Abonné

Élections européennes : les demandes divergentes des lobbys agricoles

- - 5 min

Priorité à la compétitivité, au renouvellement générationnel et à l’innovation d’un côté, aux revenus, à la gestion des marchés, à la lutte contre les accords de libre-échange de l’autre. Les propositions que le Copa-Cogeca et la coordination Via Campesina viennent coup sur coup de dévoiler, en vue des élections européennes, pour répondre à la crise agricole s'opposent fortement.

À l’approche des élections européennes (6 au 9 juin), les organisations agricoles de l’UE Copa-Cogeca (organisations majoritaires de l’UE) et Via Campesina ont, chacune de leur côté, publié leur manifeste aux propositions très divergentes. Le Copa-Cogeca fixe sept priorités pour la prochaine mandature, centrées autour de la compétitivité. Il sera « essentiel de garantir la cohérence de toutes les initiatives législatives, et de reconnaître l’importance de l’économie et de la sécurité alimentaire au sein de l’UE », prévient l’organisation professionnelle qui demande que toute nouvelle initiative (environnementale notamment) comporte une analyse d’impact sur sa faisabilité, son impact sur la production, les terres et les zones rurales ainsi que sur le renouvellement générationnel. Et d’ajouter que « le développement de politiques supplémentaires ne devrait pas se faire en sacrifiant le budget de la Pac ». Autres revendications : la réciprocité des normes de production imposées aux importations, des mesures de marché et de gestion des risques plus performantes et réactives, ou encore des dérogations effectives au droit de la concurrence pour protéger les producteurs. Le Copa-Cogeca souhaite que l’autorisation des nouvelles techniques de sélection génomique (NBT) et des molécules phytosanitaires à faible impact soit accélérée ainsi que la mise en place d'une stratégie sur les engrais permettant d’atteindre l’autonomie stratégique en la matière. Par contre, le lobby agricole se montre très prudent sur la viande cultivée en laboratoire, plaidant pour l’application du principe de précaution. Enfin, le Copa-Cogeca réitère sa demande de nommer un commissaire à l’Agriculture assumant un rôle clé de vice-président de la Commission européenne « en vue de respecter le rôle stratégique de la sécurité alimentaire et du caractère abordable des aliments ».

Revenus, gestion des marchés et élevage

De son côté, la coordination européenne Via Campesina plaide pour se concentrer sur des revenus « dignes » tout en répondant aux défis climatiques et environnementaux. « L’avènement du Pacte Vert et de sa Stratégie de la ferme à la table, et notamment de leurs objectifs, semblait contenir la promesse d’une évolution vers des systèmes alimentaires durables. Cependant, au cours des deux dernières années, ces politiques ont été dépouillées de toute ambition et de tout contenu substantiel », regrette Via Campesina. Parmi les propositions : rendre son rôle de régulation des marchés agricoles à la Pac en mettant en place des stocks publics pour stabiliser les prix ; renforcer « de toute urgence » la directive sur les pratiques commerciales déloyales afin de garantir que tous les prix des produits de l’UE couvrent leurs coûts de production ; et mettre fin aux accords de libre-échange. « Les subventions du premier pilier de la Pac doivent être orientées de manière à donner la priorité à la transition agroécologique et durable des fermes », demande également Via Campesina. L’organisation plaide pour rééquilibrer, via les plans stratégiques de la Pac, la présence des élevages dans tous les territoires européens d’ici 2035 en adaptant la taille des cheptels avec les terres disponibles et les besoins en fourrage. Elle défend aussi la mise en place d’une directive européenne sur les terres agricoles pour lutter contre la concentration foncière avec la création d’un Observatoire européen enregistrant les prix de vente et de location des terres, leur qualité des terres, et les bénéficiaires réels des terres agricoles. Enfin, rappelle son opposition à la déréglementation des nouvelles techniques génomiques (NBT).

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Pac ou Green deal : les Français divisés

Les Français sont divisés sur « l’arbitrage entre transition écologique et intérêt économique des agriculteurs », constate le think tank Terra nova dans un article publié le 23 avril, qui présente les résultats d’un sondage. Il ressort de ce travail, réalisé par l’Institut Harris Interactive auprès d’un échantillon de 3 057 personnes, qu’un peu moins d’un Français sur deux (45 %) est favorable à la suppression des critères environnementaux de la Pac, alors qu’une proportion à peine supérieure (46 %) se prononce pour leur maintien. Il en ressort « un tableau beaucoup plus partagé que ce que pouvait suggérer le souvenir des enquêtes réalisées au moment de la crise agricole » quand « environ quatre Français sur cinq déclaraient soutenir un mouvement qui avait placé la Pac et le Green deal parmi ses cibles de prédilection », souligne Terra nova. A l’approche des élections européennes, le think tank prévient donc les partis politiques que ni « une transition écologique technocratique et indifférente aux risques de fracture des sociétés », ni « la radicalisation des postures écolosceptiques des conservateurs et de l’extrême-droite » ne sont « de nature à construire un projet majoritaire dans le pays ».