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Hywel Griffiths, Directeur R&D (Fermentalg) : « Nous explorons d’autres domaines dans le biocontrôle et la biostimulation en agriculture. »

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Hywel Griffiths est le directeur Recherche & Développement de Fermentalg. Crédits : © Fermentalg

Fermentalg produit des huiles, des protéines et des molécules d'intérêt à partir de la culture de certaines microalgues, pour des applications notamment en nutrition, santé, cosmétique et alimentation animale. Depuis son introduction en avril 2014 sur Euronext Paris, la société a pris une nouvelle orientation stratégique, menée sur l’impulsion du nouveau directeur général Pierre Josselin, nommé en 2024. Le groupe vise l’équilibre économique d’ici la fin 2026 parallèlement à une croissance soutenue de son activité. L'innovation est dans l'ADN de Fermentalg depuis sa création en 2009. Arrivé dans l’entreprise juste après l'entrée en Bourse, Hywel Griffiths, Directeur Recherche & Développement et également membre du Comité de Direction et du Comité Scientifique, fait le point sur les projets en R&D et la stratégie de développement du groupe.

Que pouvez-vous nous dire sur l’évolution de Fermentalg depuis votre arrivée dans l’entreprise en 2014 ? 

J’ai vu la transition d’une société avec beaucoup de projets de R&D en cours, vers une entreprise industrielle. Au fil du temps, nous avons choisi de nous concentrer sur les solutions à base de microalgues pour la santé et l'alimentation qui avaient le plus de sens et d’avenir au niveau commercial. Aujourd’hui, nous nous développons principalement sur trois pôles. Les oméga-3EPA/DHA tout d’abord, des produits phares chez Fermentalg qui se présentent sous différentes formes, des capsules, des poudres et des huiles avec différents taux de concentration et de spectres. Ces produits vendus sous la marque Ωrigins, sont certifiés Novel Food en Europe et autorisés par l’Efsa depuis 2021 et nous avons également le statut GRAS aux États-Unis. Nous développons également les couleurs naturelles, avec la phycocyanine, commercialisée sous la marque Everzure Galdieria par Givaudan. Ce colorant bleu a été homologué le mois dernier par la Food and Drugs Administration (FDA, ndlr) américaine, pour l’alimentation. Et enfin le projet CarbonWorks, issu d’un spin off avec Suez. Nous collaborons avec eux sur la photosynthèse et les souches de microalgues pour développer des photobioréacteurs dans lesquels nous testons aussi des produits.

Lire aussi : Feu vert de la FDA américaine pour le colorant bleu naturel de Fermentalg

Fermentalg envisage-t-il d’agrandir son site de production ?

La transition industrielle, qui ne concerne pas que le volet production, mais tout ce qu’il y a autour, de la qualité à la traçabilité en passant par les forces marketing et commerciales, a démarré depuis un certain temps déjà chez Fermentalg. 

Nous disposons d’un pilote de 1000 litres dans notre laboratoire de Libourne (Gironde, ndlr) qui est suffisant pour développer nos process, mais aussi pour produire les échantillons pour les clients et les lots réglementaires. Pour le reste, nous travaillons depuis longtemps déjà avec d’autres prestataires de fermentation externes.

Le partenariat industriel signé en décembre 2023 avec Huvepharma (actionnaire de référence avec environ 20% du capital de Fermentalg, ndlr), qui possède le plus important site de fermentation en Europe, a été très bénéfique pour nous. Nous avons gagné en compétitivité, grâce à leur importante capacité de production. 

Lire aussi : Ferments du Futur a inauguré son centre d'innovation à la pointe de la technologie en Europe

Il n’entre pas aujourd’hui dans les objectifs de Fermentalg d’augmenter ses propres capacités. Construire un site en propre prendrait entre deux et trois ans et nécessiterait de disposer de 80 à 100 M€. Un jour peut-être, mais il n’y a pas d’urgence. 

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Aujourd’hui, Fermentalg est focalisé sur l’augmentation des volumes de ventes et des marges, ainsi que le lancement de nouveaux produits. 

Sur quoi travaille l’équipe R&D actuellement ? 

Il y a toujours un travail de fond continu sur l’amélioration des process existants et sur la mise en forme de nos produits. Comment par exemple rendre les EPA/DHA plus stables ou comment les mettre dans une émulsion stable. Mais aussi comment faire des poudres avec des taux de concentration d’oméga 3 plus élevés ou comment faire des gummies stables au cours du temps. 

Et nous travaillons évidement sur la recherche et le développement de futurs produits, que nous ne pouvons dévoiler pour le moment, dans nos domaines nutri-cosmétique, petfood etc…, et nous explorons aussi d’autres domaines un peu plus éloignés dans le biocontrôle et la biostimulation en agriculture, avec un œil aussi vers la pharmaceutique. 

La durabilité qui fait partie de la raison d’être de Fermentalg et de nos salariés, entre dans les projets dont je peux parler. Nous étudions des pistes pour réduire l’empreinte carbone de la société par l’utilisation des matières premières différentes. Aujourd’hui par exemple, nous utilisons du glucose alimentaire, dont l’empreinte associée est importante. 

Et nous pensons également qu’il pourrait être intéressant de mettre notre expertise et nos connaissances acquises depuis plusieurs années à la disposition de ceux qui sont aujourd’hui au stade où nous étions il y a une dizaine d’années. Il existe des start-up qui veulent développer leur produit et qui n’ont pas les moyens de faire un pilote. Nous avons fait savoir autour de nous que nous étions prêts à collaborer et mettre à disposition notre pilote, notre laboratoire et notre savoir-faire. Nous voulons en quelque sorte répliquer avec d’autres start-up ce que nous faisons avec CarbonWorks.

Lire aussi : CarbonWorks passe à l’étape semi-industrielle de son photobioréacteur

Vous envisagez également d’étudier de nouveaux débouchés pour vos produits ? 

Nous explorons en effet de nouveaux marchés pour les produits existants. C’est ce que nous faisons avec le DHA par exemple, qui était au départ destiné aux compléments alimentaires et à l’alimentation, puis à la nutrition pour les nourrissons. Nous commençons à attaquer le marché du petfood et nous commençons à explorer celui de l’aquaculture. Un secteur où les marges sont clairement plus réduites que sur nos autres marchés, mais les volumes beaucoup plus importants. C'est là que nous voyons de grandes opportunités pour augmenter la durabilité, tant pour nos processus que pour la chaîne alimentaire dans son ensemble.