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Pierrick Horel, président des JA Elections chambres : pour une « véritable planification alimentaire »

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À l’heure des élections aux chambres d’agriculture, le président des Jeunes agriculteurs affirme la solidité de l’alliance avec la FNSEA. Son ambition est notamment de rallier les nouveaux profils d’installés. Pierrick Horel défend l’idée d’une « véritable planification alimentaire qui financera les transitions ».

– Dans le projet de l’alliance syndicale majoritaire, quelles propositions tiennent le plus à cœur aux JA ?

Le défi du renouvellement des générations face à nous est immense. Nous souhaitons poursuivre l’amélioration du dispositif à l’installation par un guichet unique et un accompagnement qui se fasse sur l’ensemble de la carrière jusqu’à l’étape cruciale de la transmission, telle que proposé dans la Loi d’orientation agricole. Nous nous battons pour des jeunes agriculteurs nombreux, bien dans leurs baskets et mieux armés face au changement climatique. Au-delà de l’installation et du revenu, nous serons à la manœuvre pour créer des plans et contrats d’avenir. Il s’agit d’une véritable planification alimentaire qui financera les transitions à opérer là où il y en a besoin.

– Aux élections chambres, les JA se sont toujours présentés aux côtés de la FNSEA ; est-ce que cette alliance fait encore débat en interne chez les JA ?

Nous sommes les héritiers d’une alliance historique qui est naturelle pour nous, et bénéfique pour la profession. Statutairement, nous en débattons en conseil d’administration car il est important de reposer la question. Ce qui est important, c’est le projet et l’entente entre les hommes. Nous nous posons pour construire une vision commune à chaque mandat, sans tabou là il pourrait y avoir des divergences de point de vue, afin de trouver des consensus. Cette même logique est déclinée de la même façon dans chaque territoire.

– Qu’est-ce qui différencie les JA d’une association spécialisée “jeune” de la FNSEA ? Autrement dit qu’est-ce qui justifie que l’on parle d’alliance, puisque vous siégez au bureau de ce syndicat ?

Très concrètement, les associations spécialisées adhèrent à la FNSEA, ce qui n’est pas notre cas. Nous sommes un syndicat à part entière, et nous considérons que pour piloter les chambres d’agriculture à des fins d’accompagnement technique sur le territoire, nous sommes prêts à construire un projet commun avec nos « aînés ». En dehors de ce rendez-vous tous les six ans, il ne vous aura pas échappé que nous travaillons main dans la main. Cela ne nous empêche pas d’avoir des sujets de débats : sur l’agrivoltaïsme, la Pac – les aides à l’hectare, la question de l’actif – et le foncier, qui sont trois sujets importants. C’est sain ! Je considère que l’intelligence collective doit nous permettre de faire des compromis sur certains sujets. C’est ce que nous faisons aussi auprès des pouvoirs publics. Les associations spécialisées sont beaucoup plus proches de la FNSEA et celle-ci n’a pas intérêt que les JA deviennent leur branche jeunes. Je comprends que ce soit irritant pour la concurrence, parce que nous avons une structuration territoriale très forte.

– Un chantier de rapprochement entre FNSEA et JA avait été annoncé il y a quelques années par les secrétaires généraux, où en est-il ?

Plutôt qu’un rapprochement, nous parlons de projet « Passerelle ». C’était mon prédécesseur Arnaud Gaillot, alors secrétaire général, qui avait conduit le projet. Nous avions fixé des objectifs moraux visant à faciliter l’engagement des jeunes dans les FDSEA et la FNSEA. Nous sommes au début de l’écriture d’un chapitre pour davantage de ponts, de facilités d’accès, et de jeunes qui s’engagent à la FNSEA, parce que nous avons eu, pendant plusieurs années, un certain nombre de jeunes, qui n’en ont pas eu le réflexe. À titre personnel, je pense que c’est dommage. Il y a une belle amitié entre nos syndicats et on a besoin de responsables engagés. Si certains veulent voir des évolutions à la FNSEA, qu’ils changent les choses de l’intérieur ! Il faut s’engager et s’impliquer, plutôt que de commenter de l’extérieur.

