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Inrae lance 15 défis pour produire des solutions concrètes d’ici 3 à 5 ans

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Philippe Mauguin et Carole Caranta, lors de la conférence de presse d'Inrae. Crédits : © Inrae

À mi-parcours de sa stratégie Inrae2030 lancée en 2021, l’institut ajuste ses orientations de recherche pour répondre encore mieux aux enjeux agricoles et agroalimentaires, en se fixant 15 défis "Recherche et Innovation" sur des sujets clés, avec une ambition d’impact à 5 ans. 

Inrae vient d’annoncer le lancement de 15 défis pour la recherche et l’innovation autour de 5 grandes priorités scientifiques pour répondre aux changements globaux, accompagner les transitions agroécologique et alimentaire, développer une bioéconomie sobre et circulaire, promouvoir une approche globale de la santé et mobiliser les sciences des données et le numérique au service des transitions. Le lancement de ces défis marque une nouvelle étape dans les priorités de recherche scientifique de l’institut à l’horizon 2030, ou plutôt « d’un réajustement pour tenir compte des changements dans la recherche elle-même, mais aussi du contexte global », comme l’a souligné Philippe Mauguin, PDG d’Inrae, lors de la conférence de presse du 19 janvier 2026

Évidemment, « nous ne partons pas de rien, a précisé Carole Caranta, directrice générale déléguée science et innovation, nous allons capitaliser, en particulier sur les programmes nationaux de recherche soutenus par France 2030, pour produire des solutions concrètes et mobilisables par les acteurs ». Et pour que les résultats soient transférés le mieux et le plus vite possible, « ces défis seront co-conduits avec nos partenaires de la recherche académique et nos partenaires sociaux économique », a-t-elle précisé.

Sur les 15 défis lancés, Inrae a choisi d’en présenter cinq, lors de la conférence de presse.  

  1. Nouveaux outils de pilotage de ressource en eau 

Aujourd’hui, plus de 60% de l’eau «bleue», provenant des rivières et des nappes phréatiques est utilisée dans le secteur agricole. Et compte tenu de l'évapotranspiration liée aux changements de climatiques, la pression sur ces ressources va encore s’intensifier. L’objectif à 5 ans sera d’obtenir une preuve de concept opérationnelle à un horizon 5 ans. « Un outil de simulation capable à terme d’être extrapolé à l’échelle nationale qui sera destiné à éclairer les décisions des collectivités, des agences de l’eau et des acteurs agricoles en apportant une vision partagé des compromis possibles et envisageables entre production agricole, usage de l’eau et préservation des ressources », a expliqué Sami Bouarfa, directeur adjoint au département Aqua d’Inrae.

  1. Nouveaux vaccins et évaluation de stratégies vaccinales pour la santé animale 

L’objectif vise la production des connaissances pour développer 5 nouveaux vaccins pour les bovins, ovins, porcs et volailles en 5 ans, avec les partenaires d’Inrae, à savoir les écoles vétérinaires françaises, l’Anses et le Cirad. « Des vaccins doivent être utiles, utilisables par les éleveurs, c’est-à-dire pas trop couteux et industrialisables », a souligné Pauline Ezanno, cheffe du département Santé Animale de l’Inrae. Ces cinq nouveaux vaccins sont : la grippe aviaire, la maladie hémorragique épizootique (MHE), la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC) le syndrome dysgénésique et respiratoire porcin (SDRP) et la fièvre catarrhale ovine (FCO). Des outils d’évaluation des stratégies vaccinales sur le terrain seront également mises en place avec 1er test sur MHE. 

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  1. Contribuer au leadership de la France et de l’Europe sur les biotechnologies :

La fermentation est au cœur de la plupart des bioprocédés. Et pour mieux comprendre et prédire le fonctionnement des cellules en fermentation au sein d’un bioréacteur à l’échelle industrielle « nous faisons appel à l’IA pour développer des jumeaux numériques qui devrait in fine nous permettre de conduire et d’optimiser la performance des bioréacteurs, explique Michael O’Donohue, directeur scientifique pour la Bioéconomie d’Inrae. Dans les objectifs à 5 ans, il est prévu de mettre au point d’un jumeau numérique capable de recevoir et d’envoyer des informations vers un bioréacteur, avec des outils intégrés de pilotage en temps réel pour obtenir des produits ciblés. Il est également prévu de transférer ses travaux vers les partenaires industriels, Ferments du futur et TWB, en déployant le prototype du jumeau numérique au sein de notre démonstrateur préindustriel. 

  1. Mobiliser les microbiomes pour des innovations alimentaires favorables à la santé :

« Nous avons réalisé de gros travaux ces 15/20 dernières années pour démonter l’importante du microbiome, beaucoup de choses ont émergées et maintenant il y a un vrai enjeu sociétal pour transformer ces connaissances en produisant des aliments et des compléments alimentaires avec des bénéfices santé ciblés », explique Christophe Chassard, directeur de recherche Inrae. Le transfert de ces résultats de recherches prometteurs vers les industriels et le marché à cinq ans porte d’une part sur un nouvel aliment fermenté et fonctionnel, avec un bénéfice santé, notamment anti-inflammatoire et/ou nutritionnel prouvé. Un complément alimentaire d’autre part pour notamment moduler l'inflammation cellulaire, ou pour limiter la fonte musculaire chez les personnes âgées ou les patients immobilisés. Et enfin une solution thérapeutique innovante, associant un ou plusieurs micro-organismes pour cibler une pathologie ou un syndrome humain. 

  1. Une IA pour accélérer le transfert des innovations en agriculture

Ce dernier défi vise à « utiliser l’IA comme un levier pour une agriculture plus efficace, moins intensive en intrant et plus durable, a souligné Carole Caranta, en favorisant l’émergence de solutions concrètes pour les agriculteurs ». L’objectif à 5 ans porte donc sur la construction avec les partenaires d'Inrae d’outils opérationnels à destination des agriculteurs, par exemple pour détecter les maladies présentes dans les cultures via l’application Pl@ntNet, et un outil de suivi en temps réel du bien-être animal. Il est également prévu de contribuer au développement d’une infrastructure de données agricoles et de codes open source, avec une mise à disposition des start-up de l’AgTech afin qu'elles développent des solutions concrètes pour les agriculteurs. Enfin, l’exploitation des données satellitaires (en mobilisant l’infrastructure de données d’observation du système terre Data Terra) ouvrira de nouvelles possibilités pour le secteur agricole, à des échelles très localisées.