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Élections européennes : les partis politiques se positionnent sur l’agriculture

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Socialistes, Centristes et Droite de l’UE ont, à quelques jours d’intervalle, présenté leurs propositions pour l’agriculture européenne alors qu’approchent les élections du mois de juin. Leurs divergences portent surtout sur l’ambition environnementale.

Les questions agricoles restent au centre des débats à l’approche des élections européennes qui se tiendront du 6 au 9 juin. Les principaux partis politiques fourbissent leurs armes dans cette perspective.

À droite, le PPE (Parti populaire européen, première force politique au Parlement de Strasbourg), réuni le 6 et 7 mars en congrès à Bucarest (Roumanie), a officiellement désigné Ursula von der Leyen comme sa candidate à la présidence de la prochaine Commission européenne. « Le PPE sera toujours du côté de nos agriculteurs, mes amis, tel doit être notre message », a réaffirmé celle-ci. Dans son manifeste adopté pour l’occasion, 2 pages sur les 25 que compte ce document sont consacrées à l’agriculture (et dans une moindre mesure la pêche). « Nous voulons que les agriculteurs européens aient un avenir et prônons le dialogue plutôt que des approches imposées d’en haut », souligne le PPE. « Nous sommes opposés à des exigences excessives et à des charges supplémentaires pour nos agriculteurs », est-il précisé, mentionnant que les intérêts des agriculteurs doivent être davantage pris en compte pour l’utilisation durable des pesticides, les zones Natura 2000 ou la gestion des grands carnivores. La Pac 2028-2034 devra, propose le PPE, « reposer sur un pilier économique plus solide et les paiements directs devront servir à garantir les revenus agricoles de base et offrir une protection face à la volatilité des marchés » avec « un financement adéquat et supplémentaire pour faciliter les efforts environnementaux de nos agriculteurs ». Sur le volet du commerce international, le PPE se contente de plaider pour l’intensification des relations commerciales avec l’Amérique latine et la région indo-pacifique « grâce à de nouveaux accords commerciaux intelligents et équitables ».

« La durabilité n’est pas l’ennemie des agriculteurs »

Le Parti socialiste européen, qui était réuni en congrès électoral le 2 mars à Rome, a désigné à l’occasion sa tête de liste (le Luxembourgeois Nicolas Schmit, actuel commissaire à l’Emploi et aux Droits sociaux) et adopté un Manifeste qui présente notamment les grandes lignes de son programme en matière agricole. Une page, sur la vingtaine que compte le document, est consacrée à l’agriculture et l’environnement. Les socialistes européens se disent « fondamentalement en désaccord avec l’approche de la droite selon laquelle la durabilité est l’ennemie des agriculteurs ». Ils plaident pour un renforcement de la Pac pour aider les agriculteurs, en particulier les jeunes, les femmes et les petits exploitants, en termes de revenus, d’emplois et de transition vers une agriculture durable, tout en les protégeant de la concurrence déloyale de pays tiers et de la spéculation sur les prix.

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De son côté, le groupe politique centriste Renew Europe a publié, le 4 mars, un plan d’action pour soutenir l’agriculture européenne. Le document reprend nombre des demandes exprimées ces dernières semaines par le secteur agricole et les États membres. À court terme, une quinzaine de mesures sont proposées : élargir les clauses de sauvegarde sur les importations ukrainiennes aux céréales et oléagineux, réduire la taxation des carburants renouvelables, augmenter les plafonds pour les aides de minimis, envisager une enveloppe financière d’urgence pour le secteur, mettre à jour la directive sur les pratiques commerciales déloyales, réduire la charge administrative de la Pac mais aussi autoriser l’utilisation d’effluents d’élevage transformés en remplacement des engrais de synthèse dans les zones sensibles, simplifier la procédure d’autorisation de produits ou adopter rapidement la réglementation sur les nouvelles techniques de sélection génomiques (NBT). À moyen et long terme, il faudra, pour le groupe Renew, réévaluer la Pac, présenter une proposition sur la juste répartition de la valeur ajoutée et veiller à ce que la future réglementation sur l’utilisation des pesticides soit préparée en collaboration avec les agriculteurs.

Les propositions de la Coopération agricole en vue du scrutin

À l’occasion du Salon de l’agriculture, la Coopération agricole a présenté le 28 février 25 propositions en vue des élections européennes de juin. Intitulé « Nos 25 propositions pour plus d’Europe et mieux d’Europe », ce manifeste ambitionne de « repositionner l’agriculture et l’alimentation au centre de la politique européenne ». La Coopération agricole souhaite « redynamiser l’acte de production » de l’UE avec un budget et des politiques adaptées, tout en renforçant la résilience et la gestion des risques sans « opposer les productions entre elles ». Pour la Coopération agricole, le « mieux d’Europe » passe aussi par une meilleure concurrence sur le marché intérieur européen. À ce titre, les coopératives françaises plaident pour plus de convergence et d’homogénéité dans la transposition des normes de l’UE. Enfin, sur le plan international, l’objectif est de mettre en place des mesures miroir « effectives » avec les pays tiers. « Ne déléguons pas à d’autres le soin de nous nourrir », est-il précisé.