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HUILE DE PALME/UE Des eurodéputés réclament des actes et non des études

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Lors d'une audition publique sur le thème de l'huile de palme et de la déforestation, la Commission européenne a été quelque peu bousculée par un certain nombre d'eurodéputés, qui jugent plutôt tiède sa position vis-à-vis des effets des importations d'huile de palme sur les conditions socio-économiques des pays producteurs d'Asie.

L'audition publique s'est tenue à l'initiative de l'eurodéputé Katerina Konecná (Gauche unitaire, Tchéquie), lors d'une réunion de la commission parlementaire sur l'environnement, la santé publique et la sécurité alimentaire, le 17 mars à Bruxelles. Des chercheurs et des représentants d'ONG invités par les eurodéputés ont décrit – moyennant moult chiffres et graphiques – « les effets néfastes » de la production d'huile de palme sur les sociétés locales et l'environnement (incendies, déforestation, pollution, menaces sur la biodiversité, impact sur la faune et a flore). Une représentante de l'ONG Greenpeace a indiqué de son côté, que son organisation ne souhaite pas boycotter la production d'huile de palme en Indonésie, (premier producteur mondial) et milite plutôt pour « une production responsable qui ne mette pas à mal les communautés locales, la faune et la flore ». Elle a fait remarquer qu'aussi bien du côté du gouvernement indonésien que d'un certain nombre de producteurs d'huile de palme locaux, « on s'acheminerait vers une production durable, même si », a-t-elle souligné, « les progrès sont assez lents ». La représentante de Greenpeace a aussi souligné que les normes « RSPO » (Round Table on Sustainable Palm Oil pour Table ronde pour une huile de palme durable) « sont dépassées et qu'elles sont allègrement contournées par les entreprises du secteur d'huile de palme. Ces normes, de toutes les façons, n'ont pas permis jusqu'ici de ralentir la déforestation et il y a un manque de transparence de la part des entreprises car il est difficile de contrôler si les producteurs d'huile de palme ont respecté leurs engagements ». Selon elle, l'Union européenne se doit « d'encourager les pratiques agricoles durables et responsables ». En face de ce témoignage, Sabine Nafziger, secrétaire générale de Caobisco (Association des industries de la chocolaterie, biscuiterie et confiserie de l'UE), s'est faite l'avocate du secteur de l'industrie alimentaire qui utilise l'huile de palme dans une panoplie de produits. Elle a souligné que l'huile de palme constitue « un des ingrédients importants pour l'industrie alimentaire européenne dans la mesure où il présente des propriétés fonctionnelles spécifiques qui en font un ingrédient clé dans la fabrication d'aliments (texture, stabilité à la cuisson, durée de vie, onctuosité, etc.). » Selon elle, l'huile de palme est « une alternative positive aux huiles qui contiennent des acides gras trans ». D'ailleurs, a-t-elle précisé, « la production d'huile de palme durable n'a cessé d'augmenter depuis dix ans pour atteindre quelque 6 millions de tonnes en 2015 ». La représentante de l'industrie a rappelé qu'en décembre 2015, Caobisco avec d'autres organisations du secteur privé européen et des alliances nationales ont signé un engagement visant à soutenir l'initiative « 100 % d'huile durable en Europe d'ici 2020 ».

LA COMMISSION PRÉPARE UNE ÉTUDE DE FAISABILITÉ

De son côté la représentante de la Commission européenne, Emmanuelle Maire, a affirmé que l'UE ne garde pas les bras croisés devant les défis de la production d'huile de palme et a avancé pour preuves la conférence d'Amsterdam du 7 décembre 2015 à l'issue de laquelle une déclaration a été publiée. Les Etats membres de l'UE y ont apporté « leur soutien aux initiatives du secteur privé et du secteur public qui visent à stopper la déforestation à l'horizon de l'an 2020 ». Elle a aussi rappelé une communication de la Commission européenne sur le sujet da-tant de 2008, ainsi qu'un rapport de 2013 sur « l'impact de la consommation d'huile de palme européenne sur la déforestation dans le monde». Emmanuelle Maire a annoncé par ailleurs une « étude de faisabilité d'un programme d'action contre la déforestation dans le courant de l'année 2016 ». Une enquête en ligne sur le problème de la déforestation devrait également être lancée dans les prochains mois.

SCEPTICISME DES EURODÉPUTÉS

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Parmi les eurodéputés qui ont pris la parole, la PPE italienne, Eleonora Evi s'est voulu un brin moqueuse: « Dire de cette monoculture qu'est la production d'huile de palme qu'elle est durable me fait rire quand on pense ne serait-ce qu'au transport nécessaire de cette huile depuis l'Indonésie jusqu'aux marchés européens ». Elle a aussi affirmé que « la certification huile de palme durable ne la convainc pas du tout » et que la Commission « ne peut limiter son action à une sempiternelle étude de faisabilité d'un programme d'action contre la déforestation ». La PPE française, François Grossetête, a posé la question à la Commission quant à ce qu'elle pensait du projet du gouvernement français d'introduire une taxe sur l'huile de palme issue de culture non respectueuses de l'environnement (90 euros par tonne) et si l'exemple de la France pourrait être étendu à d'autres Etats membres. L'eurodéputé allemand, Stefan Eck (Gauche unitaire) a été le plus virulent : « Assez de mensonges, le temps est compté, nous devons dire la vérité, car le manque de volonté politique nous a empêchés de trouver des solutions, nous devons fixer une limite à la destruction de notre planète ». Celui-ci a regretté « de ne voir aucun engagement réel de la part de la Commission et du Conseil pour aborder le problème de la destruction des forêts ».

L'Assemblée modère la « taxe Nutella »

Les députés ont fortement revu à la baisse la surtaxation de l'huile de palme, la fameuse « taxe Nutella », qui après son vote au Sénat avait entraîné, outre les protestations de l'industrie agroalimentaire, celles des deux principaux producteurs mondiaux, l'Indonésie et la Malaisie. Alors que le Sénat avait en première lecture créé une contribution additionnelle très élevée (300 euros la tonne en 2017, 500 euros en 2018, 700 en 2019 et 900 à partir de 2020), les députés l'ont réduite. Elle passera de 30 euros en 2017 à 90 euros en 2020, en deuxième lecture du projet de loi biodiversité le 18 mars. « Nous ne voulons ni d'un boycott de ces deux pays, ni même de l'huile de palme », a plaidé la secrétaire d'État à la Biodiversité, l'écologiste Barbara Pompili.

C'est la troisième fois depuis 2012 que les parlementaires débattent de la « taxe Nutella », en référence à l'utilisation de l'huile de palme dans la célèbre pâte à tartiner de Ferrero. Mais le groupe ne devrait pas être concerné par cette taxe si elle survit au parcours parlementaire. En effet comme d'autres industriels, Ferrero recourt en Indonésie à la certification de la RSPO (Table ronde pour une huile de palme durable) et les députés ont également décidé, contre l'avis de la rapporteure Geneviève Gaillard (PS) et des écologistes, que les huiles issues d'une production « durable » en seraient exonérées.