestation en Amazonie brésilienne a augmenté de près de 22 % en un an. La surface déboisée a dépassé les 13 000 km2 sur la période d’août 2020 à juillet 2021, du jamais vu depuis quinze ans. C’est la troisième année consécutive que la déforestation progresse depuis l’arrivée au pouvoir du président Jair Bolsonaro, qui fait l’objet de critiques internationales pour avoir affaibli la surveillance environnementale dans des zones protégées.