Faisant sien le proverbe « il vaut mieux prévenir que guérir », le Premier ministre François Fillon, pour sa première visite au Space, le 9 septembre, s’est fait le défenseur d’une « politique de responsabilisation » de l’agriculture. Il a plaidé pour « l’engagement de toutes les filières dans l’organisation de la prévention et de la gestion des risques ». Concédant que « c’était mal parti avec ce qui se passe dans le lait », il a pris la défense de l’interprofession laitière où « doit se décider l’avenir de la filière ». Un signe politique fort qui a satisfait le président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer. D’autant que le Premier ministre a également annoncé la mise en place d’un minimum retraite pour les exploitants, à 633 euros par mois.
François Fillon est « un homme de l’Ouest » selon ses propres termes, et qui connaît le terroir. C’est donc en observateur averti qu’il a rappelé, dans son intervention le 9 septembre au salon Space de Rennes, les fondamentaux qui doivent permettre à l’agriculture d’être un « actif stratégique » de la France. Son credo : « Une agriculture décomplexée efficace économiquement mais aussi écologiquement et socialement ». Défendant de manière très appuyée son ministre de l’Agriculture Michel Barnier, François Fillon a fait un exercice d’explication de la politique du gouvernement, devant une salle attentive que Nicolas Sarkozy avait fait vibrer l’an passé. Le Premier ministre a nettement moins fait le plein pour sa première visite du Space par rapport à l’inauguration par Nicolas Sarkozy l’année dernière qui avait fait chapiteau comble. Cela ne l’a pas empêché de citer à plusieurs reprises le président dans son discours. Un chef de l’État, initiateur de changement et de rupture, face à un Premier ministre qui s’est employé à Rennes à montrer que depuis un an, « les choses ont bougé ».
Mieux prévenir
François Fillon a plaidé, pour sa première visite au Space, pour une politique de responsabilisation de l’agriculture. « Il faut mieux prévenir, mieux gérer, mieux, réparer ». C’est à cette condition – donner des outils de réaction efficace – qu’il sera possible de « sortir de l’éternelle logique d’indemnisation publique », a-t-il souligné. Le Premier ministre a rappelé à ce titre différentes mesures déjà dans les tuyaux : la déduction pour aléas (DPA) ou « épargne de précaution », le soutien à l’assurance récolte intégrée dans le premier pilier de la Pac, la création du fonds sanitaire, sans oublier l’organisation des filières. L’occasion pour le prudent et méthodique François Fillon de défendre hardiment l’interprofession laitière.
Décider de l’avenir
« C’est bien dans l’interprofession que se décide l’avenir de la filière : sinon je ne sais pas à quoi servent les interprofessions », a-t-il déclaré. Sa « commande » au groupe de travail mis en place par Michel Barnier, Christine Lagarde et Luc Chatel est « claire » : « Concevoir des accords interprofessionnels propres à fixer les modalités de détermination des prix payés au producteur ». L’idée est de créer « les conditions sécurisées de la contractualisation », a résumé François Fillon. Une note positive, que n’a pas manqué de saluer Jean-Michel Lemétayer depuis l’injonction de la DGCCRF (répression des fraudes) de stopper la recommandation nationale sur le prix du lait. « Si l’objectif du groupe de travail est de réhabiliter le rôle de l’interprofession laitière, je suis rassuré », a-t-il fait savoir à l’issue de l’intervention du Premier ministre. Autre motif de satisfaction, l’évocation faite par ce dernier de l’observatoire des marges, réclamé, depuis de nombreux mois, par le leader de la FNSEA. Évoquant la nouvelle autorité de la concurrence, François Fillon a expliqué que « c’était là qu’il fallait mettre cet observatoire ». Le Premier ministre a évoqué rapidement le Grenelle de l’environnement et les biocarburants. Il a assuré que les « principes dégagés » dans le Grenelle seront dotés de « vrais moyens ». Il s’est attribué le « rôle » d’arbitre pour veiller aux « respects des équilibres » négociés pendant le Grenelle. Au sujet des biocarburants, François Fillon a précisé que « le système d’incitation fiscale devait se concentrer sur les biocarburants de seconde génération ».
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Une retraite « décente »
La seule annonce concrète de François Fillon a concerné les retraites agricoles. Son « engagement » consiste en la mise en place d’un « véritable filet de sécurité qui garantira un montant minimum de retraite à tous les non-salariés agricoles justifiant de plus de 17 ans et demi d’activité ». Ce minimum a été fixé à 633 euros par mois pour les agriculteurs et les veuves et à 506 euros par mois pour les conjoints. Les veuves ne sont en effet pas oubliées : elles « obtiendront désormais la réversion de la retraite complémentaire obligatoire acquise à titre gratuit par leur conjoint ». Ces mesures qui devraient toucher près de 350 000 retraités ont un coût estimé à 190 millions d’euros. Jean-Michel Lemétayer a salué cet engagement budgétaire dans un contexte difficile pour les finances publiques. « Heureusement que nos anciens vivent de peu avec quelquefois un petit jardin », a-t-il commenté en réaffirmant que « cet ajustement était indispensable et urgent ». Il a apprécié les propos d’un Premier ministre « en phase » et avec des « arbitrages plutôt bons ». « C’est un très bon discours de politique générale», renchérit William Villeneuve, le nouveau président des Jeunes agriculteurs. « Après, il faut les moyens budgétaires » s’empresse-t-il d’ajouter.
Alors qu’on prévoyait de la pluie sur Rennes pour l’inauguration du Space, pas un nuage n’est venu perturber cette première visite de François Fillon en territoire conquis. Lui qui dit connaître « la rudesse et la passion du métier d’agriculteur » a fait un parcours sans éclat mais sans faute au Space.