– La Coordination prédit des tensions entre vos deux syndicats en cas de mauvais score. Que répondez-vous ?

Nous avons toujours su rester unis. La preuve : nous arrivons à trouver des listes d’union dans tous les départements. Il y a des territoires où l’Histoire rend les alliances moins évidentes, et où les visions pour l’agriculture peuvent diverger. Mais ce n’est pas parce qu’il y aurait un échec que nous nous déchirerions ou que les jeunes iraient à la CR – ces gens sont habitués à raconter n’importe quoi pour diviser car c’est leur objectif. Nous ne leur donnerons jamais satisfaction !

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– Quels sont vos objectifs en tant qu’alliance majoritaire, et en tant que syndicat ?

Quand on est dans des élections, on cherche à faire toujours plus. Aussi, nous avons envie d’au moins conserver le score que nous avions aux dernières élections. La majorité absolue nous permet de peser de tout notre poids dans les discussions. Nous sommes à la lutte pour convaincre tous les agriculteurs et pour récupérer les chambres d’agriculture que nous n’avons pas. La Confédération paysanne a sa ligne de conduite, très claire, que nous ne partageons pas. On ne peut pas en dire autant de la Coordination rurale, qui plagie ce que l’on dit et ce que l’on fait. Les agriculteurs feront la différence au moment des votes.

– JA et la FNSEA ont-ils fait une erreur avec la négociation de la hausse du GNR fin 2023, contestée par les manifestants ?

À l’époque, le prix du gasoil était très élevé pour tous les Français. On se voyait mal revendiquer un GNR pas cher en notre qualité d’agriculteurs, qui produisent de la nourriture. L’accord négocié avec le gouvernement était donnant-donnant : une hausse de la fiscalité en échange de compensations à l’euro près. Il n’y a finalement pas eu d’augmentation du GNR et un maintien des relèvements de plafonds sur le micro-BA et les plus-values. Si c’était à refaire, on ferait pareil. Mais peut-être en expliquant mieux la stratégie en amont.

– La CR adopte des modes d’action plus musclés. Cela a-t-il tenté les plus jeunes, notamment vos adhérents ?

Oui, une partie de la jeune génération est plus réceptive à tout ce qui est spectaculaire, relayé sur les réseaux sociaux, avec une narration fausse mais simple à comprendre. Certains d’entre eux sont allés voir du côté de la CR, certains y sont restés, d’autres en sont revenus. La majorité refuse de voir certains comportements dans leur profession : casser, insulter, dégrader l’image d’autres agriculteurs. Pour elle, mener des actions violentes sans rien proposer en face, ça ne constitue pas un projet. Il y a un aspect déceptif dans ce que fait la Coordination rurale, comme promettre un blocus de Paris qui se traduit par quelques photos sur le Trocadéro.

– Y a-t-il selon vous une spécificité du vote des jeunes générations lors des élections aux chambres ?

Leurs attentes sont différentes, parce que le contexte politique, climatique n’est plus le même, le métier a évolué. Oui, les agriculteurs ont changé de vision de leur avenir et projets. Il s’agit de les convaincre que les chambres sont un outil pour démarrer et développer l’activité de leurs exploitations. Un objectif des JA est d’aller chercher ces nouveaux profils, venant de reconversions professionnelles, les installés hors cadre familial, les Nima (non-issus du milieu agricole). Tous n’ont pas la fibre syndicale, la compréhension de l’écosystème agricole. On veut leur dire l’intérêt des chambres et comment y trouver sa place.

– Parmi vos adhérents, avez-vous une idée de la part de ceux qui votent FNSEA, JA, Conf’, CR ?

Personne ne dispose d’outil pour mesurer réellement les intentions de vote des agriculteurs. Mais nul doute que la majorité vote JA/FNSEA. Les JA regroupant des sensibilités différentes, il n’est pas impossible que certains de nos adhérents soient tentés – dans quelques territoires – par le vote Coordination rurale, d’autres par la Confédération paysanne. J’entends aussi, à la différence des élections de 2019, des personnes à la Conf’ (dans mon territoire du sud de la France) par exemple qui veulent voter JA, parce que les discours ont changé.