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Guerre en Ukraine : la sécurité alimentaire s’invite au centre des débats

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L’invasion russe en Ukraine a remis au premier plan des préoccupations politiques la question de la sécurité alimentaire. L’UE est très dépendante de certaines importations russes et ukrainiennes. Elle ne manquera évidemment pas de nourriture mais les prix au consommateur devraient grimper. La Commission européenne prépare une communication pour le 23 mars qui devrait porter sur les approvisionnements, notamment en céréales et en engrais. Des propositions qui pourraient éclipser les mesures attendues pour la restauration de la nature et la réduction de l’utilisation des pesticides.

La Commission présentera bien, le 23 mars, une communication sur les moyens d’assurer la sécurité alimentaire à l’intérieur et à l’extérieur de l’UE pour répondre aux conséquences de l’invasion russe en Ukraine. Ce texte en cours de finalisation, initialement prévu pour rassurer le secteur agricole face aux objectifs de la stratégie De la ferme à la table, a pris avec les récents événements une tout autre tournure. À tel point que les deux propositions sur la restauration de la nature et la révision de la directive sur l’utilisation durable des pesticides, elles aussi attendues le 23 mars, devraient être reportées de quelques semaines. La communication que prépare la Commission européenne devrait en particulier apporter des réponses en termes de disponibilité de l’alimentation, qui ne sera pas un problème dans l’UE, mais qui pourrait entraîner une hausse des prix aux consommateurs.

Lire aussi : Énergie : une ébauche de plan pour réduire la dépendance de l’UE qui table sur le biogaz

Après les propositions du 8 mars sur le gaz, le nouveau texte se concentrera sur des produits agroalimentaires comme le soja, le maïs et le blé. Et des éléments devraient être apportés pour réduire la dépendance de l’UE aux importations d’engrais. Le même jour se tiendra également la deuxième réunion du groupe d’experts du mécanisme européen permanent de préparation et de réaction aux crises de sécurité alimentaire qui entamera réellement ses travaux. Mais, a une nouvelle fois prévenu le commissaire européen le 17 mars lors d’un échange avec les eurodéputés de la commission de l’Agriculture, « il ne s’agit pas de remettre en cause nos engagements pris dans le cadre du Green deal surtout que beaucoup des questions liées à la crise en Ukraine étaient déjà traitées par la stratégie De la ferme à la table, notamment la réduction de notre dépendance aux importations ». C’est exactement ce que demande la commission de l’Environnement du Parlement européen dans une lettre du 17 mars au vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans.

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Les chefs d’États et de gouvernements s’en mêlent…

Les chefs d’État et de gouvernements réunis par la présidence française du Conseil de l’UE pour un Sommet européen informel les 10 et 11 mars à Versailles ont d’ailleurs, entre autres, appelé dans leurs conclusions « la Commission européenne à présenter dès que possible des mesures pour faire face à la hausse des prix des denrées alimentaires et à l’enjeu de la sécurité alimentaire mondiale ». « L’UE améliorera sa sécurité alimentaire par une réduction de sa dépendance à l’égard des importations de produits et d’intrants agricoles, notamment en augmentant la production européenne de protéines d’origine végétale », ont-ils précisé. À l’issue du sommet, le président français Emmanuel Macron a averti que « l’Europe et l’Afrique seront très profondément déstabilisées sur le plan alimentaire dans les douze à dix-huit mois en raison de la guerre en Ukraine, gros producteur de céréales ». Pour en limiter les conséquences, il appelle « à réévaluer les stratégies de production de l’UE afin de défendre la souveraineté alimentaire et protéinique européenne, mais aussi à réévaluer une stratégie à l’égard de l’Afrique, sans quoi plusieurs pays de ce continent seront touchés ».

et le Parlement européen prépare une résolution

Le Parlement européen prépare, lui aussi, une résolution commune sur les conséquences de l’invasion russe en Ukraine pour la sécurité alimentaire. Chaque groupe politique avait jusqu’au 16 mars pour présenter un projet de déclaration en vue de compiler les idées pour établir un projet de résolution commune rassemblant le maximum de groupes politiques. Celle-ci devait être discutée et votée dès le 23 mars, lors d’une mini-session plénière à Bruxelles. Pour le Français Jérémy Decerle (du groupe Renew), l’idée sera de rappeler que « sans revoir à la baisse nos ambitions environnementales, il faut remettre la question de la sécurité alimentaire au premier plan ». Pour cela, il estime qu’il faut des outils, notamment en matière de recherche et d’innovation. Il évoque les nouvelles techniques de sélection végétale (NBT) : « Il ne faut pas mettre plus de freins que de raison. » L’eurodéputé estime que cette crise peut aussi être l’occasion d’enfin lancer un plan de développement des protéines végétales en Europe. Des propositions qu’il développe dans une tribune cosignée avec le président de la commission de l’Environnement du Parlement européen, Pascal Canfin, publiée le 17 mars par le quotidien Les Echos. Le groupe des Verts au Parlement européen a, lui, écrit à la Commission européenne pour lui fait part de « ses inquiétudes au sujet des discussions actuelles sur la réévaluation des éléments du Green deal européen dédiés à l’agriculture, qui risquent de saper fondamentalement les progrès dans ces domaines ». Les Verts pourraient porter, dans le cadre de la résolution parlementaire, avec d’autres groupes politiques de gauche des questions comme la constitution de stocks stratégiques publics ou la diminution de la production de biocarburants et de viande afin de réduire les importations. Des éléments que ne semblent néanmoins pas envisager la Commission européenne. Verdict le 23 mars.