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Déforestation importée : un règlement sous pression

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Le Brésil mais aussi l’Allemagne demandent à la Commission européenne de reporter l’entrée en vigueur de la législation visant à lutter contre la déforestation importée prévue pour la fin d’année.

Comme d’autres pays avant lui – États-Unis mais surtout Malaisie et Indonésie –, le Brésil a demandé, le 12 septembre, à la Commission européenne de reporter l’entrée en vigueur de sa nouvelle réglementation visant à lutter contre la déforestation importée. Dans un courrier transmis lors d’une réunion bilatérale au Brésil, Brasilia appelle l’Union européenne à « réexaminer de toute urgence » sa nouvelle loi, y voyant un « instrument unilatéral et punitif » et une menace pour ses exportations. Le gouvernement brésilien considère la nouvelle réglementation européenne comme contraire au « principe de souveraineté », jugeant qu’elle « discrimine les pays en touchant uniquement ceux qui possèdent des ressources forestières ». « C’est au Brésil d’interdire la déforestation, pas à l’UE de modifier ses règles ! », répond l’eurodéputé centriste Pascal Canfin.

Lire aussi : Déforestation importée : un surcoût de 5 à 10 % pour le soja, s’inquiète la Fefac

Le texte prévoit d’interdire l’importation d’huile de palme, de viande bovine, de soja, de café, de cacao, de bois et de caoutchouc ainsi que de plusieurs de leurs produits dérivés s’ils sont issus de terres ayant été déboisées. Mais la classification des pays en fonction du risque de déforestation qu’ils présentent a pris beaucoup de retard.

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« Besoin de temps pour se préparer »

Et la fronde s’organise aussi au sein de l’UE elle-même où des industriels, plusieurs États membres et le groupe PPE (droite) au Parlement européen poussent depuis des mois pour le report d’une année au moins de l’entrée en vigueur des nouvelles obligations. Une dizaine de ministres de l’Agriculture de l’UE issus des grands pays forestiers de l’UE (Autriche, Finlande, Lettonie, Slovénie, Pologne, Suède…) ont déjà alerté sur les conséquences de la réglementation pour les petits forestiers de l’UE. Dernier en date : le ministre allemand de l’Agriculture Cem Özdemir (pourtant Vert) a écrit, le 13 septembre, à la Commission européenne pour demander, au nom du gouvernement fédéral, de reporter de six mois, au 1er juillet 2025, l’application du règlement. « Si les entreprises s’inquiètent pour leur survie, cela ne peut pas être ignoré à Bruxelles. Elles ont besoin de temps pour se préparer, souligne-t-il. Les chaînes d’approvisionnement risquent de se briser, au détriment de l’économie allemande et européenne, des petits agriculteurs dans les pays tiers et des consommateurs. »

La Commission européenne est, pour l’instant, restée inflexible promettant seulement quelques adaptations dans la mise en œuvre des obligations prévues par le texte. Un report nécessiterait une nouvelle initiative législative de la part de Bruxelles